II. CONSIDÉRATION
Premièrement, il est le Fils de l'humilité , parce qu'elle îui adonné une vie passible et mortelle dans l'Incarnation. C'est par l'humilité qu'il s'est enfermé dans le sein de la bienheureuse Vierge; c'est par l'humilité qu'il en est sorti, pour entrer dans l'étable de Bethléem, et de là dans toutes sortes d'opprobres et de mépris : c'est par l'humilité qu'il est descendu du ciel, soit parce que la fin de son incarnation a été de réparer l'honneur de son Père, et de lui procurer une gloire digne de son infinie grandeur, en s'abaissant sous lui, et lui rendant une soumission infinie; soit parce que l'humilité de sa bienheureuse Mère a été un des motifs qui l'a obligé de hâter sa venue. Ce qui a donné sujet à saint
(1) Ulinam nos illam haberemus bumililatem in peccalis nostris, quam verè sancti habuerunt in virlutibus suis. Guem'cus dbb. iertA' f. de purif.B.K
Augustin de dire que l'humilité de Marie est la poi te du ciel et l'échelle du paradis, par où le Fils de Dieu est descendu sur la terre , d'autant qu'elle l'a attiré par ses humbles prières, et par ses désirs pleins de révérence et d'anéantissements (1). C'est par l'humilité qu'il s'est enfermé dans le sein de sa Mère, parce que, comme dit Àlbert-le-Grand, la bienheureuse Vierge mérita de le concevoir non-seulement par sa virginité, mais beaucoup plus par son humilité (2). Il est vrai , dit saint Bernard, que sa pureté virginale la rendit très-agréable au Verbe divin, mais ce fut par son humilité qu'elle le conçut (3). Elle lui plut sans doute lorsqu'elle dit ces paroles, qui témoignent le soin qu'elle avait de sa virginité : Comment cela peuUil se faire t vu que je sui$ vierge P Mais elle le" conçut effectivement en vertu de celles-ci : Voici la servante du Seigneur , qu'il me soit fait selon votre parole. 0 que la force de l'humilité es grande , puisqu'elle fait si facilement incliner la majesté de Dieu (4) ! C'est par cette humilité qu'il voulut naître dans une étable, et qu'il choisit l'abjection pour compagne inséparable de sa vie mortelle. Il est vrai qu'il vint au monde comme une fleur qui l'embauma de l'odeur de ses vertus, mais la racine de cette fleur était l'humilité (5). Il sortira une fleur de sa racine, c'est-àdire de sa profonde humilité, comme l'explique Albertle-Grand (ô). Depuis le moment de sa naissance , il fit
i) O verè gloriosa Mariée humilitas , quae porta paradisi effleiiur : facta est certè humilitas Marise scala cœlestis , per quam descendit Deus ad terras. S. Aug. serm. 55. de sanctis.
(2) Maria non tanlùm pro eo quôd erat mundissima, sed potiùsproeo <juôd erat humillima , meruit coneipere Filium Dei. Albert. Magn. serm. 6. de Nat. DominU
(3) Et si placuit ex virginitate, de Immilita te tamen coacepit. S. Bernard, hbmtl. 1. super Missus est.
(4) Magna humilitatis virtus, cui etiam deitatis majestas tàm facile se inclinât. S. Bern. serm, 43. in Cant,
(5) Et flos de radice ejus ascendet.
(6) In radice humilitas cordis intelligitur. Albert» Magn, serm* 56. de B. Maria,
toujours paraître la pente qu'il avait à cette vertu. Jamais il ne se soucia des honneurs du monde; au contraire, il les méprisa toujours constamment, il voulut servir, et non pas être servi; il conversa familièrement avec les pauvres, que l'œil des superbes ne daigne pas regarder; et quand on voulut le faire roi , il prit la fuite et se cacha. On ne remarqua jamais en lui qu'une inclination toute particulière à l'humilité , qui lui était comme naturelle, et essentielle à son état, le Verbe incarné n'étant autre chose qu'un Dieu humilié et anéanti pour la gloire de son Père et pour le salut des hommes.