‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 3 sur 201 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Or, si c'est le propre d'un homme sage de régler sa vie sur un grand exemple , comme dit saint Grégoire de Nazianze (2) , où en trouverons-nous un plus grand que celui de Jésus- Christ , qui est si rare qu'il est sans exemple, dit excellemment saint Augustin (3) ? Il n'est pas seulement le premier original de toute sainteté , il est Punique. Toutes les vertus y sont dans leur source, et comme il les possède seul sans dépendance , il les donne aussi sans obligation par ce seul mouvement de sa bonté : Le Seigneur des vertus est lui-même roi de gloire (4). Il y a un nombre infini de saints qui nous ont laissé d'admirables exemples de sainteté ; mais il n'y en a pas un qui n'ait été formé sur celui-ci. Tous les prédestinés, qui sont la lumière du monde , s'enflamment par son exemple , comme on allume plusieurs lampes avec un seul flambeau duquel elles empruntent leur clarté et leur chaleur, dit saintMacaire.il est, selon la pensée de saint Ambroise, le commencement des voies de Dieu, c'est-à-dire, de Phumilité, de Iq force , de la patience, de la sagesse, de l'amour divin; en un mot, il n'y a point de vertu qui ne dérive , par communication et par ressemblance , de ce principe. C'est pourquoi, dit ce Père, il est appelé le maître des vertus, et il en porte le sceptre, parce que c'est de Jésus-Christ crucifié qu'il en faut apprendre la pratique (5).

(1) Opus estaliquo, ad quem mores nostri ipsi se erigant: nisj ad regulam prava non diriges. Senecay epUL 11.

(2) Prudenlis et cordati viri est magnâ mensurâ vilain meliri fuam. S, Gregor. Nazian. ep. ad Nicobulum.

(3) Sine exemplo nonis exemplum est.

(4) Dominus virtutum ipse est rex gloriae. lJs. 8. 10.

(5) Piincipium nostrae virlutis est Christus , principium inte-

Elles y sont dans leur plus grande pureté ; car il est seul impeccable , et par la lumière de la gloire , qui lui est naturelle , et par la grâce de l'union ; qui lui est personnelle ; et par la sainteté incréée , qui lui est essentielle. Les plus grands saints peuvent faillir, et la chute des anges rebelles est un triste exemple de la fragilité des plus belles et des plus nobles créatures qui nous doit faire trembler. Il n'y a que le Fils de Dieu, qui n'a point de taches et n'en peut avoir; par conséquent il ne peut tromper personne , parce qu'étant lui-môme le chemin, comme dit saint Hilaire, il ne nous peut égarer ; étant la vérité , il ne nous peut jeter dans Terreur; et enfin étant la vie, il ne nous peut engager dans la mort (1). Saint Léon tombe dans la même pensée au second sermon de la résurrection. Quelle part, dit-il , pouvons-nous avoir à la gloire du nom chrétien , si nous ne nous unissons inséparablement à celui qui nous assure qu'il est la voie , la vérité de la vie ? Il est la voie , par l'exemple d'une conversation toute sainte ; il est la vérité , par les maximes d'une doctrine toute divine ; il est la vie, par la communication d'une éternelle félicité ; et par conséquent , en le suivant , nous ne devons craindra ni l'égarement , puisqu'il est la voie ; ni le mensonge, puisqu'il est la vérité ; ni la mort , puisqu'il est la ¥ie (2),

grilatis, paticntiœ, humilitatis. Ex illo enira accepit virtus unaqueeque principium, et ideô ut hsec virtutum gênera disceremus, Filius datus est nobis cujus principium super numéros ejus. S. Ambros, l. S. de fide, c. 4.

(1) Non enim nos in erratica atque invia deducit ille, qui via est; nec illudit per falsa, qui veritas est , nec in mortis relinquit errore , qui vita est. S. Hilar.

(2) Quae nobis erit communio nominis Christi , nisiut ei inseparabiliter uniamur, qui est, ut ipse insinuât, via , veritas et vita? via scilicet conversationis sanctse, veritas doctrinœ divince, vitabealitudinis sempiternae : quem siscquamur, nec error timendus est , cùm sit via; neque falsitas aut mendacium , cùm su veritas ; neque mortis jjcriculum ,cùni *ii vita. S. Léo.

Elles y sont dans leur plus beau jour, soit parce qu'il les a possédées dans un souverain degré de perfection , soit parce qu'il les a exercées de la manière du monde la plus sublime , ou enfin parce qu'il les a liées à la personne d'un Dieu , attachées à son cœur, unies à la source de la gloire et de la grâce , couvertes des rayons de ses perfections infinies , qui se répandent sur toutes ses actions , et leur donnent une couleur, un éclat , un lustre de beauté tout extraordinaire. Saint Clément, racontant les voyages de saint Pierre , dit que ce prince des apôtres ne marchait pas comme les hommes, en touchant la terre , mais qu'il était comme les oiseaux du ciel , élevé en l'air. On peut dire , avec plus de vérité , des actions du Verbe incarné , qu'il ne marchait pas comme le reste des hommes, que sa manière d'agir était plus sublime que celle des plus pures intelligences ; qu'elle n'était pas seulement surnaturelle , mais théandrique , élevée au-dessus de la grâce et de la gloire, divinement humaine et humainement divine.

Elles y sont dans leur plus noble emploi , car elles gouvernent les actions d'un Homme-Dieu , soumis à leur domaine pour condamner les désordres du cœur humain, qui se soustrait si souvent à leur conduite. 11 ne s'est pas contenté de les diviniser en sa personne , il leur a donné un plein pouvoir sur tous les mouvements de son âme , et , pour étendre l'empire de la grâce, pour l'établir sur le plus auguste trône où elle pouvait monter, il a voulu qu'elle commandât , non-seulement aux hommes et aux anges , mais à Dieu même.

Elles y sont dans leur plus haut prix , parce qu'é- ,tant , comme il est , revêtu de tous les ornements de la grâce , soit créée , soit incréée , il ne faisait aucune action de vertu, durant sa vie passible, qui ne fut en lui d'un mérite et d'une valeur infinie , pour petite qu'elle parût en elle-même. La souffrance, le mépris, l'abjection , qui sont des choses si viles de leur nature,

étaient si précieuses en sa personne , qu'elles ne pouvaient être dignement récompensées que de la ré» demption du monde et du salut de tous les élus.

Enfin elles y sont dans leur plus grande force; car encore qu'elles soient extrêmement aimables, de quelque façon qu'elles nous montrent leur beauté, néanmoins elles n'attirent jamais nos cœurs avec une plus douce violence, que lorsqu'elles éclatent dans la personne de Jésus Christ. Car pour nous exciter à l'amour de la vertu, on ne peut employer que deux moyens, à savoir, la raison et l'exemple. Or les motifs que Ton tire de la raison, ne sont pas également reçus, ils n'ont pas la même force sur tous les esprits ; et d'ailleurs l'image du vrai bien qu'ils nous proposent est quelquefois tellement obscurcie par les nuages qui s'élèvent de nos affections déréglées, et par les fausses apparences qui l'enveloppent, qu'il n'est pas facile d'en faire le discernement (1). Mais pour dissiper ces ombres , pour faire en sorte que la volonté ne se rebute point dans sa poursuite, et qu'elle se porte au bien sans résistance, il n'est rien de plus puissant que l'exemple, surtout celui de Jésus, qui est venu sur la terre pour nous animer par les actions de sa vie à la conquête de la vertu.

Quand je veux convaincre mon entendement sur le sujet de nos mystères, je ne me sers pas de la force du raisonnement pour le réduire sous l'empire de la foi. Ce que j'ai de plus fort et de plus propre pour les lui faire croire, c'est de lui montrer que le Fils de Dieu les a révélés : Le Fils unique } qui est dans le sein du Père 3 nous l'a lui-même raconté (2). De même pour gagner ma volonté, et faire qu'elle se porte avec amour à la perfection, je n'ai point de plus puissant charme, que la vie et l'exemple de Jésus-Christ : Vous m'appelez

(1) Solem nubes obumbrant, rationem aflfectus.

(2) Unigenilus, qui est in sinu Patris , ipse enarravit nobig. Joan. Ut%

votre maître, et vous dites bien, car je le suis. Je vous al donné l'exemple , afin que vous fassiez ce que j'ai fait (1). Cette parole vaut mieux , à mon égard , que cent raisons; et je ne m'étonne pas si le Père Lefèvre . Pun des premiers compagpons de saint Ignace , voulant porter l'un de ses amis à la vertu , le pria de méditer durant quelques jours ce peu de mots: Jésus- Christ est pauvre, et je veux être riche et opulent ; Jésus-Christ a faim , et je veux faire bonne chère ; Jésus-Christ est tout nu sur la croix, et je veux être richement vêtu ; Jésus-Christ passe toute sa vie dans les travaux., et je veux vivre dans les délices (2). Cette pensée serait capable de faire un merveilleux changement dans le cœur des hommes les plus attachés au monde , comme elle l'opéra effectivement en celui ci , s'ils y voulaient donner toute l'attention qu'elle mérite. Car c'est le grand principe auquel saint Paul réduit toute la science des saints, et quiconque en pénètre le fond , entre aussitôt dans une infinité de belles connaissances et de vérités pratiques , dont l'intelligence touche bien plus sensiblement la volonté, que tous les motifs particuliers de chaque vertu.

Que si cela est véritable ? quel état devons-nous faire d'un modèle si parfait, et qui nous a été tracé par un maître si excellent l vu principalement que nous avons reçu de Dieu commandement de l'écouter, et que le Saint-Esprit, qu'il nous donne pour tenir sa place dans la conduite de notre intérieur , ne travaille , par ses lumières et par ses inspirations, qu'à former vïïq image si parfaite de ses vertus, que le Père éternel, en nous voyant ainsi transformés en son Fils, puisse

(1) Vos vocatis me Magister et Domine , et benè dicitis , sum etenim.... Exemplum enim dedi vobis, ut quemadmodùm ego feci , ità et vos faciatis. Joan. 13. 13, 15.

(2) Christus est pauper, ego divitias quaero ; Christus esurit, ego saturari cupioj Christus in cruce nudus est, ego mollibua vestiri volo; Christus tristis est in laboribus et (ovmenlis, rgo bilans in deliciis.

LECTURES SPIRITUELLES. Il

dire de chacun de nous: Voilà mon Fil$ bien-aimè (1). C'est lui-même, je le reconnais bien , voilà son vrai portrait qui le représente parfaitement. Efforçonsnous de coopérer fidèlement à ses desseins; écoutons ce divin maître qui nous parle par la langue du Saint- Esprit, suivons ses sages conseils, imitons sa vie et sa mort, nous souvenant que nous n'avons qu'un maître , qui a mis sa chaire dans la croix, et que toute la gloire d'un chrétien est de ne savoir, comme dit saint Paul , que Jésus-Christ crucifié (2). 0 Dieu de vérité , unissez-moi à vous en perpétuelle charité ; je m'ennuie souvent de lire et d'écouter plusieurs choses. Que tous les docteurs se laisent, que toutes les créatures demeurent muettes en votre présence, et qu'il n'y ait que vous qui me parliez. C'est en vous seul que je trouve tout ce que je veux et tout ce que je désire (3).

(1) Hic estFiliut meus dilectus. Matth.Z.Vl.

(2) Magistrum omnes unum hahemus, et in unâ scholâ discipuli •umus. S. Aug. tr. 16. in Joan.

(3) 0 veritas, Deus, fac me unum tecum in charitate perpétua. Tœdet me saepè multa légère, et audire. In te est totum quod volo et desidero. Taceant omnes doctores, sileant universse créature in conspectu tuo, tu mihi loquere solus. Gersond. 4. de Imit. Chi\, c. 3.

POUR LE LUNDI DE LA SIXIÈME SEMAINE d'api.ÈS LA PENTECÔTE.

Que nous devons imiter Jésus-Christ, parce qu'il sVst fait homme semblable à nous.

Christus passus estpro nobis , vobis reîinguens exemplum,

ut sequamini vestigia ejus.

Jésus-Christ a souffert pour nous, vous laissant son exemple, afin

que vous le suiviez et que vous marchiez sur ses pas. 1. Petr.

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