‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 31 sur 201 · CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATION

Car, c'est en quelque façon tenir sa place, et représenter sa personne sur 3a terre : or, qu'y a-t-il de plus glorieux que d'être semblable à Dieu, et de paraître, à l'exemple de Jésus-Christ, comme un Dieu conversant dans une chair mortelle avec l'étonnement de l'univers? On croit faire honneur â un chef d'armée; ruand on dit que c'est un Mars ou un César, c'est lui donner de la vanité et delà gloire; mais combien plus grande est la gloire d'un chrétien, qui vit de telle sorte qu'on peut dire que c'est un autre Jésus-Christ, que ses actions sont des actions du Verbe incarné, qu'à l'ouïr parler on dirait que c'est la sagesse éternelle qui parie par sa bouche; et quand on le voit prier, converser, traiter avec les hommes, qu'on s'imagine voir Jésus-Christconversant parmi les hommes, Philippe, qui me voit, disait le Fils de Dieu à un de ses disciples, voit mon Père , parce que Dieu, étant invisible, ilavait imprimé dans son humanité, qui est visible, le caractère de ses perfections divines(l). J'en disde mêmed'unhommedebien qui vit selon l'esprit du christianisme : qui le voit, peut dire qu'il voit Jésus Christ vivanten terre, parce que, encore qu'il soit monté dans le ciel, et qu'il réside dans le sacrement d'une manière spirituelle et invisible , il demeure néanmoins comme visible dans les saints qui sont ses ima-

(I) Sicut in ceram imprimitur sigilli regii figura, ità in huma uitate caracler et figura Dei. S. Alhanas. lib* de Incarnat.

ges; comme donc toute la gloire du Verbe incarné est d'être l'image de son Père, de même toute la gloire d'un chrétien est d'être limage du Verbe, en quoi consiste toute la sainteté de cette vie, et la félicité de fautre. Dieu nous éiève à la gloire par quatre degrés : il appelle, il justifie, ii sanctifie, il glorifie ; mais le dernier point de notre élévation est la parfaite ressemblance de son Fils. On ne peut monter plus haut et l'orgueil même ne peut proposer une fin plus noble à son ambition ; autrement Satan, qui est le prin;:e des orgueilleux, eût voulu passer outre, si cette fin, comme dit un Père, n'eût été infinie (1). Cette glorieuse ressemblance fut son écueil, parce qu'il y aspira par de mauvais moyens ; mais c'est le port des âmes humbles, qui tiennent à grande gloire de le suivre dans ses abaissements, d'être méprisées et humiliées, parce que Jésus-Christ a choisi le mépris et l'humiliation pour son partage; d'être mises en oubli, et ne paraître jamais devant les hommes, parce qu'il en a été inconnu dans le monde; et de se mettre sous les pieds de toutes les créatures, parce qu'il s'est mis aux pieds de Judas; de souffrir toutes sortes d'injures, parœ qu'il s'est rassasié, comme dit l'Écriture, d'opprobres et de cruelles ignominies.

C'est dans cette vue que nous devons infiniment priser les actions d'humilité, de patience et de douceur qui tend-ent à l'anéantissement de notre orgueil, parce que ce sont des appartenances du Verbe incarné. Nous •levons les regarder comme ses livrées, comme des reliques sacrées, comme des morceaux de sa croix qu'il a sanctifiée par son attouchement. Ne voyez-vous pas que notre chair, qui n'est qu'un peu de poussière,

CI) Nisi hic finis infinité essul. f vantant as ahbas* fi S» ct&

a été tellement ennoblie par l'union qu'elle a avec le Verbe, qu'elle reçoit aujourd'hui les adorations et les hommages de toutes les créatures? jugez-en de môme à proportion de la croix, des peines, des ignominies que Jésus-Christ a souffertes; de la prière, du jeûne, et des autres actions de vertu qu'il a pratiquées, et sachez qu'il les a tellement ennoblies, et, s'il m'est permis de le dire, déifiées en sa personne, qu'il n'y a rien de si glorieux que de souffrir celles-là et de pratiquer celles-ci, à son exemple. L'homme charnel, qui ne se gouverne que par les sens , n'entre point dans ces sentiments, parce qu'il n'a pas assez de lumières; mais si un Séraphin paraissait parmi nous en forme humaine, s'il allait dans les hôpitaux, s'il descendait dans les cachots pour consoler les prisonniers, s'il s'approchait des autels pour honorer les divins mystères, pensez-vous qu'il eût honte d'être vu, ou qu'il craignît le jugement des hommes? ne s'estimerait-ii pas trop honoré de suivre l'exemple du Roi des rois, et, s'il se trouvait des hommes assez insolents pour s'en moquer , n'aurait-il pas pitié de leur folie? ô que les saints jugent bien autrement que nous du point d'honneur ? Les pharisiens croyaient faire un insigne affront à ceV heureux aveugle qui voulait leur ouvrir les yeux , et leur faire voir la sainteté et ïe pouvoir du Fils de Dieu, de qui il avait reçu la vue; ils croyaient, dis-je, le couvrir de honte, lorsqu'ils lui disaient, comme par una espèce de malédiction, qu'il le prît pour son maître, puisqu'il en faisait tant d'état, et qu'il se rendit son disciple (1). Mais, au lieu de le déshonorer, ils lui taisaient le plus grand honneur dont une créature soit capable. O que cette malédiction, comme dit saint Augustin, lui était glorieuse! ô qu'elle paraît aimable à ceux qui connaissent le mérite de la croix! O Seigneur, que cette malédiction tombe sur nous (2) ; accordez-

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nous cette grâce, de participer aux ignominies de votre Fils; car nous sommes assurés que vous bénirez ceux que le monde charge de semblables malédictions (!)*

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