‹ L'homme d'oraison (volume 4)Chapitre 53 sur 201 · II. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDERATION

La seconde circonstance est que le Fils de Dieu a permis que son innocence fût attaquée par tous les efforts de l'enfer, sans jamais être vaincue; ce qu'il a fait pour notre consolation et pour notre exemple. 11 a voulu souffrir la tentation, pour nous consoler dans les importunités qu'elle nous donne; mais il l'a toujours vaincue, pour nous apprendre à combattre constamment, et ne point céder la victoire. Nous n'avons point, dit l'Apôtre, un souverain sacrificateur qui ne puisse compatir à nos infirmités; mais il a été tenté, comme nous, en toutes choses, et n'a jamais été blessé du péché (3). Voilà, dit Cassien, ce qui le distingue de tous les autres, qui ne sont jamais si fidèles dans les tentations, qu'ils ne soient quelquefois vaincus, au

(1) Melius est mihi ahsque opère incidere in manus vestras . quàm peccare in conspectu Domini. Pan. 13.

(2) Peccaliim est infinilœ fugibilitatis, cùm Deus s'il immenses honorabilitalis. Dionys. Carth. ibid.

(S) Non enim hahemus Pontificem qui non possil compati inftrmilalihus nostris, tentatum autem per omnia, pro similitu* dine ahsque peccato. Heb. 4.

LECTURES SPIRITUELLES. 12î

lïeti que Jésus-Christ a toujours été vainqueur. Car qui est l'homme si fort, et si aguerri aux combats de l'esprit, que sa constance so i à Pépreuve de tous les traits de ses ennemis, en sorte qu'il ne soit jamais blessé ? Qui est-ce qui peut se trouver sans péril en de si dangereuses occasions, comme s'il était revêtu d'une chair incorruptible et impénétrable? Il n'y a que celui qui est le plus beau de tous les hommes, qui , dans une condition mortelle et dans un corps fragile, n'a jamais été souillé d'aucune tache (1). Bien loin de donner entrée au péché par l'efTort de la tentation, la tentation même ne pouvait pénétrer dans son intérieur. Car, comme dit saint Grégoire, elle ne peut faire ses approches que par trois degrés .-parla suggestion , par le sentiment du plaisir et par le consentement. Pour nous qui sommes pécheurs, nous sommes sujets au sentiment, et souvent encore au consentement, parce qu'étant nés dans le péché, nous portons au dedans les semences d'une guerre intestine entre la chair et Pesprit. Mais le Fils de Dieu, qui était né dans l'innocence, ne souffrait point de pareils désordres dans son corps rri dans son âme. La paix y régnait sans aucun trouble; le diable le pouvait bien attaquer par la suggestionnais non pas par la délectation ; la tentation le sollicitait au-dehors, mais elle n'entrait jamais audedans (2). U avait en soi la plénitude de la divinité, qui

(1) Hâc ergô solà ab omnibus nobis exceptione distinguitur, <juia nos non absque peccato, illum sine peccato constat fuisse tentalum. Quis etenim hominum, quamvis fortis atque bellator sit, hostilibus tamen telis plerumquè non pateat ? Quis velut impenetrabili carne circumdatus tantis prœliorum periculis sine periculo misceatur ? Ille aulem solus speciosus forma pras filiis hominum conditionem mortis humanae cum univeisâ carnis fragilitale suscipiens, nullius unquàm est sorrlis maculatus attactu. Cas s. 22. coll. c. 9.

2) Tribus mortis lentatio agitur, suggestione,delectationeet con-

risu. Et nos cîiai tentamur, plerumquè in delectationem aut etiarr» fn consensumlabimur ; Deus verô, qui in utero Virginis incarnai;^ iWjrt. Œav. x/.y„ 6

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résidait corporellement dans son humanité sacré©, et par suite il avait aussi plénitude de lumière et d'amour. Son cœur était tout embrasé, comme le fer dans la fournaise, qui ne perd point sa chaleur, pendant qu'il est dans le feu. Son esprit était tout brillant de lumière , comme le miroir qui ne peut perdre son éclat pendant qu'il est exposé au soleil. Job se glorifiait que jamais il ne tombait en terre un seul rayon de son visage (1); mais on peut dire , avec plus de vérité , que Jésus-Christ n'eut jamais une pensée inutile , qu'il ne tomba jamais aucun rayon de ses yeux qui touchât la terre , sinon pour l'éclairer et la purifier. Il était toujours uni à Dieu , qui est la source des lumières; son corps quoique passible et mortel, ne l'empêchait aucunement, parce qu'encore qu'il eût la faiblesse des nôtres, il n'en avait pas cette pesanteur qui nous porte au péché. Sa chair était véritablement une chair d'\dam, mais non pas du péché d'Adam : il n'en avait que l'ombre et la ressemblance (2). Il était sujet à la soif comme les pécheurs, et pour cela il demandait à boire à la Samaritaine; mais il montrait bien qu'il n'était pas pécheur, en lui promettant une source d'eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle. Il dormait dans le vais-

in mundum sine peccato venerat, nihil contradictionis in semetipso tolerabat. Tentari ergo per suggestionem potuit, sedejus mentem peccati deleclatio non momordit.atque adeô omnis diabolica illa tentatio foris, non intùs fuit. S. Gregor, homil. 16. in Evang. Vide S. Damas. I. 3. de fide orth. c. 20. Job. 29. 14. Vide S. Jug. 1. 14. contra Faustum, c. 5. S. Basil, ep. 65. Tertul, l. 5. contra Marcionem. S. Bernard, serm. 28. in Cent. Rom. 8.-

(1) Lux vullus mei non cadet) a t in terram.

(2) Misit Deus Filium suum in similitudinem carnis peccati.— Caro peccati habet morlem et peccatum : similitudo autem carnis peccati habuit mortem sine peccato : si haberet peccatum, esset caro peccati; si mortem non habprot , non esset similitudo carnis peccati. S. Anselm. in illa verba Phil. 2. : Habita inventus ut homo. In simititudine natur», Don vitioruru proprietaie ejus generatio est. S. Hilar, lib. t0.de Trlnit.

sceau de saint Pierre, comme font les hommes pêcheurs, mais il commanda aussitôt aux vents avec un empire absolu, ce que ne font pas les pécheurs. Il craignait la mort sur la montagne des Olives, et priait son Père de l'en délivrer, qui est la prière des pécheurs; mais bientôt après il vainquit la mort sur le C^vaire, ce oui n'est pas au pouvoir des pécheurs. Enfin ses ennemis le crucifièrent comme un pécheur, mais néanmoins jamais ils ne purent prouver qu'il fût pécheur (1).

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