‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 100 sur 201 · V. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

V. CONSIDÉRATION

En qualité de Fils de la bienheureuse Vierge»

Enfin c'est la gloire de Jésus-Christ d'être, non-seulement serviteur de Dieu par une prérogative particulière, mais encore fils de sa servante : O Seigneur , je suis voire serviteur, et le fils de votre servante (2) !La bienheureuse Vierge le conçut en la maison de son maître.

(1) Oranis superbus extollitur suprà Deum. Vult enim Deu* fieri voluntatem suam , et superbus vult fieri suam. Jam videtur œqualitas, sert attende malè congru a m proporlionem : Deus quidem in his tantùm quae ratio approbat suam vult fieri voluntatem ; superbus verô,et cum ratione, et contra rationem. Vides quoniam altitudo est, et non illùc perveniunt fluenta gratis. S. Bernard, serm. 4. in Vigil. Nat.

(2) O Domine , quia ego servus tuus sum, et nlius ancill»

La terre appartient au Seigneur dans toute ta plénitude (1); et elle le conçut en vertu de ces paroles : Voici la servante du Seigneur (2) : si bien que l'humilité lui est comme naturelle, et quand il ne l'aimerait pas par vertu, il l'aimerait, pour ainsi dire, par les inclinations que lui donne sa naissance. Car les enfants suivent d'ordinaire les inclinations de leur mère (3); et même nous savons que les mères impriment quelquefois, sur le corps de leurs enfants, la figure des objets qui frappent plus fortement leur esprit au point de la conception, d'où vient que la couleur des baguettes que Jacob avait diversifiées, passait de l'imagination des brebis sur la peau des agneaux , ainsi que l'Écriture sainte l'enseigne. Or je demande quelle fut la plus forte pensée qui saisit l'esprit de la bienheureuse Vierge au po?nt de l'incarnation ? ne fut-ce pas celle de l'humilité ? en même temps que le ciel la reconnaît pour sa souveraine maîtresse, elle se resserre toute dans son néant, son esprit s'emplit des images de sa bassesse, sa volonté choisit l'abjection , son imagination en reçoit l'impression, ses paroles mêmes s'en ressentent : Voici la servante du Seigneur (4). Pourquoi donc ne dirai-je pas que l'inclina* tion de la mère passe jusqu'au fils , et que Jésus suit en cela les affections de Marie? Je me trompe, il ne la suit pas, il la prévient; il n'est pas seulement la copie, il est l'original de l'humilité , qu'il inspire lui-même au cœur de sa mère, pour la faire passer par sympathie dans le sien, et pour être tout ensemble et le fils et Je père, le maître et le disciple, l'auteur et l'imitateur de cette admirable vertu. C'est la troisième raison qui l'a obligé à chérir l'humilité avec une tendresse de fils» comme celle à qui il devait sa naissance temporelle, ainsi que nous verrons dans le suivant Entretien.

(1) Domlniest terra et plenitudo ejus. Pt.23, 1,

(2) ffcce ancilla Domiiii. Luc. 1, 38,

(3) Filii matrizant.

(4) Ecce ancilla Doniini.

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