‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 112 sur 201 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Jésus-Christ a fui les honneurs, pour nous apprendre combien ils sont danger e;-. t.

En effet , c'est la troisième raison pour laquelle Jésus- Christ a fui les couronnes et les grandeurs du siècle , pour nous apprendre combien l'ambition est fatale aux hommes, et combien il est dangereux d'être élevé aux grandes charges. Pourquoi est-ce , dit saint Bernard , que Jésus-Christ a gardé un si long silence ? Pourquoi s'est-il caché, lorsqu'on voulait le faire roi? craignaitil la vaine gloire? Quel sujet avait-il de la craindre, lui qui est la gloire du Père ? Il la craignait véritablement, mais non pas à son égard ; il la craignait pour nous, parce qu'il savait qu'elle nous était dangereuse (2). Il avait égard à nous, il voulait nous instruire

(1) Regnum meum non est de hoc mundo.

(2) Christus tùm tanto tempore silebat, cùm seipsum abscoùdebat. Numquid inanem gloriam metuebat ? quid timereî ab inani gloriâ, qui est gloria Patris? Utiquè timebat, sed non sibi nobis timebat ab iltâ quibus noverat esse timendum, nobis cavebat, nos instruebat. S. Bern. serm. 2. de Epiphan. eux non cinit Nazianz, in Apolog, Iiis verbis : Non est perfectum Christi membrum, qui laeto alacrique vultu se Christi Ecclesiœ caputeonstituipatitur. Estquippèhicmeatus omnium maximus hoc periculum omnium extremum.

par son exemple. Rupert dit qu'il n'y avait que le Verbe incarné qui pût porter sans danger de vanité et d'orgueil l'empire de l'univers ; que le premier homme et le premier ange étaient tombés sous ce fardeau, parce que la créature ne peut le soutenir toute seule (1). Si donc le Verbe incarné a fui le commandement, quoiqu'il pût le porter sans péril, que devons-nous faire, mous autres , à qui il est si dangereux (2) ? Je dis dangereux pour les soins , l'embarras et la dissipation d'esprit qu'apportent les charges. La prélature, dit saint Laurent-Justinien , n'est point un honneur, c'est un fardeau ; ce n'est point un asile , c'est un écueil ; ce n'est point un lieu de repos , mais de soins épineux et d'inquiétudes d'esprit (3;. Dangereux pour les occasions fréquentes de pécher et de commettre de grandes fautes, d'envies, de jalousies, de soupçons , d'injustice , de présomption, d'oubli de Dieu , au lieu que l'humilité est le chemin le plus sûr pour parvenir au ciel (4). Dangereux pour le compte qu'il en faut rendre à l'heure de la mort, qui a donné tant de frayeur à plusieurs princes dans ce dernier moment , qu'ils regrettaient d'avoir jamais porté le sceptre. Dangereux pour la pente furieuse qui nous y porte. Car si la possession est toujours pleine de périls, ces périls ne sont pas toujours inévitables , et si c'est Dieu qui vous y met, il ne vous manquera pas au besoin; mais le

(1) Magna utriusque celsitudo, illius principatu angelico, istius in propagando génère humano. Neuter pondus tanti honoris humiliter ferre potuit,utpotè creatura. Rupertus, l. 2. de vict. verbl Dei, c. 12.

(2) Noverat Deusnonposse principatum creaturarum sustineri, nisi Verbo incarnato. Idem, l. 2. de vict. Ferb. Dei, c. 13.

(3; Non enim calhedrse pastoralis officium est honoris, sed onefis; non securitatis, sed periculi; oon quietis, sed laboris. S. Laurent. Justin, et Reg. Prœl. c. 12.

(4) In hâc peregrinatione via tutissima , per quam ad supernam patriam pergitui*, est humilitas, cognitio sut atque contemptus. S. Laur. Just, de instit. Regim. Prœlat. c. 1.

292 l'homme d'ormson.

désir déréglé , mais l'attache est toujours funeste , c'est une maladie populaire que peu de personnes évitent, dit saint Bernard. Qu'il y en a petr à qui l'envie de commander ne commande pas(l) ! C'est une maladie très-cruelle qui cause la mort à l'âme , étant impossible de chercher tout ensemble l'honneur de Dieu et le sien propre : de là vient que les saints ont fui les dignités et les charges avec autant de soin que les mondains les poursuivent.

t\\ Quàm pauci evadunt quibusdominaûdi libido non dominelur. S* Bem. serm. 4. de Ascens.

PDUR LE LUMDI DE LA 0NZ1ÈMB SEMAINE D APRES LA PENTECÔTE.

Le Fils de Dieu nous a appris par son exemple à fuir let

louangei.

Page 1