III. CONSIOÉRAm
Reprenons ce beau modèle que notre Seigneur nous a tracé durant le cours de sa passion. Que d'épines, que d'aiguillons, que de pointes mortelles ne rencontre-t-il pas dans la persécution de ses ennemis ? Cependant cet Agneau ne perd rien de sa douceur . 11 triomphe de la malice et de la fureur des Juifs , comme l'arche des eaux du déluge, non en résistant, mais en cédant à la force, et sabandonnant aux flots qui l'agitent, et la poussent où bon leur semble. La douceur est attaquée, dit saint Bernard, par trois sortes de batteries: par des paroles outrageuses,par ia perle des biens, et par la violence qu'on fait au corps. A ces trois chefs se réduisent toutes îes preuves de la patience et toutes les pratiques de la mansuétude (1). On peut dire qu'une vertu est consommée quand elle est à répreuve de ces trois machines, et que rien de tout cela ne la peut ébranler. Or la douceur de Jésus-Christ est miraculeuse en toutes ces circonstances. Il a voulu passer par toutes ces épreuves pour nous consoler et pour nous instruire. Il a été noirci de toutes sories de calomnies, dépouillé de toutes choses, outragé cruellement en son propre corps, tout couvert de sang et de plaies.sans jamais avoir témoigné aucun sentiment
(4) Triplici velutariete mansiietudo pulsatur, verborum injurHs,damnis rerum et corporislaesioae. In his tribus omnis exhibitio patientise, omnis exercitatio mansuetudinis: probata est iHa vertus, quam nihil horum videtur concutere potuisse. S. Bem . Serm. 2. in convers. S. Panli.
384 L'HOMME D'ORAÎSOIf.
d'amertume. On entreprend sur la liberté dans le jardin des Olives. 11 se contente de renverser ses ennemis, pour leur montrer que ce n'est pas par impuissance qu'il ne se venge pas, mais par douceur. Un soldat insolent lui couvre la joue , et lui fait sortir le sang par la bouche et par le nez, de la violence du coup. Il ne s'altère point , il lui dit doucement-: Si j'ai mal parlé , montrez-moi en quoi. Si je n'ai point failli , pourquoi me frappez-vous contre la raison? On lui crache au visage, on lui arrache la barbe, on lui bande les yeux. Il ne perdrien pour cela de la sérénité de son esprit, non plus que le ciel, quand il est couvert de nuages. Regardez, mes frères, le visage de ce roi très-débonnaire : tout défiguré qu'il est, il porte encore des rayons de clémence capables de donner ïa vie aux morts. A peine a-t-il envisagé son disciple qui le renie , qu'en même temps il commence à respirer par l'espérance du pardon (1). Pierre est tellement attendri du seul regard de ce très-doux visage, qu'ii fond en larmes d'amour , comme une nuée frappée des rayons du soleil couchant se résout en pluie , et se pare des couleurs de Parc-en-ciel. On l'accuse devant Pilate, on suborne des témoins pour déposer contre lui, i! ne dit rien pour sa défense ; mais Jésus gardait le silence (2). Il pouvait les convaincre de faux , il ne se Justifie point: il pouvait les anéantir, il ne se venge point : il pouvait faire des miracles devant Hérode , il dissimule son pouvoir, pour donner plus d'étendue à sa pénitence. On le déchire à la colonne , il ne s'en ressent point; on le traîne par les rues, il cède doucement à la fureur , comme un agneau qui te laisse con-
(1) Intendile, fralres,in vultum serenissimi Régis. In hilaritale tultùs régis vila. Respexit Pelrum , et inox compunctus respiravit ad veniam. Mox enim ut Dominus respexit Petrum, de clementiâ piissimi vullûs suscipit imbrem serotinum, lacrymas post peccatum. Guerricus Abbas, sernu 3. in dont, Palm»
(2) Jésus autem tacebat.
autre à la mort sans s'en plaindre{\). Silence miraculeux, douceur infirment aimable, qui nous apprend qu'un hommy dâhounnîre n'est pas insensible aux injures qu'on lui fait , ni à la pointe des épines qui îe piquent ; mais il les sait souffrir avec égalité d'esprit : il est maître de sa langue aussi bien que de son cœur; s'il reçoit les injures et les accusations comme des fleurs de la passion de Jésus-Christ, il les ramasse comme des fruits de sa croix, il les recueille comme la rosée du ciel, les cache dans son cœur comme des perles qui doivent orner la couronne qu'il portera dans l'éternité. Est-il attaqué de reproches, il dit avec Davd : Mon Dieu, vous voyez vos chers enfants qui déchargent leurs cœurs : peut-être qu'ils disent vrai, et que je suis devant vous tel qu'ils me font, quoique je ne m'en aperçoive pas. J'adore votre providence, et vous remercie du soin que vous avez de me réveiller par ces avis salutaires (2)? Est-il accusé injustement, il dit avec sainte Monique : Si cela n'est pas , je prie Dieu qu'il pardonv? à mes accusateurs ; s'il est vrai, je m'en dois corriger, mais je ne m'en dois pas fâcher, si ce n'est contre moi-même : ce serait folie de casser le miroir qui me montre mes défauts , et de m'en prendre au so'eiî qui dissipe mes ténèbres. Est -il tenté d'impatience parles importunités de ceux qui le traverser»! , i, dit avec Jérémie: Venez, mon cœur, venez, mes sens, v«ae*, ma langue, entrons dans les plaies de Jésus- Christ., et là gardons le silonee comme des assiégés qui écoulent le bruit des ennerofc r»> m roi débonnaire, on vous fait tant ^^ mal, et vous ne dites mot; on vous «■éshonope, on vous flagelle , on vous étend sur la croix, et vous gardez ta silence, ou, si vous ouvrez la bouche, vos paroles sont plus douces que le miel, et ne
(1) Tanquàm agnus coram se tondente obmuttiit.
(2) Posui ori meo custodiam.
(3) Convenite et ingredimini civilatem,et sileamus ibi.
Noukt. Œttv. XIX. 47
respirent qu'amour pour ceux mômes qui vous condamnent à la mort. Mon Père, pardonnez-leur (1).