CONSIDÉRATION
Mais c'est alors qu'il fait paraître plus de clémence et de bonté , quand il a plus de sujet de s'indigner contre nous , et de nous abandonner dans son courroux. Car, bien loin de songer à Iavengeauce, comme il pourrait le faire avec justice , il travaille à la réconciliation avec autant de soin que s'il était l'offenseur, et non pas l'offensé. Il ne faut que voir ce qu*il dit au peuple d'Israël par la bouche du prophète Jérémie pour le faire revenir de son idolâtrie et de ses désordres. On ne peut exprimer la débonnaireté avec laquelle il nous recherche , après que nous l'avons injurieusement banni de nos cœurs. Si j'avais suivi les mouvements de ma colère, lorsque tes péchés criaient vengeance contre toi , et que tes fréquentes révoltes , tes murmures et tes infidélités se présentaient devant moi pour t'accuser, je t'eusse perdu sans ressource: mais je me suis souvenu de ta jeunesse, et de l'amour avec lequel je te fiançai à la sortie de l'Egypte , lorsque tu me suivis dans le désert , entrant dans une terre stérile, que personne n'avait encore cultivée (1); et ayant égard au service que tu me rendis, j'ai voulu user de compensation, et mettre ce peu de bonne volonté dans la balance de ma douceur, afin de contre-peser les crimes que tu as commis depuis (1). Marquez dans ces paroles deux traits considérables de la clémence de Dieu. Le premier est, qu'il tâche de gagner l'affection de ce peuple en le louant du peu de bien qu'il ayait fait pour son service, sans se souvenir ni des b.enfails dont il l'avait prévenu, ni de l'obligation qu'Israël avait aie servir. Le second est, qu'il dissimule les crimes que cette infidèle nation avait commis,
(I) Recoidatus surn tuî miserans adolescentiam tuam,et charitalem desponsationis tuée , qu.indù secuta es me in desserto, in terra quœ non seminatur. Jerem, 2. 2»
et les misères a'où il l'avait retirée en la faisant sortir de l'Egypte, et contractant une étroite alliance avec elle sur la montagne de Sina. Car il avait tiré cette nouvelle épouse , non de la maison de son Père , mais d'une triste servitude ; non d'un riche cabinet , mais d'une prison de fer; non d'un jardin de délices, mais d'une geôle , où elle était enchaînée comme un esclave, consommée de travaux et meurtrie de plaies. Et cependant il oublie toutes ces faveurs, et fait état d'être lui-même obligé à ce peuple , afin de lui attendrir le cœur, et faire en sorte que la plainte qu'il médite le pénètre et le touche plus sensiblement. Quelle raison ont eue vos pères de me quitter ? quel tort leur ai-je fait pour les voir s'éloigner de moi, et courir après la vanité ? comme s'il voulait dire : Celui qui veut quitter son ami f en cherche les occasions ; car il n'y a pas d'apparence de rompre les nœuds de l'amitié sans prétexte et sans quelque sujet apparent (1). Si donc vos pères en ont trouvé en moi , faites-le voir. M'ontils surpris en quelque faute qui méritât de rompre une amitié si ancienne, si utile et si glorieuse? Bonté admirable ! cette infinie sainteté s'expose à l'examen de sa cause, et se soumet à la censure de ses sujets ; et ce qui fait voir encore mieux sa débonnaireté , il remet la justice de la plainte qu'il fait contre les pères au jugement de leurs enfants , que l'amour naturel devait rendre favorables aux criminels, et que leur infidélité avait rendus coupables des mêmes crimes. Ne faut-il pas qu'il ait un extrême désir de se réconcilier avec eux , puisqu'il se soumet à des conditions qui leur sont si avantageuses? Eh! Seigneur, ne demandez pas quel sujet ils ont eu de vous quitter , ils n'en peuvent avoir d'autre que l'excès de votre clémence. Mais] dites-moi , s'il vous plaît , ce que vous
(1) Quid invenerunt paires vestri in me iniquitatis, quia eiongaverunt à me, et ambulaverunt ~-a*K vanilatem, et vaoi factj sunt ? Jerem. 2. 5,
avez trouvé en eux » vous qui êtes si sage, pour en faire vos amis, et les prendre pour votre peuple, prévoyant qu'ils devaient être si légers et s! mutins , et si inconstants dans leur affection? Ah! je vois bien ce qui vous porte à ce choix : vous prenez plaisir à pardonner , et vous aimez mieux que les pécheurs tombent dans le mépris de votre justice, que dans la défiance de vos bontés. Soyez donc à jamais béni d'une telle miséricorde, et ne permettez pas que j'en abuse , ni que je sois si malheureux que de me séparer de vous et vous bannir de mon cœur , sans espérant*? d'un si favorable retour (1).
[I) Ne permittas me separari abs te.