‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 133 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Pour donner jour à la pensée de saint Ignace, figurez-vous que Bien met un chrétien au choix de l'honneur ou du mépris, l'assurant qu'il lui sera également agréable dans l'un et l'autre état, et qu'il en sera également glorifié. Que fera le serviteur de Jésus-Christ? je ne demande pas si cette supposition est possible. L'amour fervent, dit ïhéodoret(l), ne regarde pas ce qu'il peut faire, son désir l'emporte au-delà de ?on pouvoir; mais supposé que cela fût possible, et que l'on pût donner autant de gloire à Dieu par le choix de l'honneur que par celui du mépris , je demande ce que ferait un saint plein de la lumière de Dieu et de l'esprit de Jésus-Christ? sans doute il ne délibérerait point, il se tournerait sans hésiter du côté du mépris, charmé de la beauté qu'il y aperçoit et de Péclat qui l'environne: éclat qu'il n'emprunte ni de la béatitude, qui est sa récompense; ni de la gloire de Dieu, qui est sa fin; ni du mérite, qui est son fruit. Le seul

(1) Theodoretus de S.Paulo loquens : Ebrius desiderio quœrit ea qu£û non constant. Orat. de charit.

exemple de Jésus-Christ, qui est la splendeur de la

lumière éternelle, suffît pour le ravir et l'attirer à son

amour.

Car, premièrement, il considère que le monde a mé* prisé îe Fils de Dieu, qui est le bien souverain et infini, et voyant qu'il a été si aveugle et qu'il s'est tellement mépris, que de préférer les ténèbres à la lumière , el déshonorer celui qui est le vrai honneur et l'unique gloire du Père éternel , il ne peut qu'il ne Fait en horreur, et qu'il ne déteste ses louanges et ses caresses, réprouvant ce qu'il approuve, et chérissant ce qu'il méprise. Ainsi il fuit avec grand soin d'être prisé et estimé de celui qui a méprisé son Sauveur, et tient pour une grande faveur, et une marque sensible de l'amour que Jésus-Christ lui porte, d'être traité comme lui. Tel fut le sentiment de saint François Xavier (1) , qui avait coutume de dire que c'était une extrême indignité, qu'un homme chrétien, qui devait porter continuellement dans son cœur le souvenir des opprobres et des mépris de Jésus-Christ, prît plaisir d'être honoré et respecté des hommes.

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