IV. CONSiDliRVnON
Enfin comment pourrais-je jamais espérer de trou- (1) Qui se toto totum me comparavit. S. Bern. dequadrup. deb%
Jt$ L'HOMME D'ORAISON.
ver mon souverain bien , si je ne l'aimais et ne le cherchais de tout mon chœur; et par quel droit pourrais-je prétendre d'être reçu parmi les chœurs bienheureux de la céieste Sion , qui ne respirent que sa gloire , et qui ne vivent que de son esprit ? Si le bien, de quelque nature que ce soit, se communique toujours avec empire , et s'il est nécessaire que celui qui donne s'élève au-dessus de celui qui reçoit, comme la forme au-dessus de son sujet, il est évident que le droit de régner souverainement sur nos esprits appartient au souverain bien, et que l'amour qu'il produit par ses attraits, doit être un amour dominant , qui règle toutes les passions et tous les mouvements de notre âme, comme le souverain bien qu'il recherche , est la mesure de tous les biens de la nature. Le droit qu'il a de gouverner notre cœur est inaliénable, et parmi tous les dérèglements qui troublent le bon ordre qu'il nous prescrit, il ne peut perdre l'empire qu'il a sur nous. II est vrai qu'étant, comme nous sommes, composés de deux parties différentes, qui vont à la poursuite du bien par des inclinations toutes contraires , il s'élève souvent de grands combats de nous-mêmes contre nous-mêmes > c'est-à dire de la plusbasse contre la plus haute partie de l'âme, qui troublent l'harmonie de notre état intérieur, et qui nous^endent malheureux par un désir déréglé de notre béatitude. Car ce qui est le plus agréable aux sens, n'est pas ordinairement le plus conforme aux lois de l'esprit : et parce qu'ils ne peuvent rencontrer ce qu'ils cherchent dans un même objet, bien qu'ils ne cherchent qu'une seule chose qui est de vivre heureux et contents, de là vient qu'ils s'accordent rarement, et gu'au lieu de s'aider mutuellement par une juste suèordi nation de leurs désirs, ils &e font une cruelle guerre, qui cause à la fin la ruine totale de l'u^ et de l'autre parti ; mais nonobstant cette mauvaise intelli* gence ., l'amour du souverain bien subsiste toujours, ot, comme dit saint Augustin, le cœur de l'homme peut bien devenir misérable , mais il ne peut perdre le dé-
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sir d'être heureux mi milieu de m$ misères. Cela est si véritable, et l'expérience que nous en faisons à toute h^ure dans la recherche continuelle de ce qui nous manque E* de ce qui nous paraît aimable , est si générale, qu'elle s'étend à tous les moments de la vie, dont la saitô n'est à vrai dire qu'une chaîne de désirs qui tendent secrètement au premier de tous les biens, et qui ne finiront jamais qu'ils n'en aient acquis la jouissance.
Et donc pour y parvenir, que ne devrait-on pas faire et qui ne /audrait-il pas donner ? S'il était nécessaire de garderies lois de cette rigoureuse justice qui règle le commerce des hommes, quel moyen de gagner une récompense qui est éternelle, sinon par une éternité de services , et d'acquérir une couronne infiniment précieuse, qu'avec un prix infini dans sa valeur? et maintenant que la bonté de mon Sauveur se relâche jusque là de prendre en paiement un souffle dévie qui se dissipe en un instant, voudrais-je bien encore en retrancher une partie , comme si elle était trop longue, et disputer du prix de ma béatitude, comme s-il me vendait trop cher ce qu'il me donne presque pour rien ? '
O débonnaire Sauveur, Je ne puis plus souffrir \q reproche que vous me faites de mon infidélité, il est raisonnable que je commence à payer mes dettes , et puisque je vous dois tout ce que je suis, et plus que tout ce que je suis, je vous conjure de prendre tout sans réserve, et de ne rien laisser à mon amour-propre ; qui est le plus grand de mes ennemis. Car en vérité c'est peu de chose qu'un cœur aussi faible que le mien , qui bat sans cesse dans mon sein , et qui ne peut subsister que par ses palpitations et tremblements, pour répondre aux obligations infinies que j'ai à votre bonté. Si j'en avais autant qu'il en faudrait pour remplir le ciel empyrée , je voudrais vous les offrir et les consommer dans les flammes de votre amour, et après tout j'estimerais que ce serait trop peu de chose, et aue Je n'aurais rien fait qui fût digç^ m votee iPuvenrin*
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majesté. Comment est-ce donc que je pourrais diviser celui que vous me demandez en sacriûce , et vous ôter le meiileuV dune victime qui ne peut faire tout entière la millième partie de mes devoirs ?
ENTRETIEN