CONSIDÉRATION
Il faut écouter ces paroles du prophète Élie, comme si elles s'adressaient à vous : Si notre Seigneur est Dieu*, suivez-le fidèlement (1); c'est un devoir nécessaire , vous y êtes obligé par trois raisons très-considérables:
Premièrement, parce que, s'il est votre Dieu, vous êtes tenu de lui rendre obéissance , de faire ses volontés , d'accomplir fidèlement les desseins qu'il a sut vous, et de vous conformer à ses désirs, vu que, comme dit Tertullien, le meilleur moyen de gagner le cœur de son maître , c'est d'étudier ses inclinations et de les suivre (2). Or, la plus grande satisfaction que vous lui puissiez donner, est de l'imiter si parfaitement, qu'il voie en vous l'image de ses vertus. Par ce moyen vous contenterez le Père éternel , parce que ce cher Fils est la figure de sa substance, figure si parfaite, qu'elle n'est qu'une même chose avec celui qu'elle représente; ce qui ne se trouve point ailleurs. Donc,
(1) Si Dominus est Deus,sequimini eum. 3. Reg. t*.2l.
(2) Artificiura promerendi obsequium est. TerU
en l'imitant, vous devenez comme lui l'image de son Père, ou, pour mieux dire, une extension de cette image, une copie de cet original , en qui ce Père amoureux met toutes ses délices et ses complaisances; chose qui lui est si agréable, que, dans l'ancien Testament , il a voulu que tous les mystères de la loi fussent autant de figures de son Fils bien-aimé, et, dans le nouveau, que tous les élus portassent ses livrées , et qu'il n'y en eût pas un seul qui ne lui ressemblât parfaitement. Par cela même vous contenterez le Fils, parce qu'étant le sceau et le caractère du Père quand vous Timitez, vous imprimez ce cachet sur vous, et vous lui donnez l'empioi qu'il désire le plus. Car le cachet n'est fait que pour imprimer sur la cire, ou sur quelque autre matière, le caractère qu'on y grave. Et puis, comme il vous aime ardemment, son désir est de s'unir étroitement avec vous; c'est ce qu'il demanda, la veille de sa passion, avec tant d'instance, pour tous les prédestinés : Qu'ils ne fassent qu'an (1). Or la parfaite union consiste à être un avec lui, comme il est un avec son Père en nature, en puissance et en opération, avec cette différence., qu'il est Dieu comme son Père, par communication de nature, et que nous neîe sommes que par participation, par adoption et par grâce. Par là nous contentons aussi le Saint-Espri', parce que nous suivons sa conduite, qui ne tend qu'à nous faire marcher sur les vestiges du Fils de Dieu , et à le former dans nos cœurs, comme autrefois il le forma dans le sein de la bienheureuse Vierge. Enfin nous accomplissons par là le grand dessein de la très-sainte Trinité, qui est d'achever en nous son image, et de nous faire vivre de la vie de ?>ieu même; ce que nous faisons en imitant Jésus-Christ qui,êtantDieu et homme tout ensemble, ne pouvait faire que des œuvres de Dieu, ainsi qu'il est dit dans l'Évangile, ni vivre que d'une vie toute divine; par exemple, si son âme très-sainte
(1) Ut sint consummali in unum. ;oan. 17, 23.
voulait exercer un acte de miséricorde ou de quelque autre vertu, elle se réglait sur les mouvements du cœur de Dieu, et se conformait à sa bonté, imitant parfaitement en toutes choses la manière d'agir de la Divinité; et c'est ainsi que nous pouvons entendre ce qu'il dit dans l'Évangile, que le Fils de l'homme ne peut rien faire de lui-même , mais seulement ce qu'il voit faire à son Père (1). Or, nous qui ne voyons pas Dieu d'une claire vue comme lui, pour nous en proposer l'exemple , nous avons Jésus-Christ, qui est visible dans ses actions théandriques, que nous pouvons imiter, et, en les imitant, nous imiterons Dieu , et, par cette imitation, nous le contenterons, étant véritable que tout être intelligent est bien aise qu'on l'imite, et que d'ailleurs toute cause agissante tend naturellement à rendre son effet semblable à soi. D'où je conclus que vous devez soigneusement travailler à l'imitation de Jésus- Christ, de peur de le mécontenter, et d'attirer sur vous le malheur de ces aveugles pharisiens, qui rui nèrent , comme dit saint Luc, les desseins de Dieu sur eux par un injurieux mépris (2).