I. CONSIDÉRATION
Que les caresses et les faveurs de Jésus-Christ envers ses amis soient pleines de douceur, je ne m'en étonne pas, puisqu'il est, comme dit saint Augustin, la fleur des vrais contentements et des délices éternelles (1). Mais ce qui me paraît tout-à-fait admirable, c'est que les souffrances et les travaux , où il les engage , dès là qu'ils viennent de sa part, leur semblent plus doux que tous les plaisirs de la terre. Je suis tout surpris quand je les entends dire avec saint André : « O » bonne croix, que j'ai si long-temps désirée, et qui » m'est enfin accordée , comme le fruit de mes plus » ardents désirs , je vais à toi avec un cœur plein de » joie et d'assurance ; reçois-moi avec plaisir entre » tes bras , et témoigne par ton allégresse la part que » tu prends à mon contentement. » Voyez- vous, dit saint Bernard, admirant le transport de ce grand cœur, comme l'excès de la joie le ravit hors de lui-même ?I1 veut que l'instrument de son supplice en tressaille d'aise, et qu'il triomphe avec lui d'une manière toute nouvelle. Quel est donc ce transport miraculeux, qui
(1) Tolius potestatis summa, thésaurus *'muum, flos delecta- Uonum, amœnitas deliciarum, convivium aneelorum est Christus. S. Aug. in Exsurgens Maria
passe jusqu'à la croix, et qui lui imprime une si grande douceur, qu'on peut dire qu'elle n'en reçoit pas seulement une goutte, mais qu'elle en est toute pleine ? S'il y a du plaisir à mourir sur ce bois funeste , qui croirait que le crucifié eût moins de joie que la ^.roix même? N'est-ce pas contre la coutume? cela n'est-il pas par-dessus toute la raison humaine, et audelà de toutes les lois de. la nature ? Car la nature ne lui a point donné ce sentiment, elle n'en est point capable par elle-même : tout ce qu'elle peut faire, est de tourmenter le crucifié, et de bannir de son cœur toute sorte de contentement. D'où vient donc cette douceur merveilleuse qui se fait sentir même aux choses les plus insensibles (1) ?