‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 23 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Secondement, vous ne pouvez manquer d'attraits en suivant Jésus-Christ, parce que tout ce qui peut gagner la volonté, se rencontre dans l'exemple de sa vie et de sa mort. Si le plaisir nous attire, Jésus est Ja fleur des vrais contentements, la douceur des plus pures délices, la joie des anges, et c'est avec grande raison que saint Augustin lui adresse cette prière : Je vous prie, mon Seigneur, de me rendre toutes choses amères, afin que mon âme ne trouve aucune douceur qu'en vous seul. Car vous êtes en eflet une douceur inestimable , capable d'adoucir tontes les amertumes de la vie (2). Si l'on recherche le profit et l'utilité, Jésus est le trésor des vertus, la richesse du ciel , le domaine de Dieu , et le comble de tous les biens, Quel avantage plus considérable, que de pouvoir si facilement nous enrichir des trésors célestes qu'il a apportés sur ia terre, par l'union de ses mérites et l'application de ses actions aux nôtres ? Si nous sommes sensibles à l'honneur, quelle gloire d'être semblable à Dieu, et de paraître aux yeux des anges comme un autre Jésus-Christ! Si c'est une grande gloire d'être près du roi, et de raccompagner partout, combien sera-t-il plus glorieux d'être toujours près de Dieu, qui est le maître des rois (3). Comment est-ce donc

(1) Ista dormis lotus est niundus ; lucernœ acconsio, Verbi est incarnatio; caiidelabrum autem crucisest lignum j lucerna in condelabro lucens, Chrislns in cruce pendens. Vides lu, videamus et nos ; tenebree sunt, non oslendamus ; luceat nobis lucerna, doreat nos Verbum in carne.

2 Obsecro, Domine , ut ornnia mibi amarescant, et tu solua duîcis appareas animée : quia tu es dulcedo inœstimabilis, per quam omnia dulcorantur. S., dug. in soliloq.c. 22.

(3) Magna gloria est sequi Domtnnm. Totius potestalis Jumma,

que notre cœur ne s'enflammerait pas d'un désir ardent de l'imiter, par îa considération de tant de motif? ïuîssi forts et aussi puissants que ceux que nous venons de dire? L'exemple des saints est un vif aiguillon qui nous excite à l'amour de la vertu, et une voix victorieuse de la grâce , qui nous dit, comme à saint Augustin: Ne pourras-tu pas ce qu'ont pu tant d'autres (1) ? Les voluptés de ma jeunesse, dit ce grand saint, me tenaient comme par îa robe , et me disaient: Augustin, vous voulez donc nous abandonner après avoir si doucement élevé votre jeune âge, et dès ce m- ssent vous ne serez plus jamais avec nous ? Pensea-vons pouvoir vivre sans plaisir , et vous passer de nous pour jamais? Jamais , c'est un long terme : songez-bien à ce que vous faites; vous méditez un divorce, dont voîis aurez le loisir de vous repentir. Mais d'autre part la chasteté, mère des saintes délices, se présentait à moi environnée d'un grand nombre de vierges de tout sexe et de tout âge, et, me souriant d'un visage plus serein que la plus belle aurore du printemps , me disait en me tendant les mains chargées de lis et de roses : Quoi donc? Augustin, êtes-vous si faible et si délicat, que vous ne puissiez faire ce que font ces jeunes hommes et ces jeunes filles, et ces honorables vieillards qui ont blanchi dans la virginité (2) ? Si ce trait pénétrant fut capable d'ouvrir son cœur, pour y donner l'entrée à l'amour divin, que doit faire l'exemple du Verbe incarné, qui est venu sur la terre à dessein d'allumer ce feu sacré ? Où est l'homme si rebelle aux mouvements de la grâce, qui, considérant comme son Sauveur a vécu dans la pauvreté, dans le mépris et dans les souffrances, comme il a sacrifié son honneur et sa vie à la gloire de son Père et au salut de

lhesauru§ virtutum , flos delec talionum , amœnitas deliciarum, convivium Angelorum est Chrislus. S.Aug. serm.in exurg. Moi\

(1) Non poteris quod istietistœ?

(2) Nofc poleris 'ii! »>1 isti et islui ?

nos âmes, comme il s'est immolé sur la croix, ainsi qu'une victime sacrée, pour être consommé dans les flammes de la charité, ne se sente aussitôt échauffé d'une sainte ardeur, ou du moins ne condamne sa froideur et sa lâcheté ?

Vous me direz que ces raisons sont capables de vous faire naître le désir de le suivre, mais que vous regrettez de n'en avoir ni la force ni le pouvoir. Je réponds, pour vous ôler cette crainte, que l'exemple de Jésus-Christ ne nous inspire pas seulement l'amour de la vertu, mais qu'il nous donne aussi des forces pour en venir à la pratique. Ce qu'il fait principalement en deux manières. La première, en bénissant nos efforts , et donnant succès à nos entreprises par l'union de ses actions avec les nôtres. Car il est le bras et la main du Père, qui doit conduire la nôtre, si nous voulons qu'elle soit heureuse, comme le prophète Elisée mit sa main sur celle du roiJoas, avant qu'il tirât des flèches contre la Syrie , afin de les rendre victorieuses. Car nous ne devons point espérer de salut ni de victoire contre nos ennemis invisibles, si la main de Jésus-Christ, s'unissant à la nôtre, ne fait réussir nos desseins et ne les bénit d'un favorable succès. La seconde, en soutenant et fortifiant notre esprit contre les difficultés qui se rencontrent, comme il arrive souvent qu'un soldat combattant auprès de son prince s'anime par sa présence, et fait en sa compagnie des actions extraordinaires, qu'il n'eût jamais faites autrement. Mes persécuteurs , dit le prophète Jérémie , me demandent souvent : Où est la parole du Seigneur ? qu'il vienne: mais en vous suivant comme mon pasteur } leurs insultes ne m'ont point troublé (1). Je n'ai point eu de

(1) Ecce ipsi dicunt ad me : Ubi est verbum Domini ? veniat. El ego non suna turbatus te pastorcm. sequejas. Jeiem*. 17. 16.

54 L'HOMME D'ORàlSON.

peine à vous suivre, dit une autre version (1). Et de vrai, comme dit saint Ambroisè, quelle peine peut éprouver celui qui suit Jésus-Christ? puisqu'il dit luimôme: Venez tous à moi, vous qui travaillez et qui êtes chargés, et je vous soulagerai. Suivons-le donc constamment, et ne désistons point; car, en le suivant sans cesse, les forces ne nous peuvent manquer, puisqu'il les donne à ceux qui le suivent. Plus vous vous approchez du principe de votre force, plus vous serez fort et vigoureux (2). La nature, en formant le corps humain, a mis les veines, qui portent le sang, sur les artères, qui contiennent les esprits , afin que la chaleur de ces esprits empêche que le sang ne se gèle dans ses vaisseaux. De même, réglant vos actions sur celles de Jésus-Christ, vous sentirez infailliblement une nouvelle ferveur, son amour échauffera le vôtre, et la force de son esprit, s'insinuant par cette application dans votre cœur, en bannira la faiblesse et la lâchelé. L'exemple de saint Venceslas , roi de Bohême , est commun; mais il est si beau, et ii exprime si naïvement cette vérité , que je ne le puis omettre (3). Ce vertueux prince allant une nuit, selon sa coutume, visiter les églises à pieds nus durant i'hiver, Podivin,qui était son favori, et Je confident de ses dévotions, raccompagnant seul, se sentit tout-à-coup saisi d'un froid excessif, qui lui engourdissait ies nerfs, et lui causait une grande incommodité. De quoi le bon roi s'étant aperçu, il se mit à marcher devant lui, et à lui frayer le chemin sur la neige , qui avait couvert les lieux par où

(1) Non laboravi sequens post te.

(2) Quis potest lafoorare sequens Jesum, cùm ipse dicat : Venite ad me, oni nés qui laboratis et oneratiestis, et ego reficiam vos? bequamur ergô Jesum semper, nec desinamus. Quôd si semper nequauKH', nunquàm deficimus. Dat enirn vires sequentibus se. ïfaque quô propior virluti fueris, eô fortior eris. S./ttnhr A3. «77.21.

(S) U\ iiw thinas. P* G«uUivt\ qp*w du /«! H U » Wtii c* Mit*

ils passaient, l'avertissant de mettre le pied où ii le verrait mettre le sien. Chose merveilleuse ï Podivin, suivant ainsi son maître, se sentit à l'heure même fortifié -d'une nouvelle chaleur, quKcommença par les extrémités , et se répandit par tout son corps avec une si douce consolation, que, son engourdissement cessant, il acheva son voyage sans aucune peine. Si les pas de ce grand saint eurent tant de force , ne doutez point que l'exemple du Fils ne Dieu n'en ait encore davantage. Il peut se faire que votre volonté, vaincue par les difficultés qu'elle trouve dans le chemin de la vertu, demeure comme engourdie, et délibère de s'arrêter sans passer outre, et même de reculer et retourner à ses premières habitudes. Mais si vous jetez promptement les yeux sur Jésus -Christ, qui est le guide de l'éternité, qui marche devant vous; si vous considérez ce qu'il a fait pour vous, si vous tâchez de ne le perdre point de vue , si vous en renouvelez le souvenir par de fréquentes réflexions , assu< rez-vous que vous sentirez bientôt une chaleur ira térieure, un feu céleste qui fera fondre ces glaçons, et vous fera marcher avec allégresse à travers tous les obstacles qui s opposent à votre perfection : et alors vous direz avec Job, malgré tous les efforts de Satan : J'ai suivi constamment ses traces, j'ai tenu ie chemin qu'il m'a frayé, et je ne m'en suis point écarté (1).

0 mon adorable Sauveur, que nous vous sommes obligés d'avoir bien voulu nous montrer le chemin de votre royaume céleste ! car votre vie est la voie que nous devons suivre, et la patience nous conduit à vous, qui êtes la couronne des élus. Si vous n'eussiez ouvert ce chemin par vos exemples et par vos paroles, qui se fût mis en devoir d'aller à vous? Hélas ! qu'il s'en trouve qui demeureraient bien loin de vous, s'ils ne

(1) Vestigia ejus seculus est pes meus ? viarn ejus cuslo<iivifc q{ nota dec.Huavi ex ea* «/oA, 23.

se proposaient vos beaux exemples ? Car si nous sommes encore si lâches , après avoir ouï tant de merveilles et d'enseignements de voire bouche sacrée , que serait-ce si nous n'avions devant nous une si belle et si éclatante lumière, pour nous attirer à vous suivre P

POUR LE SEPTIÈME DIMANCHE u'àPRES LA PENTECOTE.

Que nous ne devons point rougir de faire ce que Jéstis- Christa fait.

Si adhuc hominWus placèrent ^ Chris ti servus non essem. %\ je cherchais encore à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ. Galat. 1. 10.

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