‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 175 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Sa douceur est merveilleuse dans la recherche qu'il fait des pécheurs» Il n'a point égard à leur bassesse ; tout grand qu'il est, il s'abaisse jusqu'au dernier des hommes, et lui offre sa faveur et son amitié. Il ne considère pas les injures qu'il en a reçus , toute la malice des hommes ne peut pas vaincre sa clémence : il va les chercher au plus fort de leur rébellion , et

(1) Félix querela, quandô leges pietate superautur. Cassiodorusyin epist.

les sollicite de se réconcilier avec lui, loi» même qu'ils l'offensent plus cruellement ; il ne se rebute point de leurs mépris , etj bien qu'il prévoie leurs froideurs , et le triste accueil qu'ils feront à ses amoureuses semonces, il ne laisse pas dépasser outre, et de s'exposer à leur refus, quoiqu'il ne recherche que leur intérêt et qu'il n'ait d'autre but que de les sauver. Je vous ai appelés avec amour, et vous m'avez rebuté ; des paroles j'en suis venu aux effets , j'ai tâché de vous gagner par mes bienfaits , et vous n'avez pas daigné me regarder (1). Vous avez joui de mes biens, sans vous souvenir de la main qui vous les départait si libéralement. Eh! Seigneur, pourquoi faites-vous ces avances, puisque vous prévoyez qu'elles seront inutiles ? Vous nous appelez , et nous feignons de ne pas ouïr votre voix ; vous nous tendez la main , et nous ne faisons pas semblant de le voir. Où est l'homme qui prenne plaisir à obliger un ingrat, ou qui veuille rechercher un ennemi, sachant bien qu'il en sera indignement rebuté ? mais le cœur de Jésus a tant de tendresse pour nous , qu'il souffre des pécheurs tout le mal qu'ils veulent lui faire , pour contenter la passion qu'il a de leur faire du bien. Il sait qu'il ne sera pas écouté, et néanmoins il ne laisse pas d'appeler; il voit qu'on lui tourne le dos, et toutefois il ne laisse pas de suivre, et détendre les bras de sa miséricorde. C'est une bonté qui ne peut convenir qu'à lui seul : aussi est-ce sa gloire de prévenir les pécheurs , dont le salut serait entièrement désespéré , s'il ne leur en inspirait le désir , et s'il n'y travaillait lui-même tout le premier.

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