IV. CONSIDÉRATION
La dernière prérogative de la conception immaculée de Jésus-Christ , n'est qu'une suite des précédentes , qui regarde la fin pour laquelle elle a été ordonnée., à savoir , pour honorer la conception éternelle du vtrbe, et purifier celle des pécheurs. Car, d'un côté, le Sage dit que la raison pour laquelle le Fils de Dieu ne peu* souffrir aucune impureté, est parce qu'iinaîtdu sein de son Père , comme le rayon , du soleil ; comme l'éclat et la blancheur de la lumière éternelle, comme îe miroir sans tache de la majesté de Dieu, et comme l'image de sa bonté (1). Ce que les Pères expliquent également de la conception éternelle et temporelle du Veibe, parce que, comme la première est une expression tklèle de toutes les grandeurs du Père éternel , de même la seconde est une excellente image de toutes les grondeurs du Fils , qui communique à son humanité, quoique d'une manière inférieure , la même sainteté et la même pureté qu'il a reçue par sa génération éternelle. D'ailleurs, il est certain qu'une des principales raisons de son incarnation , est le péché originel , qui souille la conception de tous les hommes , et qu'il est particuliè-
(1) Vaporest enim virtutis Dei , et emanatio quaedam est clarilatisomnipotenlis Dei sincera : et ideo nihil inquinatum ineam incurrit. Camior est enim lucis seternae , et spéculum sine macula Dei majestatis, et imago bonitatis illius. Sap. 7. 25.
rement venu pour y apporter du remède. À cause de quoi Rupert appelle fort à propos la chair virginale qu'il a prise de sa mère, la matière du salut (1) : matière précieuse , que les Pères comparent pour cet elîet à la perle, et pour sa blancheur, parce qu'elle est très-pure, et pour son prix, parce qu'elle sert de rançon à tous les hommes et les purifie de leurs crimes (2). La perle se forme dans la mer, mais néanmoins elle tient plus du ciel que de la mer dans sa naissance; et le Fils de Dieu est conçu dans le inonde parmi les enfants des hommes, mais cependant sa conception est plus divine qu'humaine , et tient moins du inonde que du créateur du monde. La perle est précieuse par sa blancheur, par sa grosseur, par sa rondeur, par son égalité et par son poids, et le Fils de Dieu a des qualités toutes semblables (3). Son innocence fait sa blancheur; sa sagesse lui donne de l'éclat; sa bonlé, de la rondeur; sa majesté, de la grosseur; son éternité, du poids; sa divinité le rend également grand en foules ses perfections, dont l'excellente beauté est cachée dans son humanité, comme la perle dans son écaille; il la faut ouvrir par la méditation, pour l'y trouver (4).
Pesons-la donc soigneusement, et considérons, en premier lieu, que la pureté ne nous est point naturelle, mais le vice, et par conséquent, qu'étant nés dans le péché, il nous faut faire violence pour devenir saints. Ne nous étonnons pas, si nous ressentons de la répugnance au bien , ni de la pente et de l'inclination au vice, puisque l'ignorance, l'erreur, la fragilité, la malice, sont les apanages de notre naissance; mais
(1) Materiam salutis. Rupert. in Cant. 2. 10.
(2) S. Aug. I. Quœst. Evang. secundàm Matth. q. 13.
(3) Margaritarumomnis dos consislit in candore, magnitude.- . orbe, levore, pondère. Plinius, f. 9. c. 35.
(4) Est enim Verbum Domini lucidum candore veritatis, et solidum firmfiate selernilalis, et undique suîsimile, pulchritudiue Divinitatis.
lectures Spirituelles. 117
armons-nous de force , et recourons promptement aux remèdes.
Considérons, en second Heu , que nous avons en Jésus-Christ un antidote souverain contre toutes les faiblesses de la nature corrompue ; que son amour est le principe de toute pureté , comme toutes les taches de notre âme viennent de l'amour déréglé des créatures : lâchons d'acquérir celte perle précieuse dont le prix, comme dit saint Augustin (1), n'est autre que nous-mêmes; car nous ne pouvons la posséder, si nous ne rachetons premièrement notre liberté par la perle de tout ce que l'on possède sur la terre. L'amour des choses créées nous tient esclaves, le mépris nous rend à nous-mêmes ; mais en nous dégageant de la créature, nous ne sommes à nous-mêmes que pour acheter cette perle en donnant tout ce que nous sommes ; non que nous en puissions égaler la valeur, mais parce que nous n'en pouvons donner davantage. Donnons-nous donc franchement pour la posséder, et quand nous l'aurons acquise, portons-la sur le front par la profession ouverte de notre foi, comme le plus riche ornement de notre âme; sur les bras, par In pratique des bonnes œuvres; mais surtout dans le cœur, parune fervente charité, qui efface tous nos péchés.
(i, Pretium ejus nos ipsi, qui ad ipsam possidendam non m* mus libeii, nisi omnibus pro noslrà liberatione contemptis quw tcmporalilcr possidentur. Venditis enim rébus nostris, niillum conim majtis prelium accipimus quàm nos ipsos, quia lalibus implicati non eramus ; ut prorsùs nosmetipsos pro illâ rnargarità deraus, non quia tanti valeamus, sed quia plus dare non po»samus. S, Aug, I, quœst. Ecang. sccundùm Maltlt. 413.