III. CONSIDÉRATION
Secondement il est le fils de l'humilité , parce qu'elle lui a donné une vie glorieuse dans sa Résurrection. Car encore que la vie de gloire fût due à son corps dès le moment de sa conception à raison de l'union bypostatique , et qu'il l'eût encore acquise par le mérite de ses autres vertus, néanmoins il a voulu qu'elle fût le prix de son humilité. L'humilité, dit saint Augustin, est le mérite de la gloire, et la gloire est le prix de l'humilité (1). // s'est humilié (2), selon l'Apôtre , jusqu'à l'opprobre de la croix : voilà le mérite de l'humilité : C'est pourquoi Dieu l'a exalté (3) , et lui a donné un nom qui est par-dessus tout autre nom, voilà sa récompense. Considérez ceci, dit saint Ambroise (4) : le dessein de l'Apôtre n'est pas de prouver le pouvoir de Jésus-Christ,
(1) Humililas claritatis esl meritum , claritas humilitatis est prœmium. S, Aug.
(2) Humiliavit semetipsum. Philipp. 2.
(3) Propter quod et Deus exaltavit illum. Ibid.
(4) Considéra, homo, quid legas. Non laboravit Apostolus potentiam Çhrisli probare, sed obedientiam praedicare, sed demonstrare quanla sit humilitatis gratia, quanlus ejus profectus. Si simplicibus accipias auribus, et Chrislum exaltavit. S.Amby. serm* 14. in Ps. 118.— Si putas quodChristoprofuit humilitassua, cui
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mais de louer son humilité. Si vous prenez bonnement mes paroles, je disque l'humilité a exalté Jésus-Christ. Si elle lui a été avantageuse , à qui ne le sera-t-elle pas? si elle Ta exalté , à qui ne donnera-t-elle pas du relief et de l'éclat ? J'ose dire qu'il eût perdu tout le fruit de ses ouvrages et tout le bien qu'il avait fait aux hommes, si l'humilité n'en eût réparé la perte. Par elle il nous a racheté , par elle il nous a reconquis , par elle j'ai reconnu celui que je ne connaissais pas, j'ai reçu celui que j'ignorais ; et, par un heureux changement, je confesse aujourd'hui celui que je désavouais, je fléchis les genoux , et j'adore celui que je fuyais. Voilà le prix de l'humilité , dit saint Hilaire , voilà sa récompense; celui qui était dans la forme d'un Dieu, et qui avait pris la forme de serviteur, demeurant dans la forme d'un Dieu, a été reconnu et adoré dans la gloire de son Père , et a reçu les hommages du ciel , de la terre , et des enfers (1). Il ne pouvait pas croître ni monter en demeurant simplement dans la forme d'un Dieu , parce qu'il n'y a rien au-dessus; il a trouvé le moyen de croître, en descendant sur la terre pour prendre notre chair, et pour souffrir et mourir, afin de nous délivrer de la mort, dit saint Bernard. Allez, faites le môme, et si vous voulez être grand comme lui, apprenez à vous humilier comme lui (2).
ergô non pi'oderit ? Si illum exaltavit, quem non augebit ? Ibidem.— Audeo dicere, operationis suae manus amiserat , nisi nu» militas recepisset. llaque nos quidera redemit, sibi etiam ac« quisivit. Suscepi quem nesciebam jagnovi quem non cognosce< bam ; confiteor quem negabam; ipse , genu fleclo , ipsum adore quem anleà fugiebam. Ibid,
(1) Humilitatishoc praemium est, humilitatis naec merces est, ut qui manens anteà in forma Dei, esset deinceps forma servi effectus, manens in forma Dei,effectus in forma servi, confessione cœleslium , terrestrium et infernorum esse in Dei Patris gloriâ nosceretur. S. Hilar. in Ps. 118.
(2) Humiliatus sum usquequaque Christus , ciim per naturam. divinitatis non haberet qud cresceret, vel ascenderet, quia ulirà.
254 l'homme d'oiuisou.
iv. considération.
En dernier lieu , il est fils de l'humilité, parce qu'elle lui donne une vie de grâce et d'amour dans les âmes, par le moyen de la pénitence et de la divine Eucharistie. Car, d'un côté, s'il n'était humble, il ne se donnerait pas à nous dans la communion, pour nous servir de viande etde breuvage (1). Qui l'a porté à nous conférer le bénéfice de son corps et de son sang? son humilité. S'il n'était humble, il ne nous permettrait pas de le prendre pour notre nourriture et pour notre breuvage. D'ailleurs, s'il ne trouvait dans les pécheurs un cœur humilié, il n'y rentrerait jamais par la pénitence pour y reprendre une vie nouvelle. Car l'humilité, comme disait sainte Catherine de Bologne , est l'aurore de notre conversion , qui bannit les ténèbres du péché , et ramène dans nos âmes le jour de la grâce. Si bien que comme l'aurore est la mère et la fille du soleil , qui précède ce bel astre et qui en procède , de même l'humilité naît de l'inspiration de Jésus-Christ , et le fait naitre tout ensemble dans le cœur du pénitent. Car il n'y vit et n'y agit que par la grâce, et la grâce n'y entre que par l'entremise de l'humilité. Pourquoi? parce que, dit saint Bernard, c'est une fontaine d'eau vive, et l'eau des fontaines ne monte point (2). Elle coule par les vallées (3). C'est ce qu'on vous dit si souvent, que Dieu résiste aux superbes et donne sa grâce aux humbles. Car les fontaines ne montent point , ou,
Deura nihil est, per descensum quomodo cresceret invenit, veniem incarnari, pati, mori, ne moreremur. Vade et tu fac similiter. S. Bern. serm. 2. de Ascens.
(1) Undè commendavil corpus et sanguinem suum ?de huinilitate suà ; msi en m esset humilis , nec manducaretur, nec biberetur. S. Aug. in Ps. 33.
(2) Ulique quia fons est, et ascensum nescit. S, Bern* homii. U in figil. Nativit.
(3) Qui ennuis fontes in fonvalhbus.
si elles montent, elles ne montent qu'autant qu'elles descendent : humiliez-vous, vous monterez; abaissez-vous jusqu'au néant, vous monterez jusqu'à celui qui est tout en lui-même, et qui vous sera tout dans l'éternité, si vous n'êtes rien dans votre estime (1).
(1) Fons enim ad altiora non ascendit, quàin §it locus tjuf ftndè procediL
256 L'HOMME D'ORJUSO!t.
POUR LE VENDREDI DE LA DIXIÈME SEMAINE d' APRÈS LA PENTECÔTE.
Que l'esprit du Christianisme est un esprit d'humilité , sans lequel il est impossible de se sauver.
Les apôtres, poussés d'un esprit de vanité, s'adressent au Fils de Dieu, et lui demandent qui d'entre eux est le plus grand dans le royaume des cieux (1). Notre Seigneur , pour guérir cette enflure d'esprit , fait venir un enfant qu'il met au milieu d'eux. Plusieurs disent que Celait saint Martial, évêque de Limoges; Métaphraste assure que c'était saint Ignace, martyr. Quoi qu'il en soit, iï leur montre cet enfant, et leur dit ces belles paroles : Voyez vous ce petit enfant; si vous ne devenez simples et humbles comme lui, si vous n'êtes par vertu ce qu'il est par l'innocence de son âge , vous n'entrerez point dans le royaume des cieux (2).