‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 17 sur 201 · II. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDERATION

Secondement,les aliments qu'il vous donne pour conserver cette vie divine , sont sa chair et son sang, que

(1) Ipsum dédit caput super omnem Ecclesiam, quse est corpus et pleoitudo cjus qui omnia in omnibus adimpletur. Ephes. I. 23.

(2) Chrislianus nemo dicitur rectè , nisi qui Christo moribus, quoad valet, coœquatur. S. Cypr.

(3) Sinitc,fr:tlres,tinite me îmitari magislrum meum : sine causa sum chrislianus, 8i Christum non secjuor. S. Bcm. in vilâ sancti Malac,

vous demandez tous les jours à ce bon père comme le pain de ses enfants (t). Vous en devez donc prendre les qualités, et puisque vous vivez de la chair d'un agneau , qui est sans tache et sans macuîe , il faut que vous en ayez l'innocence , la douceur , la patience , l'humilité , la pureté/ l'amour ; vu principalement que la vertu particulière de cette viande miraculeuse est de nous changer en celui que nous prenons, au lieu que les viandes communes se changent en notre propre substance (2). D'où il suit que ceux qui en font un bon usage, doivent devenir tout spirituels, et, si j'ose le dire, tout divins, parce que c'est le dessein de Jésus-Christ de s'unir si étroitement à eux , qu'ils ne fassent plus avec lui qu'un même corps , et qu'ils n'aient plus qu'un même cœur,une même vie, un même esprit qui les anime, non par changement de substance, mais par celui de vie et de mœurs (3). C'est ce qu'il avait promis par le prophète Tsaïe, disant qu'Userait comme une rosée du ciel , qu'Israël germerait comme le lis, que sa gloire serait comme celle de l'olive , et son odeur, pareille à celle du Liban.La rosée, dit Rupert sur ces paroles, est une figure de la divine Eucharistie ; l'âme chrétienne, qui en est remplie par la sainte communion, reçoit une impression secrète, qui l'élève de la terre, et qui porte toutes ses affections et toutes ses pensées vers le ciel : Je serai comme la rosée, et Vdme qui me reçoit , germera comme le lis (4), qui pousse toujours sa tige en haut, s'oiivrant du côté du ciel , et se fermant du côté de la terre : elle n'aura plus de désirs ni d'inclinations que pour le ciel, toute sa passion sera de se rendre semblable à celui qui est le lis des vallées, plus élevé sur' tous ses

(1) Panis quem ego dabo caro mea est pro mundi vità. Joan. 6. 51.

(•2) Cibus sum grandium. Cresce , et manduca. Non ego mulabor in te , sed tu mutaberis in me.

(3) Non substantiaî commutatione, sed vitae.

(4) Evo quasi ros, et Israël germinabit sicut lilinm. Os?p. 14.

saints , que le lis sur toutes les fleurs. Cela parut admirablement, dit Rupert, au commencement de l'Église , lorsque cette douce rosée, je veux dire le sang de Jésus-Christ, était encore toute fraîche. Ce fut véritablement alors qu'Israël germa comme le lis, parce que les apôtres, qui sont les vrais Israélites, commencèrent à mourir à la chair, et à produire des fruits de Pesprit, imitant, par la nouveauté de leur vie, Jésus- Christ leur maître, le fils de la plus pure beauté (1), et le plus beau de tous les lis.

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