V. CONSIDÉRATION
C'est ici la dernière preuve de sa douceur , qui mérite bien une plus ample explication que ne souffrent les bornes de ces discours. Je me contente de dire que si la divine Eucharistie est le trône de la clémence de Jésus-Christ, ce traitde bonté qu'il exerce en notre endroit, est le premier et le plus haut degré de sa gloire. Car, comme dit l'Abbé de Celles, le plus haut point de la bonté est d'être méprisé, et de ne rendre point mépris pour mépris; d'être chassé de tous . et de ne re-
(1) Infinita virtus est odia vicisse beoeticiis. Nam ille inter rseteros palmara virlutis obtinet, qui ad vicer veneni , pocula dulci melle complevit. S. faler» hom, I?. dç bono pucU.
(2) In quà nocie tradebatur.
400 l'homme d'oiuison.
buter personne ; d'èlre offensé , et de ne rendre point mal pour mal , mais ,au contraire , de faire satisfaction pour celui qui la doit. Qui est jamais arrivé à un si haut degré de douceur, sinon Jésus-Christ? Qui est jamais parvenu à tel comble de grâce , sinon le Fils de Dieu (1) ? C'est le propitiatoire où tous les pécheurs trouvent leur réconciliation; c'est la victime du monde , comme ditsaint Grégoire (2) , qui apaise la colère de son Père, qui satisfait pour nous à sa justice, qui satisfait à soi-même pour les offenses que nous commettons contre lui. O Seigneur , qu'est-ce que l'homme, que vous vous oubliez vous-même pour penser à lui , que vous abandonnez vos intérêts pour prendre les siens (3) ? C'est un excès de votre amour qui fait valoir les choses les plus viles, et leur donne un prix proportionné à sa grandeur. C'est pourquoi, comme vous nous aimez d'un amour infini, vous nous prisez infiniment, donnant pour nous une rançon qui est d'un prix inestimable. 0 qu'il est vrai que vous êtes la bonté même , la clémence même , dont le propre est de pardonner , puisque non-seulement vous avez une inclination si farte à remettre les péchés , et à nous accorder le par- AoD des offenses que nous commettons contre vous, mais encore vous payez si cher la réconciliation que vous nous procurez î
(1) Quis hoc cacumine pietatis elevalus est, nisi Jésus? Quif hune verticem gratiarum subiit , nisi Filius Dei? Fide Petrum Cellensem,l. 1. expos il. Tabernac.
(2) Totius mundi hoslia.
(3) Domine, quid est homo, quod meraor es ejus, aut filius Hominis, quia reputas euro ? Pt.