‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 90 sur 164 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Mais il faut considérer qu il ne la donne pas comme le monde (5). Celle du monde est fausse et trompeuse , et ne regarde que le corps qut est toujours contraire à l'esprit. Celle du Fils de Dieu est la source de tous

(1) Respice crucem stantem , et vide quàm reclâ cacuminatione de terris erigilur ad cœlum , et veritalem rei ipsà imagine pro< testatur. Nonne tibi videtur figura ejus cœlum et tërram sublimi continuatione conjungere ? Hœc est firmissimum et indissolubile gluten, quo conglutinantur rationales crealurae, ut ex utrisque fiât illa civitas , cujus participatio ejus in idipsum. Petrus. Dam. sertn. I. de Exalt. Crucis, Ps. 121. 3.

(2) Crux igitur jungit cœlum et tcrram. Christus in cruce trahit omnia. Léo rugiens ibi ligatur, angélus confœderatur ethomo, totumque per eam reficitur quidquid fecit manus AHissimi. Petrus Dam. jam laudalus.

(3) Factus est in pace locus ejus.

(4) Pacem meam do vobis. Joan. 14. 27.

(5) Non quomodô inundus dat , ego do vobis. Ibid,

les biens, et ne regarde proprement que l'esprit pen< dant le cours de cette vie.

Car, comme dit Richard de Saint-Victor, il y a une paix qui est seulement extérieure ; il y en a une autre qui est seulement intérieure ; et il y en a une troisième qui est intérieure et extérieure tout ensemble, La première ne regarde que la chair; la seconde ne regarde que l'esprit ; la troisième regarde la chair et l'esprit unis ensemble dans une parfaite intelligence. Les deux premiers sont propres de cette vie, mais on ne les peut pas joindre ensemble , parce que nous les voyons toujours en des mouvements contraires ; pour la troisième, nous ne -l'espérons qu'en l'autre vie, c'est pourquoi nous l'appelons éternelle. Jésus-Christ est venu détruire la première , établir la seconde, et donner la troisième, âorit néanmoins il réserve la jouissance pour la vie future (l). Ainsi nous ne jouirons jamais dune pleine paix du corps et de l'esprit que dans le ciel , qui Ut le séjour tranquille des bienheureux ,ât le centre i\e leur repos. Car, comme dit saint Cyprien, qu'est-ce qui se passe dans le monde, sinon un combat perpétuel contre le diable? L'avarice, l'impureté, la colère, l'ambition, nous attaquent sans cesse ; nous sommes toujours aux prises avec les vices de la chair , et les plaisirs du siècle ? qui nous font une guerre opiniâtre et importune (2). A peine l'esprit humain, investi et

(1) Nam est pax quœ est tantùm exteriùs; et est pax quœ est tantùm interiùs ; et est pax quee est simul interiùs et exteriùs. Prima pertinet ad solam carnem ; seeunda , ad solam meutem; tertia, ad mentem simul et carnem. Primam etsecundam in hâc vità, nunquàm tamen simul habere possumus , quas semperin molihus disparibus seorsim videmus. Tertiam in» future tantùm speramus, undè «eternam nominamus. Primam venrt Chrislus destruere, secundam statuere , tertiam dare ; sed in fulurum tamen reservare. Rickardus à S. Fiel, tract, de Gemino Pasc/i. in fine.

(2) Quid aliud in mundo, quàm pugna adversùs diabolum ge- Fitur ? cum avaritià nobis , cum impudicitià, cum ira , cum ambi-

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assiégé parles tentations du démon, peut-il s'opposer et résister à^chacune en particulier (1). Si Ton surmonte l'avarice, la luxure se présente au combat; si l'on repousse la luxure , l'ambition lui succède ;x si l'on réprime l'ambition , la colère nous aigrit, ^orgueil nous enfle l'esprit, l'envie rompt la concorde , et la jalousie met la division entre les amis (2). Parmi tant de persécutions que l'esprit souffre cbaque jour, et parmi tant de dangers qui nous menacent, peut-on se plaire à être si long-temps exposé aux insultes du démon (3) ? Que n'écoutons-nous plutôt la voix du Seigneur, qui nous appelle à la paix? « Venez à moi, nous dit il, vous » qui êtes encore éloignés du repos ; aimez la paix : car » que pouvez-vous rencontrer, entre tous mes dons, » qui soit/ïieilleur que la paix ? Qu'est-ce que la paix? » où il n'y a point de guerre : qu'est-ce à dire, où il » n'y a point de guerre ? c'est-à-dire où il n'y a point » de contradiction, où rien ne vous choque, rien ne » vous est contraire. Or, voyez si nous en sommes la. » voyez s'il n'y a plus de combats avec Pespritde ténè- » bres, si tous les saints et tous les fidèles ne sont » pas en guerre contre le prince des démons, et con- » tre les concupiscences dont il se sert pour les porter y» au péché; si ce n'est pas en refusant leur ccr:::n- » tement qu'ils remportent la victoire , et s'ils ne com- » battent pas toujours pendant qu'ils ne sont pas en- » core vainqueurs? Il n'y a donc point encore de paix.

Mone congressioest; cum carnalibus vitiis , cum illecc?>rïs sccularibus assiduaet molesta luctatio est.

(t) Obsessa mens hominis et undiquè diaboli infestalione vallata , vix occurrit singulis , vix resistit. S. Cyprianus 9 lia, de Mort, ferc initio.

(2) Si avaritia prostrata est, occurrit libido; si libido compressa est, suceedit ambitio, si ambitio compressa est, ira exaspérât, inflat superbia, invidia concordiam rumpit, amiciti^n zelu* abscindit.

(3) Tôt persecutiones animus quotidiè patitur, tôt periculis pectusurgetur , et détectât hic inter diaboli gladios diù stare*

LhCTURIiS SPIRITUELLES. 239

» puisque îa guerre dure toujours. Que si vous ne m'en » croyez pas, donnez-moi un seul homme qui ne souf- » fre point de tentations, donnez-m'en un qui me puisse » assurer qu'il a la paix (1). » Je sais bien que notre Seigneur îa promet à ses serviteurs. // annoncera la paix à son peuplerait le Prophète-Roi (2). Je leur donnerai une consolation solide et véritable, une joie toute pure et sans mélange, une paix par- dessus lapaix (3) ; mafis il ne la leur donne que dans le ciel. Car, outre la paix, dit saint Grégoire? que la divine miséricorde donne à ses amis dès tette vie, elle leur en donnera une autre dans le séjour de la béatitude éternelle, qui fera que la chair ne répugne plus à l'esprit, et que la nature humaine étant rétablie dans unvétat plus parfait, personne ne puisse plus tomber dans le péché (4). Cette paix n'est pas encore un fruit de saison, on ne le cueille qu'en l'autre vie : « il » n'y a que Jésus-Christ qui en ait joui sur la terre, » parce qu'il est seul qui, demeurant libre parmi les » morts , n'a point senti l'aiguillon du péché dans son » cœur (5).» Mais je veux, dit saint Augustin , qu'il se trouve quelqu'un qui soit exempt de tout désir illicite, toujours il aura à combattre, au moins avec la faim et la soif (6). Car qui est le juste qui en soit affranchi?

(t) Vox ergô Christi pax est, ad pacem vocal. Eia , dicit ; quicumque nondùm estis in pace , amale pacem. Quid enim vobis meliusde me invenire potestis quàm pacem ? Pax quid est ? etc. S. Aug. in Ps. 84. ad illa yerba : Loquetur pacem in plebena suam.

(2) Loquelur pacem in plebem suam. Ps. 84. 9.

(3) Dabpillis solatium verum : pacem super pacem.

(4) Super pacem enim, quam dilectis suis in hàc vità tribuit , in œternà felicitate aliam divina miseratio dabit, ut jamcaro oon repugnet spiritui, ut reformata in melius humanà naturà , nemo jam cadere , nemo possit peccare. S. Greg.in Psal. ult. pœnit.

(5) Hanc pacem solusChristus habuit , quia solus inter mortuos liber, peccati aculeum in corde non sentit. Ibidem.

(6) Pugnatergô contra nos famés et sitis., puguat lassitudo Garnis, etc. S. Aug. in PsqL 84, locojarn citato.

Mous avons donc pour ennemis la faim el la soif, la lassitude du corps , l'envie de dormir , et l'accablement du sommeil. Si nous voulons veiiier , nous sommeillons malgré nous; si nous voulons jeûner, nous sommes accueillis de la faim et de la soif; si nous pensons nous tenir debout, nous nous lassons; et lorsque nous voulons nous asseoir, si nous demeurons long-temps dans celle posture, nous ne la pouvons plus souffrir. Toutes les faiblesses auxquelles nous sommes sujets, viennent de la mort, que les remèdes mêmes dont nous usons pour entretenir notre vie, ont coutume de causer. Si vous excédez en vos repas , votre intempérance vous étouffera; si vous veille/ Hop g-lemns vous mourrez d'insomnie; et si vous vouiez toujours dormir, le sommeil même vous sera mortel. Quand est-ce donc que nous Jouirons d'une paix parfaite, et d'un repos inaltérable? Quand nous serons pleins de Dieu, et que Dieu sera tout à tous , et nous tiendra lieu de toutes choses (1). Alors Dieu sera notre pain commun, notre commun héritage, notre paix commune; ec au lieu de tout ce qu'il nous donne à présent, il se donnera lui-même, et ainsi il sera lui-même notre paix parfaite et consommée. Allons donc à la paix par la paix , dit Richard de Saint-Victor; à la paix éternelle, par la paix intérieure (2). Conservons chèrement celle-ci, el soupirons après l'autre t que nous ne posséderons que dans le ciei, où celui qui remplit les désirs de lame, sera tout à tous, où nous serons tout pleins de Dieu, et enfin où Dieu sera à notre entendement plénitude de lumière, à notre volonté plénitude de paix et de

(1) Erit purgala pax in filiis Dei omnibus amantibuset lq videntibusplenos Deo , cum erit Deus omnia in omnibus.

(2) Curramusitaque per pacemad pacem: per pacem internam ad pacem œternam. Richardus^ trqçt. de gemino Pasch. in fitiç.

tRCTURES fci'imTUELtES. 241

joie, et à noîre mémoire une éternité de bonheur toujours présent (1).

(1) Nam ijui replet in bonis desiderium animae , ipse rationi futurus cslplenitudo Iucis, ipse voluntati ulcnitudo pacis, ipse mémorise continuatio celernitalis.

ENTRETIEN

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