‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 6 sur 164 · POUR LE JOUR DE PAQUES · texte numérisé non relu

POUR LE JOUR DE PAQUES

Que Jésus -Christ est le propre Fils de Dieu , non par adoption , mais par nature.

pominus dixit ad me : Filins meus es tu, ego hodiè genui te* Le Seigneur m'a dit : Vous êtes mon Fils , je vous ai engendré aujourd'hui. Psal. 2. 7.

î. CONSIDÉRATION.

Voici la source de toutes les grandeurs de Jésus* Christ. Il est impossible de lui donner un titre plus glo* rieux, et de lui rendre plus d'honneur qu'en reconnaissant avec un profond sentiment de respect, d'esti* me et d'amour , qu'il est le propre Fils de Dieu , le L ils unique, aussi élevé au-dessus des anges , que h nom

4 L'HOMME D'ORMSON.

dont il a hérité est plus excellent que le leur , comme dit saint Paul (1).

II est le propre Fils de Dieu , même en tant qu'homme , non par adoption, mais parle droit de sa naissance ; non par la participation de quelque être créé , mais par la communication d'une personne divine , dontsn sainte humanité n'a jamais été séparée , ni en naissant dans le sein de sa mère , ni en renaissant du tombeau» Notre nature , dit saint Léon , n'a pas été élevée à l'union hypostatique après qu'elle a été créée ; elle n'est point passée de son état naturel à cette dignité suprême , elle y a été créée : le moment de son élévation a été celui de sa création (2) ; et, comme dit excellemment Vincent de Lérins , non-seulement Jésus-Christ est un, mais il a toujours été un en unité de personne (3).

Les ariens, ennemis de sa divinité, ont attaqué son éternelle naissance. Les nesloriens ont voulu obscurcir sa naissance temporelle , et en faire un fils adoptif. , Les juifs ont tâché d'étouffer la gloire de sa renaissance du tombeau. Mais il a triomphé du mensonge, et toutes les ténèbres de l'erreur n'ont pu empêcher qu'il n'ait été reconnu généralement de tous comme le vrai Fils de Dieu.

Le Père éternel lui a rendu un témoignage public et solennel au jour de son baptême, par ces paroles venues du ciel en même temps que le Saint-Esprit descendit en forme de colombe , et vint se reposer sur lui : Celui-ci, c'est-à-dire cet Homme-Dieu , cet admirable composé de deux natures et d'une seule personne , est mon propre Fils, mon Fils bien-aimè, en qui je me

(1) Tantô melior angelis eîTectus , quantô differcntius pr& illis nomen hœreditavit. Hebr. 1. 4.

(2) Natura nostra assumpta est, non ut priùs creata assumeretur, sed ut ipsa assumptione crearetur. S. Léo, Ep, 11.

(3) Non solùm unus Christus ,, sed semper unus. Vincent. UHn% adver** hœres

plais uniquement (1). Car, comme remarque le pape Adrien , le Père éternel ne dit pas seulement : Celui-ci est mon Fils bien-aimé , selon la divinité ; mai.s plutôt , selon l'humanité , sur laquelle le Saint-Esprit descendit (2).

Les anges Pont annoncé à la bienheureuse Vierge sa mère : Le saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu (3). Par conséquent , « il faut que ceux qui disent » que Jésus-Christ est fils adoptif selon la chair , s'ima- » ginent qu'il a élé adopté dans le sein de la Vierge , » ce qui ne se peut soutenir sans crime , parce que le » Verbe a pris la chairde la Vierge d'une manière inef- » fable, mais il ne l'a pas adoptée; ou qu'ils avouent » qui! est né purement homme sans être Dieu, ce qu'on » ne peut seulement penser sans une extrême im- » piété (4). »

Les prophètes Font prédit. Le Seigneur m'a dit : Fous êtes mon Fils , je vous ai engendré aujourd'hui (5) ; et ailleurs : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore (6), c'est-à-dire , selon la pensée des saints Pères : Je vous ai engendré de toute éternité dans moi-même et de

(1) Hic est Films meus dilectus, in quomihi complacui. Matth. 3. 17. ItàConciL Franco furt. Ità Patres paulb infrà citandu

(2) Advertite quia nihil vobis restât, ut secundùm divinilatem tantùm credatis dixisse Patrem : Hic est Filius meus; sed potiùs secundùm humanitatem, supra quam Spiritus dicitur descendisse. Adrian. I, in ep.ad Tpis. Hispan.

(3; Quod nascetur ex te sanctum, vocabitur Filius Dei. Luc, 1.

(4; Hœc igitur dicentv. aut in utero Virginia suspicantur adoptalum, quod dici nefas est ; quia de beata. Virgine inenarrabiliter sumpsit, non adoptavit carnem : aut certè purum eum hominem sine Deo natum, quod cogilare impiurn est, necesse est fateantui. Ex tib. Sacrosyllabo edito et approbato in Concilio Franco fur t. contra Felicem et Elipand.

(5) Dominus dixit ad me : Filius meus es tu , ego hodiè genui te, Ps. 2. 7.

(6) Ex utero ante luciferum genui te. Ps. 109. 3,

6 l'homme d'oiuison.

moi-même, de ma substance , de mes entrailles, du plus intime de ma divinité (1). Je vous ai engendré dans le temps , vous donnant au monde sous la forme d'un hrmme ^assibk et mortel, comme Faurore du salut * et la rosée du ciel si désirée de toutes les nations ; et je vo s ai engendré de nouveau en vous rendant au monde glorieux et immortel au moment de votre résiCTecA'on y et vous faisant reconnaître et adorer comme mon Fils dans le ciel , dans la terre et dans les abîmes (2).

Saint Jean-Baptiste l'a vu , et l'a montré au doigt (3) ; les apôtres Font vu tout éclatant de gloire comme le Fils unique du Père (4). Qu'y a-t-il de plus illustre sur ce sujet que la confession de saint Pierre , qui a reçu Péloge de tous les saints et l'admiration de tous les siècles : Vous êtes le Christ, Fils de Dieu vivant (5)? Saint Ambroise assure que c'est le flambeau qui a dissipé les ténèbres du monde , et détruit toutes les hérésies ; que tfest un abrégé de toute la science des saints,, que tout est compris en ce peu de mots , et qu'on ne peut rien désirer davantage , puisque saint Paul fait gloire de ne rien savoir, sinon Jésus-Christ crucifié (6). Saint Hilaire (7) dit que le chef des apôtres mérita par cet aveu d'être canonisé durant sa vie de la bouche même de

(1) Do meâ substantià, de meâ naturà, de meis visceribus,de medullis divinitatis. Quidquid est in divinitate, dédit filio quem generavit. S. Hier, in Psal. 109. Vide S, Aug. in eumdem locum.

(2) Resuscitans Jesum , sicut et in Psalmo secundo scriptum est : Filius meus es tu , ego hodiè genui te. Actor. 13. 33.

(3) Et vidi, et teUimrnium perhibui, quia hic est Filius Dei. Joan. 1. 34,

(4) Et vidimus glorioi ejus, gloriam quasi unigeniti à Pâtre. Jzan. 1.14.

ih) Tu es Christus filius Dei vivi. Mutth. 16. 16. (6) S. Amb. L 7. in Lucam , et de Sacram. c. 5» {7} Sr Hil. can. 16. in Matlh.

Jésus-Christ. Saint Léon (1) dit que c'est une parole de vie qui élève jusqu'au ciel ceux qui la croient , et jjoi précipite dans les enfers ceux qui lui refusent la créance qu'elle nié rite. Saint Isidore (2) tient que c'est la base et le fondement sur lequel le Fils de Dieu a éiabli son Église ; et le vénérable Bède (3) ajoute qu'il fallait être plus qu'homme pour connaîtrez profond mystère , et que saint Pierre est appelé le fils de la colombe , c'est-à-dire du Saint-Esprit, parce qu'il a reconnu le vrai Fils de Dieu par une confession de foi, qui devait avoir le Père éternel pour auteur , le Sailt- Esprit pour maître, et la clef des cieux pour récompense. Voilà toute la gloire de Jésus-Christ : Fous éfe$ le Christ, Fils deDieii vivant (4). Voilà le véritable titre de sa noblesse.

n. CONSIDÉRATION.

Ce n'est point un fils adoptif comme les autres , c est le propre Fils de Dieu ? également adorable dans le sein de son Père et dans le sein de sa mère , dans sa génération éternelle et dans sa génération temporelle. Le nom d'adoption ne lui peut convenir ni dans l'une ni dans l'autre , parce que l'adoption est un acte libre et gratuit , par lequel celui qui adopte prend une personne étrangère pour lui tenir lieu de fils et d'héritier de ses biens (5). Or Jésus-Christ n'est point une personne 'étrangère , ni en tant que Dieu > cela est clair; ni en tant qu'homme , car c'est toujours une même personne

(1) S. Léo. serm. 2. in Nat. apost. Pétri et Pauli* Et serm 2. in Annivers. Assumpt.

(2) S. Isid. I. 1. ep.2S5.

(3) Beda> passim in homil.

(4) Tu es Christus filius Dei vivi. Matth. 16. 16.

(5) Quid est adoptio, nisi charitatis copulatio, quà pater adop* tivus sibi copulat filium quem proprium non habet ? ConcU Francof. in, e#. ad EpUc. Hisp. col. 16.

S l'homme d'ormson.

à qui l'héritage est dû par le droit de sa naissance (1). Si Jésus-Christ est né Dieu par sa génération temporelle, il n'est point adoptif, mais il est fils , parce que la personne du fils adoptif est autre que celle du propre fils. Or nous savons qu'il n'y a qu'une personne en Jésus-Christ (2). Ne dites point que la même personne peut être le fils adoptif de Dieu selon la chair, et le propre fils selon la divinité. 1. L'adoption n'unit le Fils adoptif avec celui qui l'adopte, que par désir et par affection : l'origine du mot le montre évidemment ; mais l'union hypostatique qui élève la nature humaine à la filiation divine, est une union naturelle qui l'unit avec la nature divine en unité de personne. On ne peut donc pas dire que Jésus-Christ soit adoptif selon son humanité. Ce langage est inconnu dans l'Écriture , comme dit saint Augustin. Lisez les Écritures, vous n'y trouverez jamais que le Christ soit appelé Fils de Dieu par adoption (3). 2. II est inouï dans l'Église de Dieu, dit le Concile de Francfort, que vous me demandiez pourquoi je fais difficulté de nommer le Seigneur Jésus- Christ fils adoptif. Je vous réponds que c'est par la raison que les apôtres ne lui ont jamais donné ce nom, et que l'Église catholique n'a point coutume de le nommer ainsi, et même qu'elle ne croit point qu'il soit fils adoptif, mais le propre Fils de Dieu (4). Mais vous , qui que vous soyez, qui publiez que Jésus-Christ est adoptif, je voudrais bien savoir d'où vous est venue cette

(1) Unitaspersonae quae est in Filio Deiet Filio Virginis, adoptionistollit injuriam. Conc. Francofurt. in ep. ad Episc. Hisp. col. \2.

(2) Si Deusgeneratusest, nequaquàm adoptivus, sed filius.Quia alia persona est proprii filii, alia adoptivi filii , vel servi. Et scimus unam esse personam in Christo. Conc. Francof. ep. ad Episc. Hisp.

(3) Lege Scripturas, nunquàm invenies de Christo dictum quôd adoptione sit Filius Dei. S. Aug. I. contr. Secundinum^ c. 5.

(4) Dico tibi , quia nec apostoli eum sic nominârunt, nec sancla Dei catholica Ecclesia consuetudinem habuit sic eum nominandi, tsao uec credere eum adoplivum esse, sed proprium Filmait

pensée. Les patriarches Font ignorée ; les auteurs n'en ont point parlé ; les maîtres de notre foi ne l'ont jamais enseignée (1). Saint Pierre a-t-il dit : Vous êtes Jésus-Christ qui avez été fait Fils de l'homme, et Fils de Dieu par adoption pour Pamour de nous ? Ce n'est pas là la confession de saint Pierre, ni celle de la sainte Église (2). Saint Paul a-t-il dit que le Père éternel n'a pas pardonné à son Fils adoptif , mais qu'il l'a livré pour nous tous (3) ? 11 parle bien plus noblement de Jésus-Christ, même selon son humanité : Il n'a pas, ditil , pardonné à son propre Fils. Après cela y a-t-ii lieu de donner le nom d'adoptif à celui que saint Paul appelle le propre Fils (4)? N'est-ce pas en tant qu'il est homme que son Père Pa livré pour nous tous? C'est donc aussi en tant qu'homme qu'ii est son propre Fils, son Fils unique , son Fils bien-aimé, infiniment élevé au-dessus de tous les enfants adoptifs, non-seulement par la gloire de sa naissance éternelle, mais encore par le droit de sa naissance temporelle, et par l'éclat de sa renaissance miraculeuse du tombeau.

Page 1