FOUR LE MERCREDI DE LA ONZFÈME SEMAINE D'APRÈS LA PENTECÔTE
Que le Fils ae Dieu nous a appris par son exemple à rendre du respect à chacun selon son mérite.
E. CONSIDÉRATION
Ce n'est pas assez d'être arrivés à ce point de ne mépriser personne, il faut encore monter un degré plus haut, et rendre à chacun le respect qu'il mérite, nous persuadant qu'il n'y a point d'homme , pour petit qu'il soit, que nous ne devions traiter avec honneur. Cet esprit d'honneur et de respect , qui nous porte à vivre civilement avec tout le monde, et à témoigner, par notre manière de converser , l'estime et l'amour que nous avons pour tous, est assurément l'esprit de Jésus , qui paraît singulièrement en sa personne , et qui passe par communication à tousses disciples, qui participent plus noblement à la grâce du christianisme.
Je suis, dit-il lui-même, comme la vigne qui est en fleur, je répands partout une douce odeur d'humilité : le commerce que j'ai avec les hommes est accompagné de respect, comme d'un parfum agréable qui embaume tous les cœurs (1) ; je les regarde comme les héritiers présomptifs de ma couronne , qui doivent un jour régner avec moi; je les considère comme le prix de mon sang, que je n'aurais pas versé avec tant de profusion, si je ne les avais en grande estime. Je îc.«
(!) Ego quasi vitis fructiiieavi suavitatem o<loris, cl flores mei frivv'us honoris et honeslatis. Eccli. 24. 23.
lectures spmrruEixES. 3Î5
traite comme mes amis, comme mes frères, comme moi-même, parce qu'il n'y en a pas un qui ne fasse partie de mon corps , et qui n'ait une étroite liaison avec moi. Voilà l'esprit avec lequel le Fils de Dieu a converse toute sa vie parmi les hommes , et la conduite qu'il tient encore, en conversant intérieurement et invisiblement avec nous : Il nous gouverne avec un grand respect (t), et, quand nous parlons de lui, nous devons, avec saint Bernard, nous représenter un homme d'une admirable douceur , humble de cœur, débonnaire, chaste, sobre, miséricordieux, rempli de toute sainteté , de civilité et d'honneur (2). Aussi veut-il que tous ceux qui font profession de le suivre , l'imitent dans la pratique de cette vertu, s'ils désirent vivre selon son esprit. C'est ce que l'Église nous insinue, en parlant de la conduite des saints, et des voies par lesquelles l'esprit de Dieu les achemine à la perfection. Le Seigneur, dit-elle , a conduit le juste par des sentiers fort droits :il lui a découvert le royaume de Dieu, et lui a appris !a science des saints, c'est-à-dire la manière de bien vivre, et de converser avec Dieu et avec les hommes, le rendant civil et honnête, et lui inspirant ce respect mutuel que les serviteurs de Dieu se doivent les uns aux autres (3), Ce qui a fait dire à saint Grégoire de Nazianze , dans l'épître qu'il écrit à Dioclès, que « là où est l'esprit de Jésus, là régnent aussi l'honnêteté, la bienséance et le respect (4). »
■K\) Tu, Domine virtutis , curn magna reverentià disponis nos. SapA'2. 18.
(2) Cum nomino Jesum , hominem mini propono mitem et humilem corde, benignum , sobrium , castum, misericordem, omni denique sanctitate et honestate conspicuum. S. Bern. 15. in Cant.
(3) Justum deduxit Dominus per vias rcctas, et os tendit illi regnum Dei, et dédit illi scientiam sancto-um, et honeslum fecit illum.
(4) S. Gregor* Nazianz. eptst. 193.