III. CONSIDÉRATION
Bieo loin do craindre ies reproches des gens du monde , faites-ies vous-même rougir. Ce n'est pas Assez de n'être pas vaincu, il faut les vaincre et les gagner, s'il est possible , dit le grand Apôtre (4). Vous n'avez pas à combattre que des âmes souillées de vices , déjà battues de leur propre syndérèse : vous avez pour vous toutes les vertus qui vous environnent, vous avez le témoignage intérieur de votre con-
(1) Observa igitur te ; sit in te irreverenlia; frontosiis esto , prorsùs esto frontosus. Quid limes fronli lu», quam signo crucis armâsli ? S. Aug. in Psal. 68.
2) Uuoniam propler le sustinui opprobijîim, opérait confusi© faciem meam. Psal. 68.
(3) Operuit irreverenlia faciem meam.
(4) Noli vinci à naalo, sedvince "*n bon malura.
science, la grâce et l'assistance de Dieu, qui favorise vos desseins, étant si fort, et eux si faibles , ne serait-ce pas une honte extrême de prendre la fuite ei de leur céder la victoire, pouvant sans peine la ravir de leurs mains ? Ne vous laissez pas vaincre par le mal, mais triomphez du mal par le bien.
S'ils veulent vous attirer à eux , tirez-les à vous , ou, pour mieux dire, gagnez-les à Jésus Christ. Ayez au moins autant de courage pour les porterau bien , qu'ils ont d'insolence pour vous solliciter au mal. Vous parlent-ils des vanités du monde, entretenez-les de l'importance de leur salut, et au lieu qu'ils tâchent de vous pervertir, peut-être que vous les convertirez (1). Saint Bernard n'atlira-t-il pas dans le désert tant de jeunes Geigneurs,qui y étaient venus à dessein de le détourner du service de Dieu? et saint Thomas ne gagna-t-iî pas à Jésus-Christ sa propre sœur, qui pensait le divertir, parla douceur de ses discours, de la profession religieuse qu'il voulait embrasser ? et ne dites pas qu'il n'y a rien à faire avec ceux qui vous persécutent par leurs insolentes railleries : s'ils espèrent de vous perdre et vie vous corrompre , pourquoi désespérez- vous de leur conversion et de leur salut ? Souffrez, pour quelque
sups, leurs moqueries avec humilité, votre constance cnangera leurs mépris en admiration : ils révéreront votre vertu après l'avoir éprouvée, et comme ils se jouent de la faiblesse de ceux qui se laissent vaincre par leurs persuasions, ils concevront de l'estime et du respect pour vous, lorsqu'ils verront la généreuse résistance que vous leur faites. Que s'ils ne profilent pas de votre exemple , s'ils continuent à vous importuner, traitez-les comme ils le méritent, moquez- vous de leu** folie, ou plutôt ayez compassion de leur aveuglement. 11 est juste , dit saint Paulin, de leur donne! le change, et que l'odeur de leur mauvais exemple nous soit plus odieuse que la mort de peur que nous ne ces-
(1) Convertentur ipsi ad te , et lu non convenons ad eos» ISoukt. Œuv. XIX. 4
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sions de répandre partout l'odeur des vertus et de la sainteté de Jésus-Christ. De quoi peuvent-ils se plaindre, si l'odeur de leur vie nous est insupportable, puisque celie de la nôtre leur est une mort (1) ? Notre retenue les fâche, et leur libertinage nous offense; notre modestie les attriste , et leur insolence nous est Intolérable; notre dévotion leur est à charge, et leur impiété nous est en horreur. Qui a plus de raison ? qui juge mieux du véritable honneur?