‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 5 sur 201 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Secondement , c'est pour cela qu'il s'est fait homme semblable à nous, afin de nous rendre semblable à lui. « Pour bien vivre , dit excellemment MJnt Augus- » tin , nous étions obligés de suivre Dieu, mais il était » invisible : l'homme était visible , à la vérité ; mais il » ne fallait pas le suivre. Pour donc nous donner un » guide que Ton pût voir des yeux du corps et sui- » vre des pas de l'esprit , Dieu s'est fait homme , afin » que l'homme pût suivre Dieu (2). » Pouvait-il nous y engager plus fortement? pouvait-il nous y attirer plus doucement ? II s'est revêtu de notre chair pour nous encourager par son exemple ; il s'est fait, pour ainsi dire , comme un autre nous-mêmes , pour s'accommoder à nous ; et parce que nous étions terrestres et corporels, il a fait de son corps le miroir sensible de nos âmes, et sur cette sainte hnmanité , qui est le charme de tous les cœurs, il a peint le tableau de la perfection , l'exposant aux yeux de tous les hommes, non-seulement pour être vu et admiré, mais aussi pour être copié et imité comme un original sur lequel nous devons sans cesse arrêter la vue (3)» Les vertus qu'il y a exprimées , sont sans défaut et

(1) Imago ad eum qui est ad imaginem venit, et quœrit imago eum qui est ad similitudinem suî, ut iterùm signet, et iter con» formet. S, Ambros.

(2) Sequendus Deus erat, qui videri non poterat ; sequendus homonon erat, qui videri poterat. Ut ergô exhiberetur homini, et qui videreti <.• ab homineetquem sequeretur homo, Deus fao tus est homo. S. Aug. serm. 22. in Nat. Dom. et similia habet 1.7. de Trinit.c.Z.

(3) Feeisli de corpore tuo «ueculum animn mes. JDrog. de Sacr. Donu Pas.

sans reproche : donc en le suivant nous ne devons pas craindre de faillir. Elles sont véritablement divines , saintes d'une sainteté incréée , mais néanmoins conformes à notre condition: donc nous ne pouvons nous excuser sur la débilité de nos forces. Il s'est humilié, lui de qui toute grandeur relève ; et nous '( à qui la bassesse est échue en partage , pourquoi refusons-nous de le faire? 11 a aimé nos frères jusqu'à mourir pour eux: pourquoi ferons-nous vivre nos animosités jusque dans les cendres de notre tombeau PII a pris la nature de l'homme, les sentiments de l'homme , les emplois et les fonctions de l'homme , pour nous apprendre à vivre en hommes : ne rougirons-nous point de mener > comme nous faisons, une vie toute sensuelle et animale ?0 chrétiens! jetez les yeux sur le Fils de Dieu , qui s'est fait fils de l'homme pour vous servir de modèle. Qu'exige-t-ii de vous qu'il n'ait fait tout le premier ? vous priez ; il a passé les nuits dans la prière : vous conversez dans le monde; il y a conversé toute sa vie : vous jeûnez, vous veillez, vous travaillez; il a fait tout cela, pour vous apprendre à le faire comme il faut (1). Pouvez -vous donc vous départir de son exemple, sans dégénérer de l'excellence de votre état, et déshonorer l'alliance qu'il a contractée avec notre nature ? Ne faut-il pas avouer que nous avons peu de sentiment de l'honneur qu'il nous a fait en se rendant semblable à nous , puisqu'au lieu de nous transformer réciproquement en lui, et d'achever îe portrait de ses divines perfections , qu il a gravées dans nos âmes , nous le souillons par la laideur de nos vices , et nous en effaçons les plus beaux traits.

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