IV. CONSIDÉRATION
Ce dernier motif, joint aux deux précédents, nous montre clairement quelle est la douceur du Fils de Dieu, lequel, ne pouvant endurer pour nous en sa nature divine, s'est fait homme mortel comme nous, afin de prendre sur soi toutes nos misères, et nous montrer par l'excès de son amour jusqu'où doit aller le nôtre. Jetez les yeux sur la suite de sa vie , vous n'y verrez partout que des croix et des souffrances; mais vous n'en trouverez pas une que son amour ne lui ait fait souffrir avec une douceur incroyable. Douce
(1) Lapides torr«ntis illi dulces fuerunt.
lui fut la crèche de Bethléem, qui fut le lieu de sa naissance, et, pour montrer qu'il préférait cette grotte aux palais des rois, il commanda aux esprits bienheureux d'en faire Ces feux de joie , et de chanter des cantiques d'allégresse et de triomphe : Gloire à Dieu mr Ici hauteurs (1). Douce la circoncision, qui lui coûîa les pré mices de son sang , et lui fit porter les marques de nos crimes, pour nous imprimer le caractère des sainU, Douce la fuite et le bannissement dans une terre étrangère, parmi les peuples idolâtres et barbares. Douce l'obéissance , la sujétion , et les travaux de son enfance, et les services domestiques qu'il rendit à ses parents , lui qui était servi et adoré de toute la cour céleste. Douce la pénitence du désert, et le jeûne de quarante jours, qu'il passa en prières continuelles, n'ayant d'autre compagnie que celle des bêtes sauvages. Douces les veilles et les fatigues excessives qu'il prenait volontairement pour le salut des hommes, employant les jours à la conversion des âmes et à la guérison des corps, et les nuits à l'oraison. Que diraije des opprobres de sa passion, et des douleurs de sa mort ? Quelle devait être la douceur de l'amour qui lui fit laveries pieds de ses disciples, donner le baisera Judas, abandonner ses mains aux liens des bourreaux, ses joues aux soufflets, son visage aux crachats, ses yeux au bandeau, ses oreilles aux blasphèmes, son corps à toutes sortes d'outrages ! Quelle la débonnaireté qui lui faisait endurer les coups de verges , et la pointe des épines qui perçaient son sacré chef, non sans une excessive douleur, mais sans au- « jne amertumt de cœur contre ses persécuteurs! Quelle la tendresse de sa charité, qui tira de sa bouche amoureuse ces paroles en faveur de ses ennemis : Mon Père, pardonnez-leur ma mort (2); qui adoucit
(1) Gloria in excelsis Deo.
(2) rau-r, dimitie il lis.
Î36 L'HOMME D*ORA.ISOIf.
le fiel et le vinaigre; qui amollit le dur lit delà croix; qui lui fit trouver douce la violence des clous , et légère la pesanteur de son corps; qui déchirait ses mains lorsqu'il voulait soulager ses pieds, et qui élargissait l'ouverture des pieds lorsqu'il voulait épargner tant soit peu ses mains (1) , et enfin qui lui fit rendre doucement l'esprit entre les mains de son Père, tenant sa vie bien employée pour le salut de ceux qui étaient la cause de sa mort. 0 mon très-doux et très-aimable Sauveur, que nous avons besoin de la douceur de votreamour, de cette précieuse manne de votre grâce , et des attraits de votre divine miséricorde ! car nous avons tant de dégoût des choses qui regardent votre service,et tant de passion pour le monde, que c'est pitié de voir notre lâcheté , digne sans doute de larmes irès-amères. Un vain contentement, qui porte ensuite un éternel repentir, nous fait souffrir mille travaux, et pour acquérir les délices éternelles que vous nous avez préparées , nous ne voulons rien endurer. 0 Seigneur, jetez le fiel et l'absynthe dans tous les plaisirs de la terre; et faites-nous connaître quelle est la tendresse de votre amour en notre endroit, afin que s'il nous était difficile de vous aimer les premiers, au moins il nous soit doux de vous rendre un amour réïiproque (2),
(1) Dulce lignum , dulces clavos , dulce pondus sustinens, (3) Et si amare pigebat , redamare non pigeât.
POUR LE VENDREDI DE LA TREIZIÈME SEMAINE d'aPRÈS li PENTECÔTE.
Que les chrétiens ont une obligation particulière à pratiquer la douceur à V exemple de Jésus- Christ,