I. CONSIDÉRATION
Première raison prise du témoignage des Pères.
De ces paroles les Pères tirent la nécessité de celte vertu, et conviennent tous en ce point, que sans elle il est impossible d'entrer dans le ciel. Saint Athanase l'appelle le grand remède du salut (3) : remède nécessaire pour toutes les plaies de l'âme , que le Fils de Dieu nous recommande en mêmes termes que les trois plus
(1) Quis, putas, major est in regno cœlorum ? Mallh. 18.
(2) Nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non inlrabitis in regnum cœlorum.
(3) Ingens remedium salulis. S. Athanas. oral, de firgin.
LECTUIUS SPIRITUELLES. 257
nécessaires sacrements de l'Église. Sur quoi est fondée la nécessité du baptême ? sur ces paroles de Jésus^ Christ : Nul ne peut entrer au royaume de Dieu, s'il ne re. naît de Veau et du Saint-Esprit (1)? Sur quoi est fondée la nécessité de la pénitence ? sur ces paroles sorties de la bouche du môme Sauveur : Si vous ne faites pénitence , tous périrez tous ensemble (2). Sur quoi est fondée la nécessité de la divine Eucharistie P sur une expression pareille aux précédentes : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme , vous n'aurez point la vie en vous -mêmes (3). Or, c'est ainsi que Jésus-Christ nous recommande l'humilité: il use des mêmes termes, il nous déclare l'obligation que nous y avons d'une manière semblable : Si vous ne vous changez entièrement , et si vous ne devenez petits comme des enfants, vous n'en* trerez point dans le royaume descieuœ (4). Et c'est peutêtre par cette raison que saint Léon appelle l'humilité de la croix, le Sacrement de notre salut, pour nous apprendre qu'elle n est pas moins nécessaire que les sacrements mêmes. Lacroix de Jésus-Christ, qui a servi au salut des mortels, est notre sacrement et notre exemple (5); notre sacrement, parce que c'est le remède de tous les vices de l'âme ; notre exemple, parce que c'est le fondement de toutes les vertus , que nous devons solidement établir, à son imitation. L'humilité , dit saint Cyprien , a été de tout temps le fondement de la sainteté (6). L'orgueil do 6ô£ sublimes esprits qui ont
(1) Nisi quis renatus fuerit ex aquâ et Spiritu sancto , non potest introirein regnum] Dei. Joan.Z. 5.
(2) Nisi pœnitentiam egerilis, simul omnes peribitis.
(3) Nisi maûducaveritis carnem Filii horainis... non habebitts vitam in vobis. Joan. 6. 54.
(4) Nisi conversi fueritis, et efficiamini sicut parvuli, non intrahitis in regnum cœlorum. Matth* 18. S.
(5) Crux Christi, quae salvandis impensa est mortalibus, Sacramenlum est et exemplum. Sm Bern,
(6) Fundamentumsanctitatissemperfuit bumilitas, nec in cœlo siare poluit superba sublimitai. S, Cjrpr* de NativK, Christi,
258 L'HOMME D'ORàlSON.
signalé par leur chute la naissance du monde , n'a pu demeurer dans le ciel; le ciel ne les a pu souffrir. On parvient au royaume par l'humilité , dit saint Ambroise , on pénètre par sa simplicité jusque dans le ciel. Par conséquent quiconque veut arriver jusqu'au faîte de la Divinité, doit s'abîmer, premièrement, jusqu'au centre de l'humilité (1). Voilà le Vrai chemin du ciel, dit saint Bernard, il n'y en a point d'autre : qui veut aller par une autre route, tombe plutôt qu'il ne monte. II n'y a que l'humilité qui nous élève, et il n'y a qu'elle qui nous conduit à la vie (2). C'est le chemin raccourci, que notre Seigneur nous a montré; on ne le peut quitter sans s'égarer , et courir risque de se perdre. Dieu, qui est la béatitude active et passive , qui fait les bienheureux par miséricorde, et qui l'est par son essence , nous a montré un chemin raccourci pour participer à sa divine nature en prenant lui-même part à notre bassesse et à notre infirmité (3). C'est pourquoi saint Grégoire dit que l'humilité est le plus visible caractère de la prédestination, comme l'orgueil est la plus évidente marque de la réprobation (4). Ce que saint Odon a presque redit en mêmes termes : le plus manifeste signa des réprouvés, c'est l'orgueil ; et des élus, au contraire , l'humilité (5). Seigneur, vous sauverez les humbles, et
(l)Humilitate pervenitur ad regnum , simplicitate penetratur ad cœlum. Quisquis ergô cupit divinilatis tenere fastigia , humililatis ima sectelur. S. Ambr. serm. 11.
(2; Haec esl via, et non est alia prit ter ipsam : qui aliter vadit, cadil potiîis quàm ascendit, quia sola est humililas, quse exaltât; •ola quae ducit ad vitam. S. Bern. serm. de Ascens. Dom.
(3) Beatus ac beatificus Deus, particeps humililalis nostrœ coin* pendium praebuit participandae divinitatis suse. S. Aug. t. 9. de C. D. c. 15.
(4) Evidentissimum reproborum signum est superbia, et contra humililas electorum.
(5) Manifeslissimum signum reproborum superbia est, et è con« tià humililas electorum. S. Odo Clum'acens.l. colLI.
vous humilierez les superbes (1). Vous n'avez garde de leur ouvrir le paradis, vous en avez chassé le premier des anges à cause de son orgueil : les hommes qui lui ressemblent, ne doivent pas espérer d'y être admis. L'orgueil a déjà une fois jeté le trouble dans ce royaume , il en a ébranlé les murailles , il en a même renversé une partie considérable ; y a-t-il apparence qu'il doive y être désormais reçu ? cette peste n'est-elle pas odieuse et abominable dans la cité céleste ? Tenez pour certain , mes frères , que celui qui n'a pas pardonné aux anges superbes, n'épargnera pas l'orgueil des hommes (2). Voilà quel est le sentiment des Pères , qui nous assurent, d'un commun consentement, que l'humilité est nécessaire au salut. Voyons les raisons qu'ils apportent pour établir leur sentiment.