‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 47 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

La première est qu'il a été conçu d'une mère vierge et parfaite , comme dit saint Thomas ; sa conception a été sans tache, parce qu'il ne pouvait contracter aucune tache, naissant d'une mère, sans père. C'est par celte raison que saint Bernard admirant l'humilité de Jésus- Christ dans sa circoncision, lui dit amoureusement: «Quel besoin avez-vous de la circoncision, puisque » vous n'avez commis ni contracté aucun péché ? que » vous n'en ayez point commis, l'innocence de votre »> âge le montre assez ; que vous n'en ayez point con- » tracté , la divinité de votre père et rintrégrilé de vo- » tre mère en sont des preuves encore plus certaines. » Car vous avez un père dans l'éternité , mais il est » Dieu, qui n'est point capable de péché; et, dans le » temps , vous avez une mère , mais elle est vierge ; la » corruption ne peut pas naître d'une source si pure » et si incorruptible (2). » Albert-le-Grand semble ajouter quelque chose à cette pensée, et lui donner plus

(1) Nos etsi sancti efficimur, non tamen sancti nascimur, quia ipsà naturse corruplibilis condilione constringimur, ut cum Prophète dicamus: Ecceenim in iniquilatibus conceptus sum , et in peccatis concepit me mater mea. Ille autem solus veraciter sanctus nausest, qui ut ipsam condilionem naturae corruptibilis Tinceret, ex commixtione carnalis copulae natus non est. S. Grog, /.le. Mor. c. 35.— Christus singulariler sanctus erat, et in hoc ab aîiij sanctitate dissimilis , quôd sanctitatem simul cum naturâ suscepit. 5. Ath.inLuc.

(2) Ula enim est causa quarè Christus peccatum originale non

d'éclat, lorsqu'il dit que ce qui est né de la Vierge est saint, selon la parole de l'ange , parce qu'en lant qu'il est Dieu, il est saint essentiellement; entant qu'il est homme, il est le Saint des saints; et en tant qu'il est conçu d'une vierge, il est encore très-saint (1). Comme s'il voulait dire, selon l'opinion de quelques théologiens , que quand le Fils de Dieu ne serait pas saint par d'autres titres, il lui suffirait, pour être saint , d'être né d'une Vierge aussi sainte qu'est celle qui lui a donné la naissance. C'est le sentiment de saint Anselme au chapitre douzième du livre de la Conception virginale , où il assure que si Dieu avait fait naître d'une vierge quelque homme qui ne fût pas Dieu, il lui aurait nécessairement donné une justice, une béatitude pareille à celle d'Adam (2). D'où vient que l'abbé Gilbert, donnant jour aces paroles des Cantiques: Quel est votre bien-aimé (3), et qui le rend si aimable ? dit que le Verbe incarné est aimable dans sa naissance éternelle, parce qu'il naît d'un Père infiniment aimable ; et qu'il est aimable dans sa naissance temporelle , parce qu'il naît d'une Mère parfaitement aimable; si ce n'est qu'on aime mieux dire que le Fils n'est pas tant aimable à cause de sa Mère , que sa Mère l'est à

contraxit, quia ex solA feminâ sine virili semine carnem accepit. S. Thomas, in c. 5. ad Rom. ad illa verba : Per unum hominem peccatum intravit in mundum. Ad quid lil>i circumcisio necttssaria, qui peccatum non commisisti, nec conlraxisli? quod ipso non feceris, setas manifestât; quod non conlraxeris, multo certiùs probat Patris divinilas,et integritas Mains. Est enim tibi Pale* aD seterno , sed Deus, in quem peccatum non cadit. Est et Mater ex tempore, sed virgo : nec parère potuit incorruptio corruplclam. S. Bern. serm. de Circumc.

(t) Est enim ut Deus, sanctus essentialiler ; ut homo , Sanctus ganctorum ; ut sumplum de Virgine, sanctissimum. Alber. Mag* ad illa Luc. 1 : Ideoque et quod nascetur ex le sanclum.

(2) Necesse esset eum non minori prœdilum esse justilià el Iteatitudine , quant fuit Adam cùm prioiùm factus est.

(3 Ourdis esi dileclus luus ex dilccto. Cant. 5,

cause de son Fils (1). Après tout, l'un et l'autre sont véri tables. Jésus est aimable , parce qu'il est fils de Marie : et Marie est aimable , parce qu'elle est Mère de Jésus. Jésusest aimable, parce qu'étant la source de la pureté, il a voulu être le ruisseau de la plénitude de Marie; et Marie est aimable , parce que n'étant que le ruisseau, elle est devenue la source de sa source , et l'origine de son principe (2).

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