I. CONSIDÉRATION
Saint Ambroise dit que le Fils de Dieu est le père de l'humilité : Le principe de l'humilité, c'est Jésus-Christ, qui, étant égal à la majesté de son Père, a pris la forme d'un esclave (1). Rupert en apporte la raison, parce qu'encore que plusieurs saints aient excellé en humilité avant qu'il vint au monde, néanmoins il n'y en a pas un à qui il ne l'ait inspirée , non pas même la bienheureuse Vierge, qu'il a voulu rendre la plus humble de toutes les créatures, afin qu'elle lui fût plus semblable que les autres, et par suite plus digne d'être sa mère. De sorte que si Abraham fut humble , si David fut amoureux de celte vertu, si les saints patriarches la pratiquèrent, si la bienheureuse Vierge les surpassa tous en humilité , c'est que le Verbe , qui devait s'humilier jusqu'à la poussière et au néant dans son incarnation , la leur avait enseignée (2). Suivant cette pensée, nous
(1) Principium humilitatis Christus , qui formam servi accepit, cîitn Patrem Deum majestate virtutis sequaret. S. Ambr, l* 3. de fid. c. 4.
(2) Jam intùs docuerat eos Deus invisibilis, qui ex eis nasciturus erat homo visibilis, mitis et humilis, similemque sibi ma- Irem praeparaverat , quœ veraciter diceret : Respexit humilita» le m ancillœ su®. Rupert, /.l» de gloriâ et honore Filii homi-
nti*
LECTEURES SPIRITUELLES. 240
pouvons dire que le Fils de Dieu aime l'humilité comme un père aime sa fille unique , et qu'il prend plaisir de l'inspirer aux saints , de la produire dans leurs cœurs , et de l'y entretenir avec beaucoup de soin. De là vient qu'il leur laisse toujours quelque marque de leur faiblesse, comme à Moïse la main lépreuse, la crainte de Jézabel à Élie, et l'aiguillon de la chair à saint Paul : afin de les contenir dans le respect, dans la soumission , et dans la dépendance qu'ils ont de Dieu. De là vient encore qu'il a coutume de conduire les saints qui sont d'une race illustre , comme saint Louis , par les abaissements, pour faire mourir en eux le faste et l'orgueil du siècle qui naît avec les grands , au lieu qu'il élève ceux qui sont nés de bas lieu , et les rend illustres par les merveilles qu'il opère en eux , comme sainte Geneviève, saint François de Paule, saintlsidore et plusieurs autres , dont nous n'aurions jamais connu la vertu , s'il ne les eût relevés par des grâces et des faveurs miraculeuses. Quelquefois il retire son secours extraordinaire, et leur soustrait ses lumières, ses consolations, et ce pouvoir extraordinaire dont il les avait revêtus, de peur qu'ils n'enlrent en quelque vaine complaisance d'eux- mômes , comme il arriva aux apôtres, qui ne purent délivrer un possédé , de peur que l'opération des miracles ne leur donnât de l'orgueil , dit saint Augustin (1). Quelquefois il permet qu'ils soient persécutés des hommes et calomniés à tort , comme saint Pierre le martyr, afin de leur faire acheter l'humilité au prix des opprobres et des humiliations, qui sont les plus communes et les plus sévères voies pour y arriver. D'autres fois il permet qu'ils soient persécutés des démons, comme ce saint solitaire qui, pour se délivrer des pièges de la vanité, demanda à Dieu d'être possédé pour quelque temps , afin de s'anéantir dans cette confusion , et faire , d'un ennemi superbe , le gardien de
(1) Nemiraculis fa.ciendis extollerenlur insuperbiam. 5. Aug. i, 1. Quœst. Evang. c. 22.
son humilité. Quelquefois même il permet qu'il* tom« bent dans le pêchétcomme David , qui est la plus grande humiliation qui puisse être pour un homme qui a été long-temps dans la faveur de son Dieu. 11 est vrai qu'elle est rare dans les saints , mais elle suffit pour nous montrer combien Dieu est ennemi de la présomption, puisque, pour la punir, il use d'un châtiment si sévère. Et plût à Dieu que nous puissions profiter de ces exemples , nous qui sommes si fragiles , et tirer de nos chutes si fréquentes , autant d'humilité que les saints en ont tiré de leurs vertus (1). Mais si le Verbe incarné est le Père de l'humilité , parce qu'il la produit dans le cœur des justes, il en est aussi le Fils, et il l'aime dans cette vue comme celle qui lui a donné une triple naissance: la première, â la vie mortelle dans son incarnation; la seconde, à la vie glorieuse dans sa résurrection; la troisième, à la vie de grâce dans les âmes , soit par la pénitence, ou par la participation des divins mystères.