‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 52 sur 201 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

La première est que cet innocent Agneau, n'ayant commis aucun péché 9 porté sur soi tous les péchés des hommes , et n'en étant nullement coupable , il en a souffert toute la peine. Plusieurs ont ce malheur, qu'ils font ordinairement tout le contraire. Us fuient la peine , et ne craignent pas de se charger de la faute (3). Pour éviter le mépris, la pauvreté, la douleur, ils s'engagent malheureusement dans le crime, et se jettent dans le plus grand de tous les maux , pour échapper aux plus légers. Les saints , qui se laissent conduire par l'esprit de Jésus-Christ, ont des sentiments fort différents. Ils craignent plus l'ombre du moindre péché, que les plus cruels supplices. Sainte Catherine presse la couronne d'épiues sur sa tête, et ne respire que les souffrances, i. ainte Térèse ne peut vivre sans douleur, et son seul désir est de souffrir ou de mourir. Saint François Xavier défie tous les tourments et tous les travaux , et pi is il en a, plus il en demande. Susanne aime mieux souffrir une mort infâme, que d'offenser Dieu. Il vaut mieux, dit-elle, que je succombe à la calomnie que vous méditez contre moi, en sauvant mon innocence , que dépêcher en laprésence de

(1) Qui peccatum non fecit, nec inventus estdolus in ore ejus« (21) Speciosus forma prae filiis hominum. — Pulchrior Chrislus

humano génère , quia peccatum non habuit. Oassiod.in Ps.4U (3) Defectus pœnee assumpsit non culpae. Magist. sent. S.dist.

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mon Dieu (1). Certes, elle a grandement raison. Car, comme Dieu est digne d'un honneur et d'un respect infini , de même l'offense de Dieu est digne d'une haine et d'une fuite "infinie (2). Fuyez-la tant que vous pourrez, voire fuite sera toujours au-dessous de votre devoir. Elle ne l'égalera jamais, ni quant à la durée , parce que votre vie est trop courte , ni quant à la peine , parce qu'elle passe avec la vie. Ne vous lassez donc point de le fuir, il le faut faire jusqu'à la mort, encore n'en serez-vous pas éloigné autant qu'il faut, après l'avoir fui toute voire vie. N'appréhendez point le travail, car en fuyant vous ne souffrirez pas longtemps; mais si vous ne le faites, vous souffrirez éternellement pour n'avoir pas voulu fuir.

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