II. CONSIDÉRATION
Secondement, il considère que c'est une grande gloire d'être semblable à son maître, et s'il pouvait se faire sans scandale et sans offense de Dieu , comme dit saint Ignace, il serait ravi de souffrir toutes sortes d'injures, de calomnies et de mépris, et d'être traité de fou sans en donner occasion , parce quïl souhaite de ressembler en quelque façon à notre Seigneur Jésus- Christ, et de marcher sur ses pas. Car c'est là proprement être de la compagnie de Jésus, et porter l'étendard de la croix, qui est !e plus haut point d'honn; ur où les saints puissent aspirer. L'ambition des démons
(1) In ejus Vitâ, l. 2. c 5.
est de vouloir monter, et de se rendre semblables au Très-Haut (1); mais l'ambition des saints est de s'humilier , et de se rendre semblables au plus petit et au plus méprisé des hommes, qui est Jésus-Christ crucifié (2). Eh! Seigneur, le monde vous a condamné comme un criminel , et vous a crucifié entre deux voleurs ; ne permettez pas qu'il me loue et qu'il m'honore, car il est honteux que le serviteur soit mieux traité que son seigneur, et le disciple, que son maître. Si donc on vous a méprisé , accordez-moi cette grâce, que je îe sois aussi, afin que je porte vos livrées , et que je sois reconnu pour disciple du plus humble de tous les hommes. C'était le sentiment de Moïse, qui foula, dans cette vue, la couronne et le sceptre d'un grand royaume préférant l'opprobre de Jésus-Christ persécuté et mé prisé, à toutes les richesses de i'Égypte et à tous k trésors de Pharaon (3).