‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 164 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Secondement, il fait paraître admirablement sa dou^ ceur, en ce qu'il cache cette viande céleste sous des espèces d'un aliment naturel , qui ne donne point de dégoût , ni de rebut. Prenez et mangez, dit-il à ses apôtres, ceci est mon corpi.W ne dit pas, comme remarque Théophilacte sur ces paroles : Ceci est la figure de mon coi -ps; mais : Ceci est mon corps. Car,en eflet,encore qu'il

(1) Ut quasi à mamillâ carnis ejus enutriti , et per talem lactationem assueti manducare et bibere verbum Dei,et in nobis ipsis eumeontinere possimus. S. Iren.

(2) Sapientia sursùm panis erat, et versa [est deorsùm in lac: in divtnitate panis, in humanitate lac,et nutritus est parvulus sensu lacté humanitatis, ut crescens et convalescens capere possit cibum divinilatis. Hug. à S. fict. /. 1. Mîtcell. Ut. 25.

'3) Quaenam erit nobis excusatio, cùm talibu» pasti taliapeccemus, cùm lupi fiamus agnum comedentes, cùm tanquàm ove» pasti , more jeonum diripiamus. S. ChrysosU homil. 82. f/t Uatth.

395 l'homme d'orjuson.

nous semble que ce soit du pain , cependant il est transformé par une opération (1). Mais si c'est véritablement son corps, pourquoi ne paraît-il pas ce qu'il est ? parce que nous sommes faibles , et nous avons borreur de manger de la cbair crue , principalement la cbair humaine. C'est pourquoi encore que ce soit véritablement de la cbair, néanmoins elle a l'apparence de pain (2).Viguier (3), dans ses Institutions théologiques, dit que le Fils de Dieu apparut un jour à Hugues de Saint-Victor en forme d'un petit enfant, et qu'après lui avoir donné le loisir de le contempler assez longtemps, enfin il l'invita à le prendre et à le manger. A ces paroles le saint homme s'excusant sur l'horreur naturelle qu'il ressentait : pria notre Seigneur de cacher sa chair sous le voile des espèces, ce qu'il fif : alors Ule prit avec une dévotion extraordinaire. Ce miracle montre clairement la bonté avec laquelle il nous traite tous les jour:»' à la sainte Table , condescendant, comme dit le même Hugues de Saint-Victor, à l'infirmité des hommes, d'une manière si accommodante, qu'en épargnant les sens il fortifie la ùu « 11 épargne » les sens en leur proposant les espèces du pain, qui est » une nourriture ordinaire ; et il fortifie la foi , en lui

fi) Non dicit : Hœc est figura ; sed : Hoc est corpus meum ; ineflTa* bili enim operalione transformatur , si nobis videalui- panis. Theophylact. exposUAn Matth. Vide eumdem enarrat. in Marcum*— Idem habet Cyrillus, épis t. ad Catosyrium Episcopum his verbis : Ne enim horreremus carnem et saoguineni apposita sacris altaribus, condescendens Deus nostris fragililalibus, iofluit oblatis, vim vitae , convertens ea in veritatem propria: tarais, ut corpus, vit» quasi quoddam scmea vivihcalivum inveniatur in nobis.

(2) Quoniam infirmi sumus, et abhorremus crudas carnes 30medcre , maxime hominis carnem : et ideô panis quidem app.rei, led lèvera caro est.

(3) fciia nunc accipe me et manduca me.

(4) Joan. Vignerius, Instit. theol. 16. //'. 3. 6.

lîCTL'RFS SPIRITUELLES* 397

» montrant, parce qu'elle voit, qu'elle est la viande di- » vine qu'elle ne voit pas, m ;s qu'elle croit(l).»

Page 1