III. CONSIDERATION
Achevons cet Entretien pxv la dernière prorogative
(t) Dcsideralur in eo quà.t homo, ad salutcm ; desideratur m eo quôd Deus, ad heâtiludincm. Solusigiiurd?sidera!)ilis , sed tetus, quiapienissimèsolussufflcit. Gylliberl* Abbas, in Cant,
ÎÎC L'HOMME D'OIWÏSONr
de notre chef , je veux dire par l'influence générale qu'il a sur toutes les parties de son Église, qui est son corps mystique. Qui doute que les effets qu'il opère dans les âmes tenant de 1 excellence de leur principe, l'influence qu'il a dans tous les cœurs ne soit tout àfait divine et miraculeuse ? Pour concevoir ceci, considérez qu'encore qu'il n'y ait rien de plus vif et de plus pur que le rayon du soleil, pendant qu'il demeure dans sa source , et qu'il est attaché à son principe; néanmoins quand il s'écoule dans un sujet étranger, capable d'en recevoir l'impression , et qu'il s'incorpore, pour ainsi dire, dans une matière grossière , il fait bien autrement paraître sa force, et il reçoit un merveilleux accroissement de beauté. Tombe- t-il dans le ciel sur les parties les plus solides et les plus épaisses de ces grands corps : il en fait des étoiles qui brillent sur nos têtes durant la nuit, pendant qu'il se cache lui-même sous nos pieds. Tombe -t-il dans l'air sur des nuées qui ne sont grosses que de vapeurs , il les dore, il les embellit, il les pare, il y peint de si agréables météores, qu'il attire les yeux de tout le monde. Tombe-t-ii dans les eaux, il forme les perles dans les abîmes de la mer, et peint le ciel dans les rivières avec tant de naïveté, qu'on dirait que les astres nagent avec les poissons, et que ces globes lumineux viennent se rejoindre à la matière, d'où ils tirent leur origine. Tombe-t-il sur la terre , il forme l'or et l'argent dans les entrailles des rochers. Tombet-il dans nos jardins til y produit les fruits et les fleurs : il est blanc avec les lis, il est rouge et vermeil avec les roses, pâle avec les violettes, verdoyant avec les herbes de la campagne. Or si le rayon d'une lumière sensible fait cela, que sera-ce du rayon invisible de la lumière incréée qui est tombé du ciel, et qui s'est incorporé dans la chair? Quelles merveilles ne doit-il pas opérer dans- i'état de la grâce et dans la gloire? qu'y a-t~il de plus grand que la sanctification d'une âme, ou de plus divin que ces fontaines sa^
crées, qu'il a remplies du sang de ses plaies et des mérites de sa mort, pour donner la vie aux pécheurs; que cette puissance absolue qu'il exerce sur les démons , dont la fureur et la malice désespérée n'a point de résistance contre la vertu de sa -parole; que les prodiges qu'il fait dans toutes les parties du monde par une force majeure , qui change les lois de la nature, pour établir celles de la grâce; que ces touches secrètes , et ces opérations délicate* qu'il fait dans la cvve des esprits , dont il manie si adroitement les ressorts , qu'il les amène au point de leur conversion , sans blesser leur liberté; que ces généreux mouvements qu'il leur inspire , pour les porter à des actions et à des souffrances également illustres et honorables; et, enfin, que ces héroïques vertus, ces habitudes saintes, ces dons parfaits qui descendent du Père lies lumières, pour faire un paradis d'un cœur de {erre, et d'un peu de poussière le trône du roi du tiel ? Où est Phomme qui ne soit surpris d'étonnefeient , lorsqu'il entre dans la considération de ces merveilles , et qui n'admire la puissance de cet auguste ihef, qui "verse des influences si favorables sur tous les saints, étant, comme il est, la source de leur perfection , le principe de leurs bonnes œuvres, la racine de leurs mérites, la cause universelle de toutes les grâces qu'ils ont reçues depuis la naissance des siècles? €'est pourquoi les Pères l'appellent le Fils de tous les temps et le grand ouvrage de tous les siècles , pour nous apprendre par là , que comme sa divine gé* nération égale l'étendue de toute Pélernito , de mène sa génération humaine égale l'étendue de tous les temps; qu'il a été conçu dès le berceau du monde , et qu'il le sera jusqu'à son tombeau : non qu'il ait pria effectivement sa naissance avec le monde , mais parce que le Saint-Esprit le représentait dès-lors sous des figures prophétiques , le promettait sous des ombres et sous des symboles sacrés, et s'il n'agissait pas encore par la présence de soa humanité , il ne laissait
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pas de produire de grands effets par la foi et par l'attente desa venue. Car comme Moïse , levant le serpent de terre , lui fit reprendre la figure de la baguette miraculeuse , quoiqu'il ne Peut pris que par la queue; de même le Fils de Dieu naissant sur le déclin du monde, et ne le touchant, pour ainsi dire, que parles extrémités, en vivifia néanmoins tout le corps, et anima de son esprit tous les justes qui étaient venus avant lui, comme il influe encore puissamment sur ceux qui le suivent et qui viennent après lui. L'Église était avant sa naissance comme un ciel couvert des voiles de la nuit, qui ne laissait pas de découvrir de temps en temps des astres d'une considérable grandeur, je veux dire de grands saints , qui le suivaient dans un bel ordre , et promettaient au monde la source de ces immortelles lumières , dont ils n'avaient reçu /es écoulements que par avance. Abel parut le premier comme un rayon de son innocence. Enoch ensuite fut une belle image de la pureté de sa vie. Noé fut le portrait de son invincible patience. Abraham fit éclater son obéissance ; Moïse , son zèle ; David , sa douceur, et Salomon , sa sagesse (l). Maïs enfin après une longue suite de patriarches et de prophètes , sortant lui-même des ombres de la synagogue comme un soleil tout brillant des rayons de la grâce, il donna commencement à la loi d'amour, qui a depuis formé tant de saints des restes de sa clarté , et après avoir achevé sa course, il remonta dans le ciel pour y fonder l'empire de la gloire , et réunir à sa couronne toutes les hiérarchies des anges, qui font gloire d'être les membres de ce chef, duquel ils reçoivent les se-
(i) Ut erg5 noctis nostrse tenebras suo tempore editus, vicissimque permutatus stellarum radius tangeret , ad ostendendam innocentiam venit Abel ; ad docendam actionis mundiliam venit Enoch, etc. Quousquè verus Lucifer surgeret, qui œternum nonis mane nuntians , stellis clariùs de divinitate radiaret. S; Gre$^ \?rœfat. in Job.
JLECTURES SPIRITUELLES M3
menées delà vie. 0 Dieu ! quel maître servons-nous? à quelle gloire a été élevé cet Homme -Die a? Reconnaissez, chrétien, la dignité que vous possédez; souvenezvous de quel chef et de quel cor^s vous avez l'honneur d'être le membre (1). Savez-vous bierj que tous les hommes et les anges ne vivent et ne subsistent que par lui? qu'ils ne sont heureux que par ses souffrances, ni riches que de ses mérites , ni glorieux que par les services qu'ils lui rendent, et par le rang qu'ils tiennent auprès de lui ? le croyez-vous? en êtes-vous bien persuadé? Si vous en êtes fortement convaincu, d'où vient que vous avez honte de porter ses livrées , et qu'un vain respect est capable d'étouffer en votre cœur tous les mouvements de la grâce? Avez- vous jamais sérieusement considéré que celui à qui le ciel et la terre rendent des hommages qui ne sont dus qu'à Dieu seul, est néanmoins homme comme vous 1 et qu'en cette qualité il est votre chef, et que vous êtes un de ses membres? Concevez-vous bien , mes frères, dit saint Augustin, la faveur que Dieu nous a faite? la comprenez-vous bien, l'admirez- vous comme Bile mérite ? 0 quel sujet de joie ! nous sommes vraiment devenus Jésus-Christ; car s'il est notre chef, et si nous sommes ses membres , nous ne faisons avec lui qu'un même homme. En vérité (2) ,y avez-vous fait quelquefois réflexion? Savez vous bien ce que c'est qu'être membre de Jésus-Christ ? Ah! si vous le savez, comment est-ce que vous dégénérez ainsi de votre noblesse ? La main d'un roi ne ferait jamais l'office d'un vil esclave , et si vous aviez le vrai sentiment
(1) Agnosce, 6 christiane, dignitatem tuam : mémento cujus capitis et cujus corporis sis membrum. S» Léo, serm. 1. de Na- Un t.
(2) Intelligitis , fratres , gratiam Dei super nos ? capitis ? admiramini? gaudete, Christi facti sumus. Si enim ille caput est, nos raembra , totus ille homo et nos. S. August. tract. 27. in Joan,
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de l'honneur, vous n'auriez garde , étant ce Que vous êtes au Fils de Dieu ,qm vous regarde comme sa main, de toucher seulement de la pensée ces bas objets de ta terre , qui ne servent qu'à souiller la pureté de voire cœur et avilir la dignité de votre âme.
Enfin ,Y,bur conclure ce discours , reconnaissez-vous que Dieu ne vous a mis au monde que pour aimer son Fils , et lui sacrifier l'honneur , les biens , la vie môme que vous ne tenez que de lui ? certes , si vous , aviez ce sentiment, vous ne seriez pas si froid en son endroit , et vous n'oublieriez pas ainsi la dépendance que vous avez de sa bonté. Les membres aiment leur chef par une inclination naturelle, qui fait que la main se met au-devant , pour parer au coup qui le menace, 0 membre sacré de cet adorable chef y quand vous voyez qu'on déshonore son nom par des blasphèmes et des impiété s horribles, avez-vous l'assurance de réprimer celte licence effrénée ? Pouvez-vous dire , comme saint Bernard , que vous tenez à faveur qu'U daigne se servir de vous comme d'un bouclier, pour se couvrir ; que vous êtes prêt à recevoir de boa cœur tous les traits envenimés des langues médisantes, pourvu qu'elles l'épargnent et ne le déchirent pas ; que votre réputation ne vous est rien, pourvu qu'on ne touche point à son honneur, et que vous êtes résolu de porter hautement ses intérêts, quelque risque que vous puissiez courir, et quelque dommage qui vous en puisse arriver (î)? Quelle excuse peut couvrir voire ingratitude, si vous manquez à de si justes devoirs ? que pouvez-vous exposer pour son service, qu'il n'ait offert à son Père pour votre salut ? Donnezmoi un homme qui ait employé pour vous tous les moments de sa vie, toutes les pensées de son espnt,
(1) Bonum mihi si dignelurme uti pro clypeo. Libens excîpio in me detrahentium linguas maïedicas et venenata spicula, ut non ad ipsum perveniant ; non recuso inglorius fieri , Ht noû irrua* tur in gloriam Deu S, Bern. /. 2. de confid. c, 6.
tous les mouvements de son cœur, toutes les paroles de sa bouche , tous les pas de ses voyages, toutes les larmes de ses yeux , toutes les gouttes de son sang ; i/ n'y a point d'homme qui puisse aller à cet excès; mais s'il yen avait quelqu'un, pourriez-vous lui refuser votre amour sans une extrême méconnaissance ? Et vous Pavez fait , ô l'ami du monde le plus généreux et le plus doux :vous n'avez voulu vivre sur la terre que pour souflriij^ n'y souffrir que pour mourir , n'y mourir que po^rr moi; et je pourrais vous fermer l'entrée de mon cœur ? O mon aimable chef ! ou faites que je vous aime, ou faites que je meure > car je suis indigne do vivre, si je ne vous aime de toute mon âme dans le temps et dans l'éternité.
ENTRETIEN
i'OCJPi LE LUNDI DE LA SECONDE SEMAINE D'APRÈS L'OCTAVE DE PAQUES.
De la qualité de roi , et de ses admirables prérogatives. Le mer milieux empire que Jêsm-Chri$ta$urle$ cœim,
Regnum Dei intrà vos est.
te royaume de Dieu est a«-dedans de vous. Lsjc, ÎT. 2t.