I. CONSIDÉRATION
Jésus-Chrïst est le Père du siècle futur, qui nous a donné la vie de la grâce, et qui nous donnera un jour celle de la gloire. Cette divine naissance vous oblige â l'imiter par des raisons si fortes , que vous ne pouvez vous en dispenser sans dégénérer de votre noblesse , et déchoir du rang que vous possédez entre les enfants de Dieu.
Premièrement , la vie que vous tenez de lui , n'est autre chose qu'une imitation, ou plutôt une continuation de la sienne; l'esprit qui nous fait vivre selon la grâce, c'est l'esprit de Jésus-Christ (1). Nous sommes ses créatures , dit saint Paul , nous avons été créés en Jésus- Christ , et en vertu de sa vie divine , qu'il nous a communiquée, nous avons une douce et pressante obligation de nous porter aux bonnes œuvres semblables à celles qu'il a pratiquées durant sa vie (2). L'esprit de Jésus anime deux corps : le premier est celui qu'il a pris dans le sein de la bienheureuse Vierge, qui est son corps naturel ; le
(1) Spiritus vitae in Chrislo Jesu.
(2) Ipsius enim figmentum sumus, creati in Christo Jesu, in operibus bonis quœ prœparavit Deus ut ambulemus in illis. Eplu s. 2. 10.
second est celui qu'il a formé et vivifié dans la croix, qui est «on corps mystique , le corps de son Église , qu'il a lavée dans son sang pour !a rendre belle par son innocence et par sa blancheur(l). De là vient qu'il a deux vies, l'une dans son corps, l'autre dans son église, et dans tous les fidèles, qui en sont les membres. Il finit au point de sa mort la vie passible qu'il avait dans son propre corps ; mais en même temps il commença la vie qu'il a dans son corps mystique , et ne pouvant plus souffrir ni mériter en sa personne, il voulut continuer ses souffrances et ses mérites dans ses membres , afin de glorifier son Père par les actions saintes d'une vie souffrante jusqu'à la consommation des siècles. De sorte que la vie d'un chrétien n'est, à vrai dire, qu'une expression, une suite, une continuation de la vie de Jésus, qui, n'étant point encore achevée , s'accomplit tous les jours dans les saints, qui suivent son exemple, et n'aura sa consommation parfaite qu'à la fin du monde. C'est pourquoi le même Apôtre , qui nous a enseigné cette sublime vérité, dit qu'il accomplit ce qui manque aux souffrances de Jésus-Christ pour son corps, qui est l'Église , et cet admirable emploi ne convient pas seulement à saint Paul, mais encore à tous les chrétiens qui souffrent dans l'esprit de la grâce , puisqu'ils contribuent tous à la consommation des travaux de Jésus-Christ, selon ce que dit saint Augustin , que les souffrances du chef sont consommées , mais non pas celles des membres (2). Or, ce qu'il dit des souffrances, je le dis aussi de toutes les actions de vertu que les fidèles pratiquent dans ce même esprit. Car il est certain qu'un chrétien, qui est membre de Jésus-Christ et qui vit de son esprit, continue, par ses actions vertueuses, celles que Jésus-Christ
(1) Ut divinam te nativilas luceat , ut ad Patrem Deum deifica disciplina respondeat , ut honore et laude vivendi Deus in ho« mine clarescat. S. Cypr. tract, de zelo.
(2; Incapile dixit : Consummatum est; restant in membris pas. siones* S, Av.g.
a iaïtes durant le temps d© sa vie mortelle. Ainsi lorsqu'il prie, il continue la prière de Jésus ; lorsqu'il travaille, il continue la vie laborieuse de Jésus; lorsqu'il converse avec le prochain en esprit d'amour, il continue la conversation de Jésus avec les hommes. Et c'est en ce sens que saint Paul appelle l'Église : Le complément de Jésus-Christ y son corps , sa plénitude , par laquelle il est tout en toutes choses (1). C'est par cette raison qu'on nous appelle chrétiens, pour nous apprendre qu'il faut remplir la grandeur de ce nom, par la conformité de nos mœurs avec celui qui nous le donne. Le vrai chrétien, dit saint Cyprien, doit être, en vertu de sa profession, une image de Jésus-Christ, comme Jésus-Christ est une image du Père éternel. Il n'est pas digne du nom qu'il porte, s'il n'est un autre Jésus-Christ par ressemblance, une copie de ce grand original, un rejeton de cette racine , un ruisseau de cette source , un rayon de ce soleil, une étincelle de ce grand feu (2). Aussi saint Malachie, évêque d'Hibernie,se voyant pressé par ses amis de quitter une affaire qu'il jugeait importante pour le service de Dieu, à cause du danger qu'il courait d'y perdre la vie, leur repartit avec un esprit vraiment chrétien ,* « Laissez, mes frères, dit saint Ber- » nard, laissez-moi imiter mon maître; c'est en vain que » je suis chrétien, si je ne suis Jésus-Christ (3), »