‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 182 sur 201 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

En troisième lieu , qui peut dire avec quelle douceur il les conduit à la perfection , soit qu'il les dégage de leurs mauvaises habitudes , soit qu'il les excite à la pratique de toutes les vertus, soit qu'il les attire à l'union avec sa divine majesté ? Qui n'admirera cette tendresse avec laquelle il traile ceux qui commencent à le servir, et à vivre d'une vie d'esprit? Vous diriez qu'il les porte dans son sein , ainsi qu'une tendre nourrice fait son cher nourrisson , leur donnant le lait des consolations sensibles, pour les détacher de l'affection des créatures , et adoucir la violence des passions , enchantant, pour ainsi dire, par les charmes d'un plai> 'livin, ces serpents venimeux, et empêchant qu'ils m*

(1) S. August. L 9. Conf. c. 10.

(2) Nonne hoc est, intra in gaudium Domini tui t

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les empoisonnent de leur haleine. C'est dans cei état qu'ils ressentent l'effet de ces promesses du prophète Isaïe:, L'enfant qui est encore a la mamelle, jouira d'un plaisir innocent jusque sur le trou de l'aspic (1) ; c'est-à-dire, celui qui ne fait que commencer à servir Dieu, qui est encore tendre comme un enfant, sera comblé de joie voyant autour de soi ses passions, ses vices, ses défauts, comme autant de serpents charmés et liés par la plénitude de la grâce , qui ne lui font plus de peine , et qui ne peuvent lui nuire. C'est dans cet état , comme dit Richard de Saint- Victor , que les âmes pénitentes sucent le miel de la pierre, et l'huile des plus durs rochers; que les montagnes se fondent en douceur, que le lait et le miel coulent des collines comme ruisseaux (2). C'est dans cet état que Dieu visite fréquemment ceux qui ont faim et soif de la justice, qu'il les enivre de la douceur de l'esprit, qu'il descend des cieux pour réjouir de ses fréquentes visites ceux qui sont assis dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort , que la gloire du Seigneur remplit l'arche d'alliance, et qu'elle se répand dans le sanctuaire. Il est vrai qu'il ne leur montre pas encore son visage , quoiqu'il les console par sa présence : il leur fait goûter sa douceur, mais il ne leur fait pas voir sa beauté ; il répand intérieurement la suavité de son esprit, mais il n'y verse pas encore ses lumières. C'est un feu qui les éclaire peu, mais qui les enflamme en récompense, et leur fait trouver un merveilleux contentement dans les plus pénibles exercices de la pénitence et de la mortification. Que dirai-je de la douceur qu'il verse dans les âmes plus éclairées, qui ont déjà fait un notable progrès dans les vertus? Si tous les plaisirs de la terre pouvaient entrer tout à

(1) Delectabitur infans ab ubere super foramine aspidis. Is. 11.

(2) Sub hoc statu mens sugit mol de petrà oleumque de saxo durissimo : sub hoc statu stillabunt montes dulcedinenV,-et colles ûuent lac et mel , etc. Rich. à S. l'ict. de çradib. viol. chatU.

la fois dans le cœur d'un homme , ils n'égaleraient pas le moindre (rait des consolations célestes, que ce divin époux leur communique. Que sera-ce donc qnand elles seront ai rivées au plus haut degré de l'union ? Quelle langue peut expliquer ce qui se passe dans le plus intime de l'âme, lorsque le Fils de Dieu y entre dans la gloire? Vraiment on peut dire comme Jacob , dit saint Laurenî-Justinien , que c'est là l'entrée du ciel et la porte du paradis (1). Cette bienheureuse épouse ne monte point en tremblant, dans l'incertitude de son salut; elle entre dans ces demeures éternelles comme dans la maison de son époux, comme dans son propre domicile (2). Les anges mêmes admirent son bonheur, et disent avec étonnement : Qui est celle-ci , qui monte du désert appuyée sur son bi en- aimé , si comblée de joie et de délices spirituelles, qu'il semble qu'elle ne peut les contenir (3) ? 0 céleste Époux, que votre esprit est doux ! le monde n'a rien qui puisse valoir un seul moment de ces délices spirituelles, que vous communiquez à vos ennemis. Sa plus grande douceur n'est qu'amertume, et tous ses piaisirs, que de la pourriture et des vers (4).

(1) lbi cœli janua esl , et paradisi porla. Sponsa de thalarr.o fréquenter aseendit al cœluraret de cœlo jugiter sponsus descendit in thalamum. S. Laurent. Justin» de casto connub. c. 25.

(2) Non pavida, non de salute incerta ingreditur sponsa in super nortim mansiones, sed tanquàm in dilecti donium , et in propiïam possession e m.

(3) Quaî est ista quae aseendit de deaerto, deliciis affluons, iQ« nixa super diiectum?

(4) Dulced'j cjus vermes.

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