III. CONSIDERATION
En troisième lieu, si nous considérons sa personne, c'est la débonnairelé même. Elle est royale, elle est
(1) S, Bern. serm.1. de Adoent.
(2) Misericoi'diam sine judicio.
(3) Factus homo non mutavit, sed mullipltcavit misericordiam.
(4) Carnalia in te Christus ubera suxit, ut per te nobis spiritualia fluerent; et cùm misericordia Dei sit al) œterno , amplior cœpit esse ex tempore ; et cùm ex te cœpit inilium, ejus quoque largitas per te cœpit augmentum. In le ergô concrevit lac divin» misericordiae, et ex te nobis ptofluxit. Ipsa priùs repleta es,elex te nobis descendit hsec abundanlia. Rich. à S. Vict. pap.l.in can. c. 23.
sacrée , elle est divine. Ces trois caractères impriment sur son cœur une douceur admirable. Son onction n'est pas comme celle des monarques, qui est plutôt une marque de la clémence qu'ils doivent exercer envers leurs sujets, qu'un principe qui la leur donne : il est oint de la divinité même, et son humanité, qui d'ailleurs est toute formée à la douceur, étant unie à la personne du Verbe, qui est la sagesse incrèée, en reçoit une impression de bonté incompréhensible. La principale fin de la sagesse est de rendre l'esprit calme et tranquille, dit saint Ambroise (1). Quelle est donc la douceur et la tranquillité de l'esprit de Jésus, qui est la sagesse même ? saint Chrysoslome dit qu'être débonnaire, c'est être homme parfait, ou plutôt c'est être Dieu (2). Mais être Dieu et homme tout ensemble, je dis que c'est être doux par excellence, parce que c'est réunir toute la douceur créée et incréée dans une même personne. Voilà la gloire de Jésus-Christ qui lui appartient uniquement. Ilestdébonnaire , parce qu'il est homme; plus débonnaire , parce qu'il est Dieu ; trèsdébonnaire , parce qu'il est Dieu et homme tout ensemble. Mais , ce qui met le comble à la gloire de sa clémence, c'est qu'étant Dieu par nécessité, et s'étant fait homme par miséricorde , il a failles hommes dieux , afin de multiplier les effets de sa bonté (3). D'où je conclus ique celui qui aspire à la participation delà nature divine , doit sur toutes choses s'étudier à la douceur ; c'est le moyen de devenir sans beaucoup de peine semblable à Dieu. Les uns se déifient par la libéralité, dit saint Grégoire de Nazianze, mais il leur
(1) Summu» sapientiœ finis est, ut simus mente tranquille. S. Ambr. in Ps. 118. serm. 21. 165.
(2) Magnum quiddam et praeclarum homo misericors : hoc est homincm esse, velpotiùs hoc est Deum esse. S. Chrysost. homil. 4. in ep. ad Philip p.
"(3) Cur, cùm solus Deus esset, tôt deos fecit? nonne propter benignitateoa et humanilatem ?
S56 l'homme d'oraison.
en coûte beaucoup de bien; les autres, par la mortification, mais il faut rendre de grands combats, et entreprendre de grands travaux; les autres, par la conformité aux volontés de Dieu, mais il faut sacrifier ce qu'ils ont de plus cher, jusqu'à leurs enfants , jusqu'à leur propre vie : voulez-vous un moyen plus doux et plus facile? soyez doux et débonnaire. Dieu s'est fait homme, par un trait merveilleux de sa douceur; vous vous transformerez en Dieu, en imitant la douceur de son esprit (1).
(1) Licet tihi nullo labore divinitatem asseqai. Alii opes suas eflïindunt, alii exhaustam carnem spiritui mancipant, alii cha-
rissima pignora Deo consecrant Horum à te nihil poslulamu»,
sed cîemenliam (anliim in nos. S. Gregar, JVaz. orat. in cive* Umore perculsos»