I. CONSIDÉRATION
Considérez aujourd'hui Jésus-Christ comme Sauveur, qui s'offre à vous pour vous conduire au salut éternel, et pour mettre le sceau à votre perfection. Souvenez- >ous que ce Dieu Sauveur est venu sur la terre pour vous apprendre en quoi consiste votre bonheur éternel, et vous montrer îe chemin pour y arriver; que ce chemin n'est autre que l'imitation de ses vertus, sans laquelle vous ne pouvez être heureux ni parfait. Car, pour le devenir., trois choses sont principalement nécessaires: la lumière pour connaître le bien, l'attrait pour l'aimer, et là force pour l'exécuter. Or, sans le Fils de Dieu vous ne pouvez espérer ni force, ni lumière , i.i amour. Sam moi vous ne pouvez rien faire (1), là où, au contraire, si vous ïe suivez fidèlement, rien de ton! cela ne peu?, vous manquer.
Premièrement , vous ne pouvez manquer de lumière
;».) Sine me nihil poleslis facere.
ni de connaissance. Il nous assure qu@ celui qui le suit, ne marche point dans les ténèbres (1). C'est la lumière du monde, le clair flambeau de la grâce , le soleil de la prédestination, qui nous découvre la fin où nous aspirons , et les moyens d'y parvenir (2). Comme ditsaint Augustin, on ne peut douter que ce qu'il a fait T>e soit parfaitement bon , et qu'en faisant de même il ist impossible de se tromper. Car , comme on ne peut errer en suivant les maximes de la foi, parce que le Fils unique,qui est dans le sein du Père, les a enseignées; de même on ne peut pécher en suivant les exemples de sa vie. Approchez-vous donc de lui, afin que vous soyez éclairés de ses rayons (3). Celui qui s'en éloigne, demeure en ténèbres; il ne faut pas s'étonner s'il suit de mauvaises roules et s'il bronche à chaque pas, il ne sait pas où il marche. Il faut vous tenir près de Jésus- Christ, si vousvoulez qu'il vous illumine et qu'il vous apprenne le chemin de votre salut. Seigneur, dit le Prophète, je suis aveugle dans les choses qui regardent mon salut, je ne sais ce qui m'est bon ou dangereux; mais votre V^rbe incarné m'est une lampe lumineuse, qui guide mes pas par sa clarté (4). Sa lampe est une lumière dans un vase de terre, dit élégamment saint Bonaventure sur ces paroles : La lumière qui luit dans ce vase , représente la divinité qui est dans l'humanité. La divinité, c'est ?a lumière; notre vie, c'est le chemin que nous tenons, qui est fort glissant et ténébreux ; les ténèbres qui le couvrent, sont nos ignorances et nos erreurs. Tant d'illusions dans la piélé, tant de fausses maximes, d'égarements, d'extravagances et de tromperies! II ne peut se dire combien l'esprit de l'homme est faible pour s'en défendre, combien il est sujet à prendre le change, suivant, pour une vraie lumière , un faux jour
(1) Qui sequitnr me ncn ambulat in tenehris.
(2) llluslrissimum lumen prseriestmationis et gratis.
(3) Aecedite ad eum, et iiluminamini.
(4) Uicerna pedibus meis verbum luum.
Noukt. Œuv. X/X. ^
50 l'homme d'oïuïson.
qui l'éblouft. Parmi ces ténèbres , le seul moyen de nous tirer du péril est de suivre Jésus-Christ, qui va devant nous tenant la lampe à la main, nous montrant par ses actions ce qu'il faut faire, ce qu'il faut souffrir, ce qu'il faut fuir, et ce qu'il faut combattre. Le chrétien le suit en s'atta chant à ses exemples ; et c'est pour cela qu'il nous a proposé sa sainte humanité tout éclatante des rayons de la divinité, et qu'il a élevé ce brillant flambeau sur la croix, afin que chacun de nous le regarde des yeux de la foi , qu'il le suive par les actions de sa vie, et qu'il se conduise par une fidèle imitation dansles sentiers de l'éternité (1). Saint Pierre, ravi de la lumière de ce soleil, qui éclatait sur le Thabor , voulait Je retenir dans cette aimable solitude, pour en jouir tout à son aise , et lui disait : Demeurons ici, Seigneur , ce séjour est in [miment agréable (2). Mais saint Augustin se pîaintamoureusement de sa demande, et lui fait ce doux reprocho : Que dites-vous, saint Pierre ? Le monde enfante le jour, et vous voulez le tenir secret? Vous voyez les ténèbres du monde, et vous voulez cacher la lumière (3) ? personne n'allume un flambeau pour le cacher sous le muid; mais on le met sur un chandelier pouréclairer toute la maison: cette maison, c'est le monde; le flambeau allumé, le Verbe incarné ; le chandelier, la croix; le flambeau sur le chandelier, Jésus-Christ ricifié. Vous le voyez, nous devons aussi le voir: nous sommes dans les ténèbres, il faut se garder de
(1) Lucerna est lumen in lesta, lumen in vase est divinitas in humanitate, lumen divinitas, vita est via, lenebrse sunt ignoranliœ. Prœcedit Gluislus tenens lucernam , sequitur Christianus tenens exempli semitam. Proposuit humanilatem lucentem ex divinitate, extulit lucernam , ut videamus in fide, ambulcmus in op&ratione, dirig mur imilatione. S, Bonav.in exposit. brevl super P s al mun .
(2) Bonum csl nos hic esse.
(3) Quid dicis, sancle Pelre ? mundus parturit, et tu secrclutn petis? Vides tenelua* muadi, et lumen abscondis?^. Avg.touu 6. de 5, heeves ' . c. 7.
bronch&r. Que ce flambeau nous éclaire , que le Verbe incarné nous montre le chemin du ciel (îj.