‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 126 sur 201 · CONSIDERATION · texte numérisé non relu

CONSIDERATION

Secondement, l'esprit de Jésus est un esprit d'amour et de charité. Comme il a singulièrement aimé tous les hommes, il veut aussi que nous les aimions, et que nous entretenions l'union et la concorde qu'il a établie entre nous. Or le respect mutuel en est le nœud , qui lie doucement les cœurs, et conserve l'amitié et la paix, si nécessaires dans les communautés. Honorez, dit saint Pierre, tout le monde jusqu'aux plus petits, et chérissez ce doux nom de frères qui vous y oblige (1). Et saint Paul : Si vous voulez conserver entre vous la charité fraternelle, prévenez vous les uns les autres par des témoignages réciproques d'honneur (2). Ces déférences, rendues avec sincérité , fomentent l'amour mutuel, comme l'Huile sert d'aliment au feu de la lampe, et nourrit la flamme qui la consume : sans cela, dit la Glose sur ces paroles , il n'y a point de charité fraternelle (3). Ce n'est pas qu'un parfait disciple de Jésus-Christ doive rechercher l'honneur ; tant s'enfaut,il s'en estime indigne : mais son humilité, qui en réprime le désir, fait deux choses : la première, qu'il le mérite davantage-, la seconde, qu'il s'en tient plus obligé, quand on le lui rend , parce qu'il le regarde comme un effet plutôt de bienveillance que de justice. Car tout homme prend naturellement plaisir de se voir honoré, à raison d'un sentiment secret de son excellence , qui le rend fort sensible au mépris , et délicat au point d'honneur : d'où vient qu'il aime celui qui le traite avec respect , et

Honor verô qui exhibetur imagini, illi cujus est imago potiùs exhibelur. Umbertus^c. 36. in c. 4. Reg. B. Aug.

(1) Omnes taonorale, fralernitatem diligite. I. Petr. 2. 17.— Rom. 12. 10.

(2) Charitate fraternitatis invicem diligentes, honore invicem prœvenientes.

(3) Non est fraternus amor, nisi mutur» se praeveniant obsequiis.

se sent obligé de lui rendre la pareille. Aimez , dit saint Chrysostome , et vous serez aimé ; louez les autres , et vous serez l>*ué ; cédez-leur volontiers, et ils vous rendront toute sorte de déférence (1). C'est pourquoi saint Ambroise conclut , avec raison , que c'est un puissant moyen pour augmenter et fortifier la charité dans les compagnies bien régiées , si tous se préviennent en honneur, selon la doctrine de l'Apôtre, et si, chacun s'estimanl moins que les autres , les inférieurs se plaisent à obéir, et les supérieurs ne s'enflent point Pour commander (2).

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