‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 110 sur 201 · OUR LE ONZIÈME DIMANCHE D'APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

OUR LE ONZIÈME DIMANCHE D'APRÈS LA PENTECOTE

Comme le Fils de Dieu nous a appris par son exemple à fuir les dignités et les prééminences du siècle.

Le prince des apôtres, voulant nous imprimer bien avant dans le cœur les sentiments de l'humilité, se sert de la main toute-puissante de Dieu pour abattre notre orgueil , et nous dit : Humiliez-vous sous la puissante main de Dieu (1). Mais j'aime mieux pour celle heure employer ses abaissements que sa grandeur , ses faiblesses que sa force , ses anéantissements que la plénitude de sa gloire, et vous dire : Humiliez-vous sous l'humble Fils de Dieu (2). Prenons donc l'exemple de Jésus Christ humilié pour l'objet de notre imitation, nous réservant pour une autre fois à tirer de Jésus- Christ glorifié les motifs de notre humiliation. Je commence par la fuite des grandeurs et des prééminences du siècle, qu'il a toujours rejetées, renonçant volontairement à la monarchie universelle, qui lui était due par le droit de sa naissance, refusant la couronne que le peuple juif Voulait lui donner après la multiplication des pains, et protestant devant Pilale que son royaume n'était point de ce monde. Ce mépris et cette fuite si constante méritent que nous y fassions attention , et que nous en cherchions la cause.

(1) Humiliamini sub potenti manu Dei.

(2) Humiliamini sub humili Filio Dei.

Jésus-Christ a fui les honneurs, pour non» apprendre que c'est le partage des réprouvés.

Premièrement, il a fui les couronnes et les grandeurs du monde, pour nous apprendre que ce n'est pas le partage de ses enfants, et que ceux qui les recherchent, suivent l'esprit du Prince des ténèbres, à qui il les a abandonnées, comme ditTertullien. Il a rejeté, dit ce Père, ce qu'il n'a point voulu, il a condamné ce qu'il a rejeté, et ce qu'il a condamné , il l'a abandonné au diable, qui l'étalé avec pompe ; car jamais il n'eût réprouvé que ce qui n'était point à lui (1). Or, ce qui n'est point à Dieu , ne peut appartenir qu'au diable.

C'est pourquoi saint Hilaire dit que toutes ces poursuites ambitieuses, et ces brigues des mondains, qui aspirent avec tant d'ardeur aux honneurs du siècle, ne sont que des intrigues du démon, qui est toujours de la partie (2). Saint Basile dit que le désir de commander est un mal contagieux , dont Lucifer fut frappé le premier, mal caduc qui le fit tomber dans les enfers, et que celui qui est atteint de ce vice, est malade de la maladie du diable (3). Le Père Eusèbe Nieremberg (4) raconte , dans ses enseignements spirituels , qu'une âme fort élevée de Tordre de Saint-François , demandant un jour à Dieu s'il était de sa gloire, et du bien d'un certain religieux, qu'il entrât dans les charges, reçut cette réponse qui lui fut donnée inlé-

(1) Quee noluit, rejecit, quee rejecit damnavit, quee damnavit, in pompam diaboli reputavit. Non enim damnàsset, nisi non sua : alterius autem esse non poterant, nisi diaboli, quse Dei non sunt. Tertull. L de idololat. c. 18.

(2) Omnis honor secuti , diaboli negotium est. S, Hilar. can. 3. in Mattk.

(3) Qui in hujus potestate vitii est , is eodem plané cum diabolo malo IaboraU S. BasiU in Const. Monast. Hde c* 10, 25.

(4) Joan* Euseb. Nieremb» l. 3. doct. Ascet, doct. 2. r. 2a.

rieurement : Ne demandez point de charges pour mes amis; demandez plutôt que je les décharge, et que je leur fasse miséricorde. Il y en a peu qui soient mis dans les charges de ma main, il y en a peu qui s'y sauvent, et plusieurs de ceux qui en ont eu, n'en ont pas été plus saints. Le démon, jaloux du bien que mes amis possèdent lorsqu'ils sont hors des charges, brigue souvent pour eux, et se sert de moyens qui paraissent fort saints, pour les pousser aux dignités et aux emplois honorables; ce qui est sujet à de grandes tromperies. Car ils disent que je les y ai engagés, ce qui n'est pas; au contraire, j'en relire plutôt mes élus que je ne les y porte, à cause du grand danger qu'ils y courent. Laissez-vous conduire par ma providence , je vous donnerai ce qui vous sera plus utile. Car je suis le maître des cœurs, et sans que vous en preniez aucun soin, je saurai bien vous mettre dans le lieu qui vous est plus convenable. Plus vous vous oublierez vous-même, plus j'aurai de soin de vous. Rendez grâces à mon Fils de ce que je vous humilie. Qui veut vous donner le plus, ne vous refusera pas le moins, s'il est expédient pour vous. Car souvent il ne l'est pas, et il vaudrait beaucoup mieux pour plusieurs de ri'èlre point dans les charges; car c'est un grand embarras et un grand soin. C'est bien assez d'avoir ses passions à combattre et tout l'enfer à surmonter, sans s'attirer plus d'affaires. Je n'en donne qu'une à mes amis, qui doit les occuper toute leur vie, à savoir, d'imiter mon Fils dans sa vie et dans sa mort. Pour moi j'aurai soin de tout le reste.

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