IV. CONSIDÉRATION
En quatrième lieu , si c'est une preuve d'une grande douceur de se rendre aussi familier aux gens de bien , qu'il fait en ce Sacrement , que sera-ce de se mettre en la disposition des méchants , de souffrir que des mains profanes le touchent , que des bouches impies et sacrilèges le prennent , que des cœurs souillés de cnmrsle reçoivent, et , quoiqu'il les puisse abîmera l'neure même , de se laisser traiter aussi indignement que s'il n'ayait pas le pouvoir de leur résister? S'il est vrai , ce que dit saint Grégoire , qu'un outrage reçu est une épreuve qui découvre ce que nous sommes dans l'intime de l'âme , que devons-nous dire de tant d'outrages , d'excès et d'impiétés qui se commettent contre Jésus-Christ dans cet adorable Sacrement (3) ? ne sont-ce pas ... > marques éclatantes de la douceur inûnie qui règne dans le cœur de cet Agneau ? C'est
(1) Nam in propria et divinà claritate te conspicere oculi mei ferre non possent: sedneque totus mundusin fulgore gloriœ majestalis tuae subsisteret. In hoc ergo imbecillilali meae consul is, (juôd te sub Sacramento abscondis. Cerson. I.4.C. 11.
(2) Ex nos illuminatio mea in deliciis nieis.
(3) Qualis quisqne apud se latet , contumelia illata probat, Gregor. /. 3. Mor. c. 32-
un effet d'une vertu infinie de vaincre la haine d'un ennemi par les bienfaits , et celui-là mérite de tenir le premier rang entre les personnes' vertueuses , qui sait remplir de miel la coupe où il n'a trouvé que du venin et du fiel (1). Or qui l'a jamais pratiqué d'une manière aussi rare que le] Fils de Dieu , qui nous a fait le plus grand de tous les dons au point qu'on le trahissait , et qu'il souffrait le plus grand de tous les outrages (2)? Depuis le premier moment de l'institution de ce mystère, que n'a-t-ïl pas enduré de la tiédeur et de la malice des hommes? Que n'endure-t-il pas encore tous les jours? Et toutefois il ne se retire pas de leur compagnie , il ne leur tourne pas le dos, quand ils s'en approchent; il ne refuse jamais de se rendre sous les espèces, sitôt que le Prêtre a prononcé les paroles saintes; il ne fait point éclater son courroux et son indignation. Au contraire, il demeure dans cet état comme une victime de propitiation pour apaiser la colère de son Père, et pour renouveler en quelque façon la prière qu'il fit sur la croix pour ceux qui le crucifiaient.