‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 26 sur 201 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Vous me direz que, nonobstant toutes ces raisons , on en juge tout autrement, et que si vous voulez suivie les exemples du Fils de Dieu, et faire profession publique d'imiter ses vertus et de marcher sur ses pas , on en fera des risées et on se moquera de vous. Qui le fera ? ditesle-moi, je vous prie. Nous sommes exposés aux yeux du monde comme un spectacle que les hommes et les anges considèreni{l). Nous n'avons point, entre toutes les créatures, d'autres témoins d« nos déportements, ni d'autres spectateurs de nos actions. Qui des uns ou des autres se rira de votre piété? Seront-ce les anges? ils admireront votre courage , et donneront mille applaudissements à votre vertu. Seront-ce les hommes ? s'ils sont sages, ils en jugeront comme les anges; s'ils sont fous pourquoi faites-vous état de leur jugement, puisque c'est une espèce d'ignominie d'être dans l'estime des fous. Mais quand toutes îes créatures vous tiendaient pour un esprit faible, pour un hypocrite, ou pour un

(1) Spectacuium facti sumus rauudo, et aii^uii?-, et hcru imbus, S. Cor.i,

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visionnaire. ïe seriez -vous pour cela? Le témoignage de votre conscience vous doit suffire, et Dieu, qui sonde le fond des cœurs, est le seul juge d'où dépend tonte la gloire que vous espérez dans l'éternité. Est-il possible que vous ayez la foi, et que vous croyiez" fermement qu'il y a un Dieu qui vous regarde, vous qui êtes esclave de la vue etdu jugement des fousPConsidérez ceque font les anges que Dieu commet à la garde des hommes : le moindre d'entre eux serait capable de gouverner tous les royaumes du monde, et néanmoins, bien loin de refuser la tutelle d'une aussi vile créature que vous, ils font gloire de s'en charger , et c'est pour eux un trèsdoux emploi de s'attacher inséparablement à la conduite d'un pauvre barbare , d'un esclave , du dernier de tous les hommes pendant tout le cours de sa vie(l). Pourquoi ? seulement pour contenter Dieu , parce qu'ils mettent toute leur gloire à le servir, s'estimant trop honorés de ses commandements , quelque vil que soit le ministère qu'ils exercent par son ordre. Or c'est le même maître que vous servez , et vous avez cet avantage sur eux, qu'il ne vous commande rien que ce qu'il a fait le premier, pour vous en tracer le modèle et vous en adoucir la peine. Si donc il appelle sa gloire , luiqui est le maître , ce qu'il a fait pour ses serviteurs, n'est-il pas indigne que les serviteurs estiment vil et abject ce qu'ils font pour un si bon maître ? Ceux qui vivent selon le monde , ne craignent point de faire et de souffrir, même au préjudice de leur salut , ce que le monde fait ou endure. Pourquoi ceux qui veulent vivre selon l'esprit de Jésus-Christ, auront-ils honte de faire ce qu'il a fait et de souffrir ce qu'il a souffert , sachant , comme ils n'en peuvent douter, qu'il s'agit en ceci de leur bonheur éternel (2) ?

(1) Quomodôpoteslis accedercqui gloriara ab invicem accipi* lis etgloriam quae à solo Deo est non quœritis ? Joan.

(2) Et owj i/.ihoç rhh. rôti iïovïctç dvÇx-j xxï;ï , icoXity /j.xaIov axt rii ^♦à 7ci> cJVçrotïjv. 5. ChrysosU Hom. 4. in ep. ad Heb,

Qui ne sait ce que dit le Fils" de Dieu dans l'Evangile, qu'au jour du jugement il aura honte de reconnaître, en la présence des anges, ceux qui ont eu honte de le servir en la présence des hommes ? Peut-on sans frayeur se représenter l'horrible confusion qui leur couvrira le visage, et qui sera inévitablement suivie de leur damnation ? Ceux qui plaident pour la Jéfense de leurs biens ou de leur vie% ne se soucient |uère des opinions du barreau sur un sujet de cette importance; mais ils tremblent en entendant la sentence de leur juge. Ceux qui combattent aux yeux de leur prince, ne songent pas à plaire au peuple, qui les regarde; ils n'ont dans l'esprit que celui qui est l'arbitre de leur combat, et qui peut leur donner la couronne : combien plus devons-nous craindre le jugement de Dieu , qui sera , sans doute , entièrement contraire à eeu i du monde , et condamnera de folie tous ceux qui , par de vains respects se sont départis de la fidélité qu'ils lui doivent. C'est par cette raison qu'il a établi ce jour redoutable, soit pour confondre ces esclaves de l'opinion humaine, soit afin de rendre, comme il est juste , la gloire et l'estime à ceux qui , sans se soucier de plaire ni de déplaire aux hommes , souffrent courageusement tous leurs mépris et leurs railleries , pour s'attacher aux intérêts de leur maître. Car, comme la honte et la confusion est due aux premiers, la gloire appartient aux autres : et toutefois nous voyons que les méchants la leur ravissent, et qu'au lieu de l'attribuer à la vertu, iîs en font un sacrifice au vice , tirant vanité de leur impudence et de leur hardiesse à mal faire : Le pécheur s'abandonne aux désirs de sa concupiscence , et il en reçoit des louanges; on applaudit à ses méchancetés ; au lieu que la simplicité du juste est exposée à la risée (1). C'est un flambeau dont la lumière est cachée pour un temps , jusqu'à ce que Dieu la découvre à la vue de tout le

(î) Laudatur peccator ia desideriis animée suae, et iniquua 1>9ncdicitur. Psal. 10.

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monde. Ii est donc raisonnable qu'il arracha ce larcin des mains des pécheurs, et qu'il rende l'honneur aux gens de bien, afin qu'ayant pris part à la confusion dans la croix, ils participent à sa gloire, et qu'ils soient revêtus de son éclat. Hélas! quel sera le repentir des ennemis de la croix, lorsqu'ils la verront pamEre avec tant de majesté, et que ceux qu'ils ont eus à mépris, brillants comme des soleils, s'élèveront de la terni par le don d'agilité , pour aller au-devant de leur aimable Sauveur, et se ranger comme de généreux soldais autourdece divin étendard', Que diront-ils à ceux dont ils ont, par une criminelle complaisance, préféré ie jugement â celui de Dieu ? q^cl secours ou quelle consolation en tireront-ils pour lors ? les sauveront-ils de h mort, les délivreront-ils de l'opprobre et de la confusion qu'ils méritent? en seront ils quittes pour dire: .l'eusse bien souhaité de vous obéir, ô souverain juge des mortels, mais la boni» m'a retenu? Et de qui? de cet impie, de ce réprouvé corn ne moi, dont le respect m'a empêché de vous suivre. O Seigneur, celui qui cherche Ja louange des hommes, bisque vous le blâmez, iie sera point défendu des hommes, lorsque vous le jugerez, ni garanti de la peine, lorsque vous le condamnerez (1), Il vous a méprisé, vous le mépriserez aussi; il s'est moqué de vos serviteurs , vous vous moquerez de lui à votre tour; il a eu honte de vous et de votre croix, et vous aurez honte de lui (2). Pensez à ceci , je vous en conjure , vous qui êtes si délicat et si sensible au mépris des hommes. Vous êtes raisonnable, et la raison veut que la vertu soit en honneur, pourquoi la combattez-vous ? Votre conscience vous dit qu'il est glorieux de rendre à Dieu le respect et l'obéis-

(i) Domine, qui laudari vult c.~ hominibus, vitupérante te, non defendetur al) hominibus , judicante te; nec eripietur, damnante te. S. Aug. 10. confess. c. 36.

(2) Qui habitat in ccelis irridebit eos , et Dominua subsanna-

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sance qu'il mérite, pourquoi la trahissez-vous pour un respect humain ? Jésus-Christ est votre juge, d'où dépend votre bonheur dans l'éternité : pourquoi lui préférez-vous un pécheur dont le jugement est pleiu de folie ? Changez de sentiment, et, au lieu de rougir de îa croix de Jésus-Christ, soyez honteux de lui êlre si dissemblable, et de mener une vie si conîr.v \ «elle qu'il a menée ici-bas pour vous servir ûe moutiuî

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POUR LE LUNDI DE LA SEPTIÈME SEMAINE d'àPRÈS LA PENTECÔTE.

Qu'il est honteux à un disciple de Jésus Christ de s'éloigner de ses exemples par de vains respects , et d( mener une vie contraire à la sienne.

Qui me erubuerit., et meus sermones, hune Filius ho mi an

erubescet, cùm venerit i/i majestate sud. Si quelqu'un rougit de moi et de mes paroles, le Fils de l'homme

rougira aussi de lui , lorsqu'il viendra eu sa gloire. Luc. 9. 26,

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