‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 14 sur 201 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Secondement, s'il a droit de se faire suivie partout et de nous obliger à l'imiter, il en a aussi le mérite. Car il possède toutes les vertus royales avec une éminence suprême; elles actions héroïques qu'il a faites durant sa vie, sont si éclatantes, qu'il faudrait être insensible, pour n'en être pas épris, Les colombes qui sont parfumées , dit saint Basile (4) , en attirent d'autres ; et la panthère a l'haleine si douce, que les autres animaux la suivent à l'odeur qu'elle répand fort loin autour de soi. Or, il n'y a point d'odeur plus douce

(1) Eamus et moriamur cum eo. Joan. 11. 16.

(2) Vivil Dominas, et vivil dominus meus rex , quoniam in qnocamque loco fueris , domine mi rex, sive in morte , sive in v'tA, i!)i erit servus tuuS. 2. Reg. 15.

f3) Sequar te quoeumque ierjs Matth. 8. 19. (4) S. Basil, ad JuliUam.

ni plus charmante que celle de la vertu , qui t'attire l'amour et l'admiration, non-seulement des amis , mais encore des ennemis. Constantin s'estimait heureux de recevoir des lettres de saint Antoine, et d'avoir part à ses prières.Qui lui donnait ce respect et cette vénération pour un homme mort au monde, et conGné dans un désert où il vivait dans un dénûment de toutes choses? sa sainteté, dont l'odeur s'était répandue par toute la terre. L'empereur Maxime tenait à honneur de boire à la coupe que saint Martin avait touchée et consacrée de ses lèvres; et l'impératrice, sa femme, s'estimait heureuse de lui laver les pieds et de le servir à sa table. Qu'est-ce qu'ils respectaient en sa personne, sinon la sainteté de sa vie également illustre par ses vertus et par ses miracles ? C'est par la même raison que les papes, les cardinaux, invitaient à leur table saint François, saint Dominique, et s'en tenaient bien honorés,, parce que leur rare vertu, dont ils étaient témoins oculaires., faisait qu'ils les regardaient comme des anges venus du ciel. Et de vrai, les saints qui vivent sur la terre, sont des images vivantes de la Divinité , qui méritent la vénération de tout le monde. Les païens mêmes voyant la sainteté et le pouvoir merveilleux de saint Paul et de saint Barnabe , en furent si ravis qu'ils les prirent pour des dieux, et se mirent en devoir de leur offrir des sacrifices (1). Lorsque Gabélus, qui demeurait parmi les Mèdes, aperçut le jeune Tobie , i! se jeta à son cou , et l'arrosa de ses larmes, se souvenant de la vertu de son père, dont la seule pensée lui attendrissait le cœur, comme il le témoigna par ces paroles : Le Dieu d'Israël vous bénisse, mon cher enfant, car vous êtes fils d'un bon père, d'un homme juste et craignant Dieu, et d'un fort grand aumônier (2). Que si la vertu a tant de charmes jusque dans les

(1) Dii similes facti hominibus descenderunt ad nos. Àct. 14.

(2) Benedicat te Deus Israël, quia filius es oplimi viri, et justi, et timentis beuni, et eleemosynas facienlis. Job. 9. 9.

30 L'HOMME D'ORA-ISON.

hommes de la plus basse condition, qu'elle relève audessus de toutes les grandeurs de la terre, que doitelle faire , quand elle paraît dans la personne adorable de Jésus-Christ? Quelle impression doit-elle faire sur ?i)s esprits ? N'est-ce pas lui qui est la source de toutes es grâces du ciel ? n'est-ce pas sur lui que repose la fbur de la sainteté incréée (1) ? n'est-ce pas par l'excès de cette arJente charité qui le fit descendre du ciel, qu'il attira les mages elles pasîejujrsP n'est-ce pas par sa douceur el par sa condescendance qu'il gagna la Samaritaine? n'es'-ce pas par sa libéralité qu'il ravit le peuple qu'il avait repu dans le désert, jusque là qu'ils le voulurent choisir pour leur roi? n'est-ce pas par son affabilité qu'il gagna le cœur de Zachée et de plusieurs autres publicains, qui étaient charmés de ses discours et de sa clé* b mnaireté? n'est-ce pas par sa sagesse et par son éloquence toute divine, qu'il lia les mains aux soldais qui étaient venus pour le prendre, et qu'il tira cette confession de la propre bouche de ses ennemis : Jamais homme n'a parlêainsi (2) ? n'est-ce pas'par son invincible patience qu'il convertit le bon larron, et que d'un criminel il en fit un illustre témoin ce son innocence ? enfin, n'est-ce pas à l'oieur de cette sainte vie et de sa mort, qu'il a attiré toutes les nations de la terre, accomplissant ces divines paroles: Lorsque je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi (3)? Et si cela est véritable, à quoi tient-il que sa promesse n'ait son effet à notre égard ? n'a-t-ii pas assez de pouvoir sur nous? n'a-t-îl pas assez de mérites ? Certes, si nous refusons de le suivre nonobstant toutes ces raisons , qui sont si considérables, sa bonté nous laisse sans excuse , vu que ce qu'il demande de nous , n'est que la moindre partie de ce qu'il a fait sour notre amour-

(1; Super ipsum aulemefflorebit sanclificatio mea. Psal. 131.

(2) Nunquàm sic homo loculus est. Joan. 8. 46.

(3) Cùmexallatus fuero à terra, omnia traham ad me ipsum. Luc 12, 32.

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