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III. CONSIDÉRATION

Le second motif qui nous porte à aimer le mépris, est tiré du désir de la perfection. Aimez le mépris, si vous voulez être riche en vertus sans danger de perdre vos richesses (1). Les vrais serviteurs de Dieu désirent ardemment trois choses: de s'avancer continuellement dans la vertu, de conserver le mérite de leurs bonnes œuvres, et d'en faciliter la pratique, à quoi l'amour du mépris leur donne de grands avantages. S:iint François deBorgia (2), étant encore duc de Gandie, reçut ce salutaire avis d'un saint personnage, que, s'il désirait faire un grand progrès dans la vertu, il ne laissât passer aucun jour, sans méditer sur quelque point qui regardât sa propre confusion et le mépris de lui-même. Ce qu'il exécuta fidèlement depuis, donnant tous les jours les deux premières heures de son oraison à ce saint exercice, se servant de tout ce qu'il lisait ou entendait, pour se confondre de plus en plus, et opérer dans le mépris de soi-même, et par cette pratique il arriva à une très-éminente sainteté. En effet, c'est le sentiment commun des Pères, qu'autant qu'un homme s'abaisse par humilité, autant il s'élève à la vraie sainteté. Plus l'orgueilleux veut monter, plus

(1) Desidera contemni , tttsecurè virtulibus cxomeris.

(2) l, i. ntœ D. /•'/-. Borg. c. 1.

il descend; et plus i'humble se ravale par un mépris de soi-même, plus il s'avance dans la perfection. L'arbre de vie est bien haut, comme disait un ancien solitaire , mais l'humilité religieuse monte jusqu'à la cime (1). Le bienheureux Père Jean de la Croix (2) assure qu'un acte d'humilité vaut mieux que toutes les visions, extases et dons extraordinaires de la plus sublime contemplation; que sera-ce donc de l'amour du mépris, qui est le plus excellent de tous les actes que l'humilité peut produire? certes, il faut confesser qu'il n'y a point de moyen plus propre, non-seulement pour acquérir les vertus, mais encore pour les entretenir, et pour mettre à couvert le mérite de nos bonnes œuvres. Dieu commanda à Moïse de couvrir le tabernacle de trois voiles, pour le conserver contre la pluie et les injures de l'air: le premier, en forme de ciliée ; le second, de peaux d'agneaux teintes en rouge ; le troisième, de peaux de couleur céleste; pour nous apprendre qu'il y a trois choses nécessaires à qui veut conserver les grâces de Dieu: la mortification du corps, la mortification de l'esprit, et l'amour du mépris, qui est une vertu céleste et divine qui couvre toutes les vertus, et les met en assurance. Ajoutez à cela qu'elle en facilite la pratique et enlève toutes les difficultés, qui naissent pour la plupart de l'attache que nous avons aux créatures, des respects humains, et de l'amour de nous-mêmes, c'est-à-dire de notre propre jugement et de notre volonté : d'où vient que Dieu nous prive de ses consolations, ou que nous en faisons mauvais usage , quand il nous les donne. Or celui qui aime le mépris est au-dessus de toutes les craintes et de tous les respects humains, par une sainte liberté qui le rend indépendant des créatures, et le fait agir avec une

(1) Arborvitae est in excelsum, et ascendit ad eum humilités moïiachi. Abbas Hyperichius, l. S.Fltœ PP.

(2) Le P. Jean de la Croix^ dans la montée du Mont-CarmeU

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grande douceur et générosité d'esprit , causée par l'abondance des lumières et suavités que le Saint-Esprit lui communique; ce qui a fait dire à saint Léon (1) qu'il n1y a rien qui soit difficile aux humbles , ni fâcheux aux débonnaires. Et saint Augustin , suivant ia même pensée : « Si vous imitez l'humilité de Jésus-Christ, vous ne » sentirez aucune difficulté. Car il a dit : Venez à moi, » vous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous » soulagerai. Apprenez de moi que je suis doux et hum- » ble de cœur, et vous trouverez la paix de vos âmes. *

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