II. CONSIDÉRATION
Car vous devez vous persuader que Jésus-Christ vous a choisi pour porter ses intérêts , et donner cours à ses maximes en prenant la défense de la vertu contre les pernicieuses coutumes du monde. Si vous manquez à ce devoir, qui vous est si glorieux, vous n'êtes pas seulement un lâche, mais un déserteur. Vous voyez qu'en ce siècle corrompu ce vice triomphe avec impunité, et qu'il n'a plus de honte de se montrer, ni de faire paraître sa laideur. La vanité des hommes et des femmes est excessive , l'impureté règne absolument, et les blasphèmes sont aussi fréquents que les paroles; le mépris de la religion passe pour force, d'esprit; la dissolution, l'impiété, le libertinage, on ievé le masque, on ne s'en cache plus; en un mot, la vie des chrétiens est aujourd'hui l'opprobre de Jésus- Christ et la honte du christianisme (1). C'est donc à
({•) In nobis Chrislus patilur opprobrium, in nobis patilur lei christiana tna'edictum. Sahncm
LECTURES SPIRITUELLES. îl
vous de vous opposer à ces désordres, et de soutenir l'honneur de votre maître, si vous ne voulez pas passer pour un transfuge.
Il n'est plus temps de cacher votre vertu , il faut qu'elle paraisse pour faire rougir le vice, et que l'écîat de vos actions éblouisse les yeux de ces insolents. S'ils se moquent de votre piété, moquez-vous de leur foiie. Ne les craignez point , ne vous effrayez point de leurs discours : je sais que leur cœur est endurci , et qu'ils ont perdu toute honte ; mais je vous donnerai plus de constance et de résolution qu'ils n'ont d'effronterie et d'insolence : vous les verrez d'un regard fixe et d'un visage assuré, et votre front, plus dur que le diamant et plus ferme que le roc, sera capable de briser leur orgueil, et de confondre leur impudence par une sainte hardiesse. Ne les appréhendez donc point, et que leur visage morguant ne vous fasse point de peur ni de vergogne (1). La honte est louable dans le mal, mais ei!e estrépréhensible dans le bien ; et comme c'est sagesse de rougir du vice, c'est une marque de folie d'avoir honte de la vertu (2). Il faut qu'un chrétien, comme dit soint Augustin , témoigne une généreuse assurance, et, pour ainsi dire, une sainte effronterie, quand il se trouve parmi des hommes à qui Jésus-Christ ne plaît pas, et qui font insulte à ceux qui l'imitent et qui embrassent les humiliations de la croix. C'est alors qu'il doit armer son front contre leurs insolentes railleries ,
(1) Ne timeas cos , neque serraones eorum metuas, ornais quippè dormis Israël attrità fronte est, et duro corde. Ecce dedi f.Tciem tuaro valentiorem faciebus eorum , et frontem tuam duriorem frontibus eorum. Ut adamanlem et ut silicem dedi faciem tuam, Ne timeas eos, et ne me tu as à facie eorum. Eze~ chiel. 3.
(2) Sicut verecundia laudabilis est in malo, ïik reprebensîbilis est in bono. Erubescereenim malum, sapienlire est, bonum rero erubescere fatuitalis; undè «criplum est, Eccli. 4 : Est eonfusio adducens peccatum , et est confusio adducens gloriam, S, Grès» homil. 10. in Ezcvïticleni*
et se couvrir, contre les traits de leur langue envenimée, d'une sainte liberté. Il n'y a que les vipères qui cachent sous la langue la figure de la croix, et ii n'y a que les enfants illégitimes qui soient honteux de porter en pubiic les marques de Jésus-Christ crucifié, et de se déclarer pour son parti. Gardez-vous donc de commettre cette faute ; bannissez cette honte criminelle ; montrez que vous ne savez ce que c'est que rougir au sujet de la croix; faites paraître sur votre visage une fermeté invincible. Que craignez-vous, ayant armé votre fi ont du signe de la croix (!) ? Dites, avec le Prophète- Pioi: Parce que., à cause de vous J'ai supporté l'opprobre, te confusion a couvert mon visag ? (2); ou, comme porte une autre version : L'irrévérence a couvert mon visage (3). Parce que c'est pour votre amour que je souffre, ô mon Dieu, cet opprobre et cette confusion, j'ai couvert mon front d'une sainte impudence, faisant gloire d'endurer pour vous tout ce que les hommes tiennent d'ordinaire pour un insigne affront.