II. CONSIDÉRATION
Quatre prérogatives rendent cet empire admirable , et relèvent infiniment le pouvoir du Roi des rois.
La première est qu'il a seul la clef des cœurs, qu'il en connaît les plus secrètes pensées, et qu'il a le droit d'y entrer quand il lui plaît. Le cœur ae l'homme est un abîme profond que nulle créature ne peut pénétrer, s'il ne se manifeste lui-même par quelques signes extérieurs. Cela vient du domaine qu'il a sur ses actes intérieurs, et de la noblesse de sa liberté, qui ne consiste pas seulement à pouvoir agir ou ne pas agir , mais à cacher ses sentiments et ses intentions à tout autre qu'à Dieu, qui ne les peut ignorer , puisqu'il faut qu'il y contribue de son concours: c'est pourquoi iJ s'appelle le scrutateur des cœurs (1) ; et lorsque Nabuchodonosor pressa les mages de deviner ses pensées , ils eurent raison de lui répondre qu'il n'y avait point d'homme qui le pût faire. Que si Daniel l'entreprit , et y réussit , ce n'est pas à lui qu'il en faut donner la gloire , mais à Dieu qui lui révéla ce secret , et qui
bat supep eum , vocabatur Fidelis et Verax, et cum justitià judicat et pugnat. Oculi autem ejus sicut flamma ignis, et in capîte ejus diademata mulla, habens nomen scriptum, quod nemo
novit nisi ipse. Et habet in vestimentoet in femore suo scrip*
tum : Rex regum, et Dominns dominàntîmâ. Apoc. 19. 1 1, 12 , 16. (1) Scrutans corda, et renés Deus. Ps. 10
(ira cette louange de la boucha du roi : Vraiment votre Dieu est Dieu des dieux ; car il révèle les mystères (1).
Or ce*que Dieu a par les principes de sa nature , Jesus-Christ Fa par communication; il connaît le secret des cœurs, et nous lui pouvons dire avec les apôtres : Nous connaissons certainement que vous savez tout , et qu'il n'est point besoin qu'on vous interroge , pour avoir V éclaircissement de ses doutes, parce que vous les voyez dans le cœur ? avant même qu'on vous les propose : c'est ce qui nous confirme dans la créance que vous êtes envoyé de Dieu (2). Ce privilège lui était dû et lui convenait même en tant qu'homme, à raison de son office , parce que le Père ne juge personne , mais il a laissé à son Fils le jugement des vivants et des morts. 11 faut qu'il connaisse le secret des cœurs , puisqu'il en doit être le juge; iln'en peut pas juger sans connaissance de cause. Oui, Seigneur, vous rendrez à chacun, selon les intentions que vous voyez qu'il a formées dans son cœur ; car vous êtes seul qui connaissez les cœurs des enfants des hommes (3). Les hommes mêmes ont de la peine à se connaître eux-mêmes , si vous ne les éclairez de "Vos lumières : d'un million de pensées et de désirs qui naissent dans leurs cœurs, une partie se forme sans qu'ils y fassent réflexion; l'autre s'eflace bientôt de leur mémoire ; mais vous remarquez exactement jusqu'aux moindres atomes , vous découvrez les plus secrètes intentions , vous lisez dans les pensées les plus cachées , rien ne vous échappe ; et lorsque vous ferez l'ouverture des consciences, en l'assemblée générale ds tous les hommes, vous mettrez en
(1) Verè Deus vester Deus deorum est, revelans mysteria.
(2) Nos scimus quia scis omnia, et non opusesl tibi, ut quis te inlerroget : in hoc eredimus, quia à Deo exîsti. Joan. 16. 30.
($/ Tu rcides unicuique juxtà vias suas quas nôsti hafoere in corde suo , soîus enim tu nôsti corda filiorum hominum. 2. Paralip ornera 6. 30.
évidence tout ce qui s'est passé dans l'intérieur des hommes depuis le commencement du monde, sans oublier la plus légère circonstance et la moindre par'* ticuîarité.