‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 25 sur 201 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Que si ce procédé est injurieux à l'Évangile que le Fils de Dieu a publié dans le monde, il ne l'est pas moins à la dignité de sa personne, qui serait bien peu considérable, s'il fallait rougir lorsqu'il est question de le servir. Car , comme dit Salvien , en quelle vénération peut être parmi les chrétiens le nom de Jésus-Christ, si le service qu'on lui rend est une tache d'infamie, si onse rit des actions de vertu qu'il inspire à ses serviteurs, et si Ton est en quelque façon contraint d'être méchant,, de peur d'être méprisé ; de prostituer sa conscience, de peur de perdre l'honneur; et de demeurer dans le vice , pour ne point tomber dans la confusion? Quelque bas et ravalés que semblent à notrin orgueil les services qu'il exige de nous , c'est trop

d'uonneur de faire ce qu'il désire, et les actions les

<?2 L'HOMME D'ORMSOIS.

plus petites en elles-mêmes, au point qu'elles sont éclairées de ses regards et marquées du sceau de son approbation, sont pleines de sagesse et .tout éclatantes de gloire. Pourquoi donc en rougir, comme si elles étaient indignes d'un homme d'honneur, etmesséantes àun homme sage ? et puis n'est-il pas insupportable qu'un chrétien, de quelque condition qu'il soit , refuse de faire pour Jésus-Christ ce que Kcu^-Christ a t'ait pour lui (1) ? Il ne faut pas que les riches méprisent l'humilité de Jésus-Christ, ni que les nobles, pour grands qu'ils soient, en rougissent , parce qu'il n'y a point de fortune sur la terre, si éminente, qui doive tenir à déshonneur ce que Dieu , prenant la forme de son esclave , n'a point jugé indigne de sa grandeur (2). Car puisque lui, qui est le Roi des rois, devant qui les. monarques sont plus petits que des atomes , s'est abaissé jusque là, et que y quoiqu'il y ait un intervalle infini entre sa grandeur et le néant, il est néanmoins descendu jusqu'au fond, certes nous Je pouvons et nous devons bien le faire , nous qui ne sommes rien , et «jui louchons presque à la bassesse : même le chemin pour y arriver n'est pas si long, ni la distance si grande qu'elle nous doive étonner; et si après un tel exemple, nous y avons encore de la répugnance, notre vanité est inexcusable, vu principalement que Jésus-Christ faisant ces choses basses et abjectes , il leur a ôîé toute la confusion qui y était attachée ; il a rendu ïa pauvreté précieuse, il a ennobli tout ce qu'il touchait par l'usage qu'il en a fait , i! a relevé les humiliations et

(1) Qualss in christiano populo honor Christi, ubi religio ignohilena facit ? Statim euira ul quis melior esse tentaverit, deleriorfe abjectione calcatur, ac per hoc omnes quodam modo mali esse coguntar, ut viles habeantur. Sale. L 4. de gubern.DeL

(2) Christi humilitas nulli aspernanda divilum, nulli est erubescenda nobilium. Nec enim in tantum provehi potest quadibet félicitas huniana fastigiuni , ut testiniet sibi .pudendum , quod manens in forma servi Deus non est arbitrants indignum. S. Léo, serm. 2. de Resurrect.

lesopprohres, et leur a communiqué un certain rayon de grandeur , ainsi que le soleil dore et illumine de ses layons tout ce qu'il touche, jusqu'à la boue : si bien que comme les saints, qui ne sont grands que par sa faveur, sanctifient et coiocrent tout ce qu'ils portent , jusqu'aux eilices dont ils se revêtent, et leur impriment uue si particulière vénération, qu'après leur avoir servi on en fait des reliques sacrées qu'on regarde avec révérence , et qu'on baise avec honneur ; de même depuis que le Fils de Dieu a porté la croix avec tous ses apanages, ce n'est plus un instrument d'ignominie, mais un ornement de gloire , et les humiliations ne sont plus des bassesses , mais des actions honorables et glorieuses.

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