I. CONSIDÉRATION
L'ambition aspire aux charges et aux dignités : la vanité est amoureuse des louanges , des applaudissements et de l'estime des hommes. Jésus-Christ a fui Tune et l'autre : la première , parce qu'elle est pleine de bassesse ; la seconde , parce qu'elle est pleine de fausseté et d'erreur. Vous ne trouverez en aucun lieu, dit saint Laurent-Justinien, que Jésus-Christ se soit glorifié lui-même , mais qu'il renvoyait à son Père la gloire de toutes choses , encore que la gloire et l'honneur du Père fût aussi l'honneur du Fils (1). C'était un effet de la fidélité qu'il lui avait vouée dès le premier moment de son incarnation , s'étant obligé à réparer son honneur par ses abaissements et par son humiliation. Il était le miroir de sa substance , et le propre du miroir est de réfléchir la lumière , et de la renvoyer à sa source. 11 était sa gloire subsistante et incréée , il n'avait pas besoin de la gloire du monde. Il était la vérité par essence , et la gloire des hommes n'est que vanité : c'est pourquoi il dit dans l'Évangile :
(1) Nusquàm reperies Dominum Jesum glorificâsse seipsum , ced semper gloriam referre Patri ; quamvis Patris honor et gloria sit etiaro Filii. S, Laur. Justin. I. de instit, etreg. Principc. 12.
294 l'homme d'ormson.
Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien (1). Je ne cherche point ma gloire J'en laisse le soin à celui qui est mon Père et votre juge. Vos calomnies et vos louanges me sont indifférentes. Si je mets ma , gloire dans l'estime des hommes , ma gloire n'est rien ; car l'estime des hommes n'est qu'une pure vanité; et je suis la vérité môme. C'est cette vérité qui doit nous servir de bouclier pour opposer au désir déréglé que nous avons tous naturellement d'être loués , et d'attirer à nous l'estime et l'approbation des créatures. Saint Bernard dit que la vanité est une flèche qui vole en plein jour , selon le Prophète-Roi , et qui blesse la plus grande partie des hommes. La plaie en est dangereuse; quand on en est blessé, il est malaisé de guérir. Il nous faut chercher un bouclier pour nous couvrir; nous n'en trouverons point de plus fort que l'humilité de Jésus-Christ. Servez-vous de son exemple, armez- vous de sa parole, prenez la vérité pour votre bouclier , afin de repousser la vanité ; dites avec lui : Si je cherche ma gloire, ma gloire n'est rien (1). Cette grande maxime vous mettra à couvert de toutes les flèches du jour , j'entends ce faux jour de la gloire , dont l'éclat a coutume d'éblouir les yeux des superbes. Sa vérité vous environnera d'un bouclier ; vous n'aurez à redouter ni les frayeurs de la nuit, ni les flèches qui volent pendant le jour (2). L'exemple de Jésus-Christ , joint à sa doctrine, nous découvrira la vanité des louanges humaines comprise dans ces paroles :Ma gloire n'est rien; ma gloire n'est qu'une pure illusion , ce n'est rien , c'est moins que rien : ce n'est que vanité , ou plutôt, un amas de plusieurs vanités , qu'il nous faut soigneusement considérer.
(1) Si ego glorifico meipsum, gloria mea nihil est. Ioan. 8.
(2) Scuto circumdabit te veritas ejus : non timebis à timoré nocturno. * sagiltâ volante in die. PsaU 90,