‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 81 sur 164 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Secondement, notre Seigneur a vaincu le monde, en décriant les vices qui y régnent, et nous donnant îles armes invincibles pour les combattre. Jésus-Christ a pris l'occasion de mourir pour dc$ impies. En quel temps? Lorsque nous étions encore faibles (3). Avant la mort de 3èsus-Çhrist, les hommes étaient faibles et désarmés, ils n'avaient ni force, ni courage, ni résolution. La plus légère tentation ébranlait leur constance, la moindre difficulté les abattait, la tristesse les rongeait, la persécution les mettait en fuite et en dé-

(1) 0 munde proditor ! cui cuncta bona promitlis, et cuncla mala profers: promitlis vitam, et donas mortem \ promitlis gaudium , sed largiris mœrorem ; promiltis pacem , et ecce turbatio ; promittis stare , sed cilô recedis. S. Aug.

(2) 0 infejicitasgeneris humani! amarus est mundus, et diligitur : pîrtas, si dulcis esset , qualiter amarelur? turbatur mundus, et amalur : quid! si tranquiilus esset mundus ? formoso quomodô haereres, qui sic amplecieris fœdum? flores ejus quomodô colligeres, qui à spinis non revocas manum ? Ibid.

(3)Christus, cumadhuc infirmi essemus, secundùm tempus pro impiis mortuus est. Rom. 5. 6.

LECTURES SPîRîfUÊLLES. 21!)

sordre, la famine les portait au désespoir. Ils craignaient tout , et rien ne les pouvait assurer. La mort les épouvantait, l'enfer les attendait , les démons les poursuivaient; les guerres , les séditions, les discordes, et tous les fléaux du ciel et de la terre étaient à leur égard des objets de terreur, dont le moindre était capable de les séparer de Dieu par le péché, et de leur faire perdre le ciel. Voilà le misérable état où le genre humain était réduit. Mais depuis que Jésus-Christ est mort pour nous, et qu'après avoir détruit le péché dans la croix par son infinie miséricorde , il nous a laissé ses armes pour nous défendre , et nous a instruits au combat , nous sommes maintenant assez forts et assez puissants pour surmonter tous ces ennemis, dit saint Paul (1), avec les armes et le secours de celui qui nous a aimés. Car bien que nous vivions dans la chair , nous ne combattons pas selon la chair, c'est-à-dire selon les maximes de la sagesse charnelle. Les armes de notre milice ne sont point charnelles^ mais puissantes en Dieu, pour détruire les places les plus fortes, c'est-à-dire tout ce que la sagesse du monde peut leur opposer ; pour renverser les conseils des hommes , et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu, rendant tout esprit captif et soumis à Vobêissance de Jé$us~Christ (2).

J'avoue nde nous avons un ennemi domestique fort dangereux, qui est d'intelligence avec le monde et le diable , et qui est d'autant plus à craindre , comme dit Philon, qu'il peut nous tuer, et faire mourir notre âme par la seule force de* ses désirs. Saint Léon dit que

(1) In his omnibus superamus, proptereum qui dilexit no*. Rom. 8.

(2) In carne enim ambulantes, non secundùm carnem militamus. Nam arma mililise nostrae non carnalia sunt, sed potentia Deo , ad destructionem munitionum, consilia destruentes, et ©mnem altitudinem extollentem se adyersùs scientiam Dei , et in captivitatem redigentes omnem intellectum in obsequium Christi. 2. Cor. 10.

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c'est cet ennemi qui tâcha d'empêcher la mort du Fils de Dieu, lorsqu'il dit ces pitoyables paroles • Mon Père, s'il est possible, faites que ce calice passe et s'éloigne de moi (1). Mais son divin amour résistant aux sentiments de la nature la fit obéir et se soumettre à la souffrance et à la mort, en rattachant à la croix. C'est pourquoi nous ne pouvons plus nous excuser sur Pinfirmité humaine, snobant que noire vieil homme a été crucifié avec lui, pour détruire le corps du péché (2). Car encore qu'il n'ait pas tout-à-iait amorti la chair , et qu'il ne lui ait pas ôté le pouvoir de nous attaquer, néanmoins il a tellement diminué ses forces, et augmenté celles de l'esprit, qu'elle ne peut surmonter personne que celui qui le veut, et qui néglige de recourir aux armes que Jésus-Christ lui a laissées dans la croix. Notre fragilité n'est donc plus qu'un faux prétexte, qui nous rend inexcusables, non-seulement parce que, comme dit saint Maxime, a l'union delà » chair avec le Verbe a fortifié toute la nature, en ôtant » la malédiction dont elle avait été frappée , et que la t> divinité du Verbe, qui par sa grâce est toujours pré- » sente à ceux qui croient eu lui, fait flétrir les appé- » tits sensuels, et affaiblit la loi du péché dans la » chair (3); » mais encore parce que la seule mémoire delà Passion de Jésus-Christ est capable de dompter la sensualité, d'éteindre les ardeurs de la concupiscence! et de réduire toutes les passions de Pâme dans une par« faite harmonie (4). Quoi donc, dit saint Bernard , m'a*

(i) Pater, si possibile est, transeat à me calix iste. Alatlh. 26.

(2) Scientes quoniam vêtus homo noster simul cruciftxus est, ut destruatuî' corpus peccati.

(3) Uuio enim carniscum Verbo totana naluram sublato maledicto roboravit, reiictâ iuexcusabili alfecUone ergà passionem voluntariara.Divinitas enim Verbi quae secundùm gratiam semper adest praesens credentibus in eum, legem peccati in came marcescere facit. S. Maxim»

? Consideralio Crucis Christi, omnes animi motus ad horo

donnerai-je à mes plaisirs, pendant que mon Dieu est attaché à la croix (1) ? Eh ! Seigneur , percez ma chair de votre crainte , et clouez la à votre croix. Car j'apprends que tous ceux qui vous appartiennent, ont crucifié leur chair , et je veux être à vous pour toujours. Faites-moi donc entrer dans la pratique des saints, que votre crainte et votre pur amour ont rendus ennemis des plaisirs et amoureux des souffrances (2).

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