V. CONSIDÉRATION
Le quatrième motif est pris de la béatitude, qui est promise à ceux qui souffrent ici-bas le mépris des hommes, pour le service de Dieu. Désirez d'être méprisé, afin qu'en récompense du mépris que vous aurez porté durant cette vie, vous soyez couronné d'une gloire éternelle (1). Saint Grégoire dit excellemment que celui qui cherche la faveur des hommes pour les vertus qu'il pratique , vend à fort vil prix une chose très précieuse (2). Le vrai prix de nos bonnes œuvres, c'est la faveur de Dieu, qui se donne lui-même à nous pour récompense ; mais il ne se donne point à ceux qui cherchent avec passion l'estime des hommes: car il méprise ce que le monde estime , et il estime ce que le monde méprise. L'humble est en mépris dans le monde, mais au jour du jugement il aura l'approbation de Dieu. C'est pourquoi les saints se réjouissent du mépris des hommes, et s'affligent de leur faveur, parce qu'ils craignent d'être réprouvés de Dieu, dont le mépris est le seul mal que nous devons appréhender (3). Seigneur, délivrez-moi de l'opprobre et du mépris, parce que j'ai gardé votre loi (4). Je ne parle pas de l'opprobre des hommes: c'est ma gloire d'être méprisé pour l'amour d«î vous; mais ce que je crains, c'est d'être l'objet de voire malédiction, qui rend tous les pécheurs infâmes pour l'éternité. Au reste, la raison pour laquelle Dieu
1) Desidera contemni, ut tuo contemptu, quem in hâc vitâ sitslinuisti, aeternâ gloriâ coroneris.
2) Qui pro virtute quam agit humanos favores desiderat , rem magni meriti vili pretio venalem portât. S. Greg. 18. Mor. c. 28.
(3) Quod enim in hoc mundocontemptui, hoc pretiosum est apnd Deum. Denique humilitas in hoc muntfo contemnitur,sed Dei judicio approhatur. Audi quem pro nihilo non habetDeus? S. Ambros. in Ps. 118. serm. 3. v. 6. VideibiS. Aug. conc. 9.
(4) Au fer à me opprobrium et contemptum, quia testimonia tua exyuisivi. Psal. IIS.
332 l'homme d'ormson.
fait tant d'état de ceux qui aiment le mépris, c*est l'honneur qu'ils lui rendent, n'y ayant rien de plus glorieux à Dieu que de voir une créature qui s'anéantit en sa présence, pour lui témoigner le c^sir qu'elle a de le servir aux dépens de ce que les hommes ont de cher, qui est l'honneur : considération q«'i doit puissamment nous porter au désir du mépris, puisqu'il est inséparable de la gloire de Dieu , qui est la chose du monde la plus aimable. Mais saint Ignace passe plus avant, et sans faire attention ni au bien qui nous en revient, nia l'honneur de Dieu, qui en dépend,il dit que le seul exemple de Jésus-Christ doit nous suffire pour nous faire embrasser la confusion avec plus de joie, que les plus superbes n'en ont quand on les honore. Saint Dorothée , qui n'a pas oublié ce motif, dit : Souhaitez d'être méprisé, afin de ressemblera votre chef Jésus-Christ, qui a été un objet d'opprobre et d'horreur à ceux de sa nation (1). Celte pensée mérite une plus grande étendue, nous la réservons pour le suivant Entretien.
(1) Desidera coalemni,ut Chrislo capiti, qui tactus est opprobrium vicinis suis et timoc notis suis, similis effleiaris.