‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 27 sur 201 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Tertullien, écrivant contre l'hérétique Marcion , dit qu'il ne trouve rien qui soit capable de le faire rougir, sinon la mauvaise honte et la fuite des humiliations de Jésus-Christ, pour qui le mépris de la confusion nous rend, devant les hommes, saintement insolents et heureusement fous (1).

En effet, n'est-ce pas une faiblesse honteuse, comme dit Richard de Saint-Victor, de rougir de la pauvreté et de l'humilité ? et n'est-ce pas un reproche infâme à un disciple du Fils de Dieu, d'avoir honte de les pratiquer, puisque ce Maître céleste n'a pas eu honte de descendre du ciel pour venir nous les enseigner (2) ? Que di-

(1) Alias non invenio materias confusionis , quee me per cotemptt.m ruboris probentbenè impudentem et féliciter stullum,

• Ter t. i. de Carne Chr. c. 5.

(2) Quanlus pudor est erubescere paupertalcm, erubescere im- Biiiitatem ? Ulud non pudet erubescere, ad quod docendum non

rez vous de la faiblesse d'un malade qui craindrait tous ceux qui l'approchent, et les amis qui le visitent , et les domestiques qui le servent, et les médecins qui le traitent? ne jugeriez-vous pas qu'il est aussi malade d'esprit que de corps ? Tel est celui qui est sujet à ces vains respects : il se blesse de tout, il craint ceux qui sont plus que lui, il craint ceux qui lui sont égaux , il ch pend même de ses sujets, il se met en peine de plaire à lous, sans se soucier autrement de déplaire à Dieu. H dit bien, à la vérité, qu'il faut le contenter, mais qu'il est contraint de s'accommoder aux lois du siècle, et de suivre le fil du torrent qui l'entraîne comme par force , ne voyant pas que ces lâches complaisances ne sont que des marques honteuses de la faiblesse de son esprit, qui attire sur lui le mépris des anges et de Dieu môme. Car qu'y a-t-il de plus méprisable, de plus bas et déplus indigne d'un bon courage, que de se rendre ainsi esclave de tout le monde, de n'oser faire un pas, ni proférer une parole, ni disposer d'une pensée, quoiqu'il n'y ait rien de plus libre, sans consulter le jugement des hommes, qui sont aussi faibles et aussi malades que lui ? Si un homme était réduit à cet état, qiivi les yeux de tous ceux qui le regardent pussent le rendre malade, le noircir, le blanchir, le blesser, l'affliger, et faire enfin sur son corps toutes les impressions qu'ils voudraient , n'auriez-vous pas pitié de sa faiblesse, et ne l'estimeriez-vous pas bien misérable? Plus faible et plus malheureux est celui qui ne vit que par opinion , eî qui reçoit toutes les impressions que le monde veut faire sur son esprit, puisqu'il ne faut qu'un ris, une parole, un regard, pour le rendre méchant et le porter à toutes sortes de vices. Car enfin il ne faut pas qu'il s'excuse sur la violence qu'on lui fait : il n'y a que kû iueheté qui fortifie la tyrannie du monde, et, s'il sa plaint de la contrainte qu'il souffre , ii publie ouverîe-

pyduit cœlestem Magislrum de cœlo descendere? fiic/t, à S. t'ic™ lure, in lib. Patriarche

70 L'HOMME D'ORMSON.

iximi sa faiblesse, mais il ne l'excuse pas. Quand on ; I une place de cent pièces de canon, elle peut dire qu'on l'attaque avec violence; mais si l'ennemi ne la battait que de reproches ou d'injures, de menaces où de mépris, et que les assiégés, perdant cœur au vent d'une parole, abandonnassent sa défense, ne seraient-ils pas ridicules dû dire qu'ils ont été pressés de la rendre , et qu'ils n'ont pu résister à la force? Vous pouvez triompher de tous les respects humains, en regardant ceux qui attaquent votre vertu d'un œil de mépris et d'un visage ferme ; et pour une parole de raillerie vous trahissez ïe parti de Jésus-Christ ï De quel prétexte pouvez-vous couvrir cette lâcheté ? n'étes-vous point honteux de vous rendre sans combat à ses ennemis ? ne rougissez-vous point de votre faiblesse? que dis-je , de votre faiblesse ?de votre inOdéliré.

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