III. CONSIDÉRATION
En troisième lieu, il couvre son corps sous les espèces saintes, non-seulement pour nous en ôter l'horreur , mais encore pour nous en ôter la peur , quC est une marque d'une extrême douceur en notre en» droit. Car comme nous n'avons que des yeux et un cœur d'enfants, s'il venait à nous avec la lumière qui rejaillit de son corps glorieux , nos yeux éblouis de la clarté de ce soleil, ne le pourraient voir, ou, si nous le pouvions voir , nous n'en oserions approcher. C'est pourquoi il cache ses rayons, et s'ajuste si bien à la portée de nos esprits, que chacun peut traiter avec lui familièrement et jouir de ses faveurs , sans s'effrayer de sa grandeur. Il ne rebute ni pauvres , lui qui est si riche , ni simples, lui qui est si sage, ni roturiers, lui qui est si noble , ni petits, lui qui est si grand et si puissant. Qu'on l'enferme dans le ciboire , qu'on l'expose sur l'autel , qu'on le montre au peuple, qu'on le don^e aux saints # qu'on le porte aux malades , qu'on le touche, qu'on le manie , qu'on le mange , qu'on le vienne trouver à toute heure et pour toutes sortes d'affaires , il ne rebute point, ni pour la multitude , ni pour la qualité des ; rsonnes qui se présentent. 0 mon très-doux Sauveur, que vous êtes bon de vous communiquer ainsi aux plus petites créatures , et de leur donner un accès si facile au trône de votre amour ! Certes, mon cœur devrait être tout en feu, et pleurer de joie, voyant la douceur avec laquelle vous venez à moi , caché sous ces espèces étrangères. Car mes yeux ne vous pourraient supporter, si vous paraissiez dans la splendeur de cette divine lumière qui vous est propre. Et même tout le monde ensemble ne pourrait pas
V H'tec à S, y ici lib, de Sacramtnh
subsister devant la gloire de votre majesté. C'est donc une grâce singulière que vous me faites d'avoir égard à ma faiblesse , et de vous cacher comme vous faites sous les espèces du Sacrement (1). 0 Sacrement d'amour ! ô sacré cabinet du soleil de justice ! ô divin raccourci de toute la grandeur de Pempyrée! avec quelle sagesse me cachez-vous le roi de gloire? avec quelle bonté me le donnez-vous ? vous cédez à l'étendue des cieux , mais vous en surpassez l'artifice : vous n'avez pas tant de pompe, mais vous n'avez pas moins de richesses ; vous n'avez pas tant de lumières , mais vous n'avez pas moins de délices (2).