IV. CONSIDÉRATION
C'est la dernière épine qui achève sa couronne , et le dernier trait de douceur qui nous reste à considérer; mais il est si remarquable qu'il mérite un Entretien tout entier. Contentons-nous de fermer celui-ci par les paroles de saint Bernard : Ouvrez vous-même le livre, divin Agneau, qui êtes la clémence même; donnez vos pieds et vos mains à porter au Juif, afin d'en tirer le trésor du salut, et l'abondante rédemption du monde que vous y avez cachée (2). 0 doux Jésus, je vous conjure, par vos plaies, de me donner un cœur innocent et débonnaire parmi les injures que vous voulez que je souffre, d'adoucir mes passions, et d'éteindre les flammes de la colère qui s'allume dans mon cœur : donnez-moi un esprit si généreux, qu'il s'élève audessus de] tous les mépris ; si humain, qu'il se rende affable à tous, sans offenser personne; si chrétien, qu'il rende Je bien pour le mal , afin qu'ayant porté ici-bas la couronne d'épines, je mérite de porter un jour la couronne de gloire que vous avez promise aux débonnaires*
'() Palcr, dimitte illis.
(2) Aperi lu librum , Agne Oei, vera mansueludo fodienda : expone Judseo manus tuas et pedes tuos, ut qui in eis latet, procédât thésaurus salutis, et copiosa redemotio. 5. Bern* serm. 2. in flat. Domin. ^
LECTURlîS SPIRITUELLES. 387
POUR LE VENDREDI DE LA DOUZIÈME SEMAINE DAt -ftÈS LA PENTECÔTE.
De la douceur que le Fils de Dieu a pratiquée et pratique encore dans sa vie glorieuse et immortelle.
Le Père A.quav;va, dans ses dévotes méditations sur le psaume quarante-quatrième, traitant de la douceur de Jésus-Christ , qui est une des trois vertus royales qui le font régner dans le monde, selon ces paroles du Prophète : Hevêtez-vous de votre éclat et de votre gloire; et; dans votre majesté, marchez à la victoire; montez sur le char de la vérité , de la clémence et de la justice (1), ditquecediyin Sauveur a montré, dans tous les mystères de sa vie, qu'il était véritablement l'agneau de Dieu; mais qu'il ne l'a jamais fait paraître avec plus d'admiration , que sur le trône de sa gloire. De vérité il est agneau, et partout il se montre tel : agneau dans la crèche, où il s'est fait la pâture des hommes, qui étaient devenus semblables aux bêtes: agneau à la mamelle de sa mère, où il prenait avec It lait la douceur et la tendresse d'un enfant; agneau parmi les pièges qu'on lui tendait, sans qu'il conçût aucune amertume; agneau dans la compagnie des publicainset des pécheurs; agneau parmi les opprobres; agneau dans la croix; agneau à l'autel-, où il s'offre en sacrifice non sanglant; mais ce qui est plus merveilleux, agneau au milieu desonfrône, où il règne dans
(1) Specie tuà et pulchritudine tuâ intende prospéré procède, "Vtregna, prop'er veritatem, et mansi'c^dinem, et justitian),*
l'éternité et gouverne ses élus, les conduisant am sources de la vie qui ne flaira jamais (1).